PENSER LE MONDE

Chroniques confinées #5


Chroniques confinées #5 - Miss Blemish13 avril 2020

La rencontre est un écho à ce que l’on ne peut percevoir avec nos yeux. Elle résonne et vibre, elle est une énigme qui laisse entr’apercevoir l’étendue de tout ce que nous ne connaîtrons jamais vraiment, en nous comme en l’autre. Elle est cet interstice qui fraye un chemin à la lumière et éclaire autrement nos réalités. Elle révèle et obscurcit, elle nous éloigne autant qu’elle nous rapproche de nos vérités. Elle est un langage à part entière qui vient tout chambouler. .

L’isolement dans lequel nous place le confinement vient faire vibrer dans le présent des peurs archaïques. La peur d’être seul.e.s. La peur de la perte. La peur de la finitude. La peur de la douleur, de l’oubli, de la mort. Il fait résonner en nous les conversations que nous n’avons jamais eues et les occasions manquées. Il questionne la pertinence de nos choix et vient titiller notre courage. J’y entends un appel à la douceur, pour soi, pour les autres et pour le monde. La douceur est un courage. Celui de ne se confronter qu’à la juste dose de douleur nécessaire et de refuser toutes les autres. Celui de choisir ses batailles et de guerroyer autrement. Celui de s’ouvrir lorsque tout appelle à se fermer. Celui de refuser les conforts temporaires. .

Aujourd’hui j’enveloppe mes peurs de la certitude que tant qu’il y aura des livres, personne ne sera jamais vraiment seul.

Laisser un commentaire - 7

Chroniques confinées #4


Declutter Challenge | 1 mois pour se séparer de 496 objets - Minismalisme Ecologie - Miss Blemish

12 avril 2020

Cette semaine j’ai repris le travail et la marche à pied. Cette heure de marche imposée en décembre par les grèves est devenue un lieu sûr, une douce échappatoire à l’anxiété qui frémit encore sous la surface. Ces 4 derniers jours j’ai profité de chaque once de contact humain et comme on retrouve de vieux amis, me suit laissée envelopper par la familiarité de ceux qui habitent mon quotidien travaillé. Puisqu’il n’y a plus rien d’autre à faire, puisqu’il faut aller travailler et que l’intérieur est sinistré, voilà qu’il redevient raisonnable de marcher 2 heures et flâner. Sur ma route ce matin, j’ai croisé beaucoup de coureurs courageux, une vieille dame faisant du tai-Chi sur un bout de trottoir au soleil, des chiens heureux de rencontrer des compères et les odeurs joyeuses des lilas en fleurs. La douceur se glisse dans les interstices, à chaque jour ses bonheurs, ses doutes, ses pleurs. Si je ne nourris pas d’espoir qu’une volonté politique écologique forte émerge de ce chaos, je commence à me dire que bannir les voitures individuelles de Paris (et de toutes les grandes villes) pourrait être un fort chouette début pour augmenter notre confort de vie à tous – humains comme non humains. 

Quelqu’un m’a dit « à toute chose malheur est bon »

Laisser un commentaire - 3

Chroniques confinées #3


chroniques confinées #3 - Miss Blemish2 avril 2020

Certains jours, il me semble que le confinement me ramène en enfance. Là où la chambre avait été abandonnée au sommeil, elle redevient laboratoire fertile et terrain d’exploration du temps long. Comment varie la couleur au dos des paupières lorsqu’on ferme les yeux en pleine lumière ? Quels trajets dessinent les grains de poussière en suspension dans l’air ?

Il y a une fine bande tout près de la fenêtre de laquelle on peut voir en levant la tête et se penchant un peu, le ciel. Si l’on s’y installe, on peut y saisir d’11 à 14 heures, un peu de lumière vive et si le corps est fourbu – il a oublié l’habitude de rester ainsi assis pendant des heures à même le sol – c’est un prix acceptable pour une dose d’ailleurs nécessaire. Depuis ce haut poste d’observation il y a les arbres tout là-haut sur le toit terrasse de l’immeuble d’en face, quelques jardinières suspendues, des bruits lointains d’une circulation inopportune, des conversations d’oiseaux et quelques chiens promenant des maîtres hagards.

Lorsque le silence est trop grand, je le rempli des mots et de la musique des autres mais lorsque je suis courageuse, je l’autorise à exister. Les temps ont beau être incertains, je me sens riche de cette liberté d’être à moi-même – une semaine sur deux, rotation des équipes oblige à l’hôpital – sans possibilité pour m’en dérober. Nous qui voulions du sens et du temps, voilà que nous avons été entendus et pire ! exaucés. Et parmi toutes les questions que la période soulève celle-ci revient, encore et encore, jusqu’à l’insomnie : quand était-ce déjà la dernière fois qu’aucun projet plus urgent ne s’est imposé à moi que de dessiner toute la journée ? Devons-nous vraiment en dehors des crises nous imposer ces cadences qui viennent éteindre chaque jour un peu plus de notre humanité ? 

Laisser un commentaire - 6