PENSER LE MONDE

Penser le monde épisode 3 | La réconciliation de Lili Barbery-Coulon


Penser le monde podcast | Sociologie et société - Miss Blemish

Le dernier épisode du podcast remonte à la fin mars, si j’ai lu beaucoup de livres à la faveur de mes trajets de métro quotidiens, l’écriture de mon livre a pas mal accaparé mes temps libres. Surtout je crois qu’il me fallait un vrai coup de coeur pour me détourner de ce projet qui m’occupait complètement l’esprit. Vous le devinez, ça a été le cas du livre dont je vous parle dans ce troisième épisode.

Je suis le blog de Lili Barbery-Coulon depuis plusieurs années mais c’est depuis le changement de ligne éditoriale et l’arrivée d’articles personnels sur son cheminement et sa formation de professeure de Kundalini yoga que je ne manque plus aucun de ses articles. En juillet dernier j’ai eu la chance de pouvoir assister à trois de ses cours dont un atelier sur la confiance en soi et cela m’a tellement plu que l’une de mes plus belles joies de ces vacances a été d’apprendre que j’avais une place pour un cours à mon retour. J’attendais le livre dont elle avait annoncé la sortie pour la rentrée avec impatience et je n’ai pas été déçue : je l’ai lu d’une traite sans parvenir à m’arrêter. Je vous en parle plus en détail dans ce nouvel épisode : j’espère qu’il vous plaira et surtout qu’il vous donnera envie d’à votre tour découvrir ce livre.

Les citations de l’épisode

« En écrivant ce texte, tandis que j’observe le chemin parcouru, je réalise combien ma tolérance s’est déployée. Je me compare moins. Mais je me compare encore. Ma résistance à croire en mon essence divine est tenace. Et tant qu’elle sera active en moi, je sais que je ne pourrais pas avoir accès à tous les trésors qui sont déjà là, à l’intérieur. Chaque matin, sur mon tapis volant, je signe un pacte. Je choisis de continuer à éplucher mes limitations comme un oignon, couche après couche, pour aller jusqu’au cœur et ouvrir mes deux oreilles à cette phrase que je reçois souvent pendant mes méditations : « Tu suffis ». »

« J’allais prendre le risque de dire non. J’allais gagner moins, j’allais peut-être tout perdre. Je n’avais aucun plan B. Je ne savais pas ce qui se profilait. (…) La peur du manque me rongeait. Je voyais comme elle était connectée à l’histoire de ma famille maternelle et à ma propre crainte de connaître un jour l’immeuble décrépi où ma grand-mère vivait lorsque j’étais enfant. Je me souvenais de l’ascenceur toujours cassé qui puait la pisse. Des cris de la voisine du dessus qui se faisait cogner par son mari. Des insultes gribouillées dans les escaliers qui montaient jusqu’au neuvième étage. (…) En observant ma peur, je m’aperçus qu’elle faisait également écho à ma crainte d’avoir faim, à la manière dont je m’étais gavée pendant des années entre deux régimes. Plus je scrutais ma peur du manque, plus elle devenait irrationnelle. Il ne s’agissait que de scénarios pas de ma réalité et certainement pas de mon présent. Je m’étais laissée envahir par des souvenirs qui n’étaient même pas les miens. Je pouvais tout à fait remplacer cette vieille pellicule usée par de nouveaux codes. Au lieu de résister à ma peur, je me fis confiance. Une image me permit de traverser cet automne de panique : lorsqu’on déterre toutes les mauvaises herbes d’un jardin, il ne reste jamais vide bien longtemps. La nature reprend toujours ses droits. »

« Ce n’était pas ce que je « voulais ». En entamant cette formation, je voulais devenir autonome, je voulais réussir à pratiquer tous les jours, je voulais apprendre, je voulais gagner en légitimité. Je voulais être la bonne élève qui coche toutes les cases comme j’avais voulu, quelques années plus tôt être la bonne épouse, la mère idéale, l’amie accueillant, la fille ou la sœur qui comblerait les attentes de sa famille. A trop vouloir, j’oubliais une chose essentielle : mon « état d’être ». Et cela ne dépendait pas de ma volonté. »

« L’acceptation de ma honte archaïque (mes règles) fut une étape importante. Cependant cela ne suffit pas à la faire disparaître totalement. Il allait encore falloir œuvrer pour déployer l’amour dans les interstices du chagrin. Mais j’étais bien décidée à avancer dans cette direction. Je ne marchais plus, je sautillais. Je courrais même, certains jours. En changeant mon regard sur mon corps et sur moi-même, mon énergie toute entière s’était transformée. Ce n’était pas une posture narcissique. Je comprenais qu’il s’agissait d’un acte militant. Ma guérison n’était pas circonscrite à ma propre personne. En me soignant, je soignais les femmes de ma lignée, même disparues. En remettant mon corps en liberté, j’affranchissais celles qui m’avaient précédées comme celles qui me succèderaient. Je pensais à ma fille, à ma mère, à mes grands mères et à toutes les autres que je n’avais pas connues. J’avais envie de toutes les prendre dans mes bras et de leur crier que nos corps étaient des temples d’une beauté absolue. »

« La plupart des gens n’aiment pas leur reflet. Ou seulement une toute petite partie. Et le fait que le visage corresponde aux critères de beauté actuels n’y change rien. Or, il est essentiel de pouvoir se dire « je t’aime » en se regardant. Ce n’est pas narcissique, c’est de la logique : on envoie un message qui va avoir une action positive sur l’ensemble des cellules. Si l’on applique une huile, une crème ou même si on nettoie chaque soir sa peau avec cette intention, alors on obtient rapidement des résultats. »

« Ai-je résolu tous mes problèmes ? Ai-je désincarcéré tout ce qui m’aliénait trois ans plus tôt ? Le travail est-il terminé à présent que s’achève l’écriture de ce livre ? Non. Je n’ai pas fini de me réconcilier avec tout ce qui me constitue. Je continuer à déloger de la noirceur cachée, des dissonances et des attachements à la souffrance. Parfois, la traversée d’une grosse épreuve me donne l’illusion que c’est fini. Puis je pars à la pêche et j’attrape une benne à ordure inattendue au bout de mon hameçon. Je la regarde vomissant ses vieux déchets à mes pieds. Et je sais que bientôt de petits bourgeons émergeront de cet humus en devenir. »

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Penser le monde, épisode 2 | Comment la philosophie peut nous sauver de Fabrice Midal


Penser le monde podcast | Sociologie et société - Miss BlemishUn nouvel article pour un nouvel épisode de Penser le Monde ! Dans ce nouvel épisode je vous parle de Comment la philosophie peut nous sauver écrit par Fabrice Midal, publié en 2015 et découvert grâce à la newsletter d’Anne-Solange Tardy « Pochette Surprise » (à laquelle je vous conseille de vous abonner, elle est très chouette). Je vous laisse avec l’épisode, j’espère qu’il vous plaira !

Les citations de l’épisode

« Il existe un malentendu chez tous les êtres humains : la tendance à être occupé par des choses diverses au point d’oublier l’essentiel. Pris par diverses obligations, par des devoirs qui se superposent à d’autre devoirs, rongés par l’habitude, nous sommes étreints par une sorte de routine, sans même nous en rendre compte. Du coup, sans que nous comprenions vraiment pourquoi, nous ne sommes pas heureux. L’ampleur de notre existence nous fait défaut. Nous sommes à l’étroit, dans un vêtement trop ajusté. Nous sommes à côté de nous-même. »

« Comment retrouver le sens d’une action éthique ? Il faut commencer nous dit la philosophie par retrouver le sens d’une action désintéressée. Faites quelque chose pour aucun calcul. Prenez le temps, chaque jour, de penser à faire un geste gratuit pour que l’humanité soit préservée. La formulation semble un peu emphatique mais elle a beaucoup de sens. Faire cet effort nous confronte à la tendance de vouloir être uniquement efficace. C’est souvent sans méchanceté que nous oublions cette dimension éthique, pris par ce que je nomme la « dictature de l’utilité » et l’obsession de tout gérer. Or si la gestion n’est pas sans efficacité, le prix de cette efficacité est de priver notre action de toute humanité. Quand un sportif se dope, quand un médecin considère un symptôme et non plus un être humain, quand un directeur des ressources humaines traite les dossiers de ses effectifs comme un stock, ils aliènent l’humanité. »

« Mais, et j’espère que ce sera le coup de grâce contre cette fausse conception de la philosophie, Platon comme Aristote affirment que la philosophie naît d’un pathos particulier qui la détermine d’un bout à l’autre, à savoir l’étonnement. On n’est pas philosophe parce qu’on fait des calculs rigoureux et indiscutables, mais parce que l’on est frappé de surprise et d’émerveillement par quelque chose. Pour nous c’est tout à fait contradictoire. Soit nous sommes dans le pathos, soit nous sommes dans la raison, il faut choisir ! N’est-ce pas l’évidence même ? Eh bien pas pour Platon ni pour Aristote qui n’ont pas encore déchiré l’être humain entre sa pensée d’un côté et son sentiment de l’autre. Pour eux le pathos n’est pas entièrement compréhensible à partir de ce que nous nommons de façon étroite le sentiment – il désigne la manière dont nous sommes posés, à un moment donné, dans l’existence. Il ne répond pas à nos distinctions communes entre émotion et pensée, corps et esprit, raison et irrationnel. Le pathos est la mise en mouvement de notre être tout entier. Et en ce sens il peut être source d’une profonde pensée et de l’exigence la plus raisonnable qui soit »

« Autrement dit, cette intelligence de la situation repose sur le savoir que, pour tout être humain, il n’y aura jamais de certitudes ou de manuels de comportement. Notre fascination pour les résultats de la science nous conduit à déconsidérer cette connaissance si profondément humaine sous prétexte qu’elle n’est pas déterminable mathématiquement ni sujette à prédictions. Fascinant paradoxe : nous comprenons habituellement l’éthique comme ce qui, reposant sur une réflexion rationnelle, pourrait nous donner une assurance indiscutable. Or c’est exactement le contraire : l’éthique nous engage à nous relier le mieux possible avec intelligence à une situation par définition unique. Et les grands actes de résistance, par exemple contre le Nazisme par ceux qu’on appelle désormais les justes, n’ont pas été des actions longuement réfléchies à l’aide de calculs rationnels. Ils ont été une réponse à un appel irrépressible : « je ne pouvais pas faire autrement » qui s’accordait à la vérité de la violence du temps. Nous croyons que la morale consiste à suivre une loi extérieure nous disant si telle action ou telle autre est juste : elle est, affirme Aristote, la découverte de la loi qui nous est propre. L’éthique ne nous est pas une loi externe elle est ce qui nous accorde, nous et nous seul, à ce moment précis, au monde. Tel est ce que l’on désigne en vérité par sagesse : le fait d’être juste dans les situations les plus concrètes de la vie quotidienne. »

« Nous devons surmonter cette crispation sur des idées auxquelles on s’identifie aveuglément et reconnaître la relativité de nos jugements. Il existe d’autres perspectives que les nôtres. Le reconnaître n’est certes pas facile mais c’est une exigence éthique primordiale. Nous devons assumer la limite de notre propre pensée. Voilà bien ce qui est le plus souvent insoutenable. Nous préférons tout perdre et tout détruire plutôt que de devoir abandonner l’idée que nous nous faisons de nous-même. Nous croyons, sans vraiment nous en rendre compte, qu’en ne défendant pas notre point de vue jusqu’au bout nous allons perdre notre identité. Or justement comme le souligne Montaigne, la tolérance est un héroïsme qui implique de reconnaître l’absence d’identité fixe de quoi que ce soit et au premier chef de notre existence. Tout est ouvert, changeant et en relation. »

« Reconnaître l’autre ne consiste nullement à le respecter dans sa différence selon une formule convenue et à la mode, mais à accepter que nous n’ayons pas un point de vue indiscutable sur quoi que ce soit. Je crois même que là est l’épreuve philosophique dans toute sa grandeur. Il n’est pas légitime de penser ce qui nous est inconnu à partir de ce que nous savons déjà. Mon cas particulier ne peut pas tout expliquer, tout justifier, me permettre de tout comprendre. « Je n’ai point commis cette erreur commune de juger d’un autre selon ce que je suis » nous dit Montaigne. Il faut accepter d’entrer dans l’inconnu qu’est la perspective de l’autre, en mesurant que notre compréhension en est probablement limitée. La vérité ne se possède pas, elle s’éprouve, chaque fois à neuf, de manière restreinte et nécessaire limitée. »

« Comment sortir de cette impasse ? Comment accepter la limite propre à toute connaissance ? Cette exigence, souvent comprise comme un relativisme, apparaît comme une invitation à accepter une certaine irrésolution. Or elle est, au contraire, un héroïsme. » « Le souci de soi a fait découvrir à Montaigne le fond véritable de la tolérance : non pas accepter toutes les idées qui existent, mais, en entrant réellement en amitié avec soi, n’avoir plus besoin d’avoir toujours raison et laisser ainsi place pour autre chose que soi. Sur cette base, il devient légitime de défendre ses idées et de s’opposer à celles qui semblent injustes. »

« Nous retrouvons ici cette découverte dont j’ai à plusieurs reprises témoigné : la philosophie ne consiste pas à apprendre des choses, à emmagasiner des connaissances, à apprendre une leçon puis une autre mais à être pris d’un désir qui vous fait regarder autrement tout ce qui est. Vous étiez tranquille et d’un seul coup tout vacille ! Vous brûlez d’un désir intense de mieux voir.»

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J’espère de tout coeur que cet épisode vous a plu, n’hésitez pas à me dire en commentaire ce que vous en avez pensé et si vous voyez des choses qui pourraient être améliorées, je suis preneuse de tous vos conseils !

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Penser le Monde, un podcast


Penser le monde podcast | Sociologie et société - Miss Blemish

La semaine dernière, je me suis lancée à pieds joints dans une nouvelle aventure, loin de ma zone de confort et pleine d’inconnues. J’avais envie depuis longtemps de pouvoir partager avec vous les livres qui font passer mes trajets de métro quotidiens à une vitesse folle, leur rendent un peu d’intérêt et de sens mais surtout ouvrent mes écoutilles sur d’autres possibles à penser. Seulement j’avais envie de partager ça avec vous comme je le partage avec mes proches à qui je prête et offre des livres en leur promettant que si, si, ils devraient trouver leur bonheur dans la lecture de ces quelques pages. J’avais envie de rendre accessible la lecture à qui n’aime pas particulièrement ça, n’en a pas l’envie ou le temps. C’est ainsi que loin des articles que j’ai pu écrire ici à ce sujet, le format audio s’est imposé et Penser le Monde est né : un podcast dédié aux livres qui interrogent la société.

La semaine dernière j’ai donc appris comment monter une vidéo-audio avec un logiciel de montage et une photo, un truc tout simple et pourtant tout inconnu aussi, j’ai uploadé mes deux premières vidéos sur ma chaîne Youtube et c’était fait, ma voix appartenait désormais aux méandres d’internet.

Pour chaque épisode de Penser le Monde, j’écrirai un bref article pour partager ici aussi les épisodes et surtout vous donner les références et les retranscriptions des citations utilisées dans l’épisode. Pour l’instant, j’imagine un rythme de publication d’un épisode tous les 15 jours avec une première saison de 10 épisodes. Tout ça est très arbitraire, il fallait choisir un rythme alors allons pour celui-là, on verra bien si c’est le bon ! Je ne suis pas encore fixée sur le jour de sortie des épisodes, je pensais au samedi, jour de désert de contenu sur les internets, dites moi en commentaires si vous validez cette idée. 

Je vous laisse avec la vidéo d’introduction du projet (j’ai un sourire grand comme ça d’avoir réussi à l’intégrer à cette article) et vous dit à très vite dans l’article dédié au 1er épisode ! J’espère de tout coeur que ce projet vous plaira et que vous y trouverez de chouettes idées de lectures pour vous comme pour vos proches. J’ai hâte de partager tous ces livres que j’ai tant aimé avec vous ! 

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