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Le sourire comme seule boussole


Mon sourire comme seule boussole - Lifestyle - Miss Blemish

Lundi dans le métro je suis assise larmes naissantes et sourire si grand qu’il grimacerait presque face à ces mots me demandant – dis dis tu voudrais bien ? – de prêter les miens à du papier un jour prochain. Un court instant au creux c’est un court arrêt du coeur, un qui tremble à mains fébriles de se découvrir soudain tout là-haut face au vide après avoir creusé – encore et encore – les yeux collés au plancher longtemps, peut-être même des années. Un qui murmure : « mais dis, en fait, peut-être que ça peut marcher, je veux dire… en vrai ? Ailleurs-qu’en-pensée, ailleurs-que-les-yeux-fermés, ailleurs-que-sous-la-douche-murmuré-prié-souhaité… » Mon « Ça » – si perméable et flouté par cette joie qui vous comprime le coeur au moment de nos plus folles projections, celles qui font fis des faits et des images et ne gardent que la base, l’ancré, l’émouvant, le meilleur, ce qui colle à l’âme et au coeur – réalité. Et à cette question de surgir : mais tu y as déjà pensé à ce qu’on ferait si « ça » arrivait ?

C’est amusant comme jamais ces scénarios et trémolos de contrebande n’ont dépassé la joie aveugle et dissoute, infiltrée dans chaque pore. Comme « Ça » est resté un entremêlat d’idées floues, de bonheur et de soupirs de soulagement. « Ça » pluriel, léger, fragile et volatile. Mobile, variable, ajustable, « Ça » présent et là déjà au creux de chaque sourire partagé ici, communs à vous sous d’autres formes, d’autres traits, d’autres extases, d’autres amitiés et d’autres amours, témoignages des petits riens qui s’évaporent jusqu’à nous laisser heureux sans plus savoir d’où vient ce sourire posé au creux du coeur. Mon « Ça » souriant n’en a rien, dépourvu de plan et de stratège plus élaboré que sourire, écrire, photographier, aimer – toujours ces quatre-là ! peut-être sont-elles là les formalités que je peine à trouver – je me vois le rencontrer d’un hasard dont on a longtemps et patiemment attendu comme préparée l’arrivée. Les mots en petits plats mijotés, les photos en draps blancs tous frais, les sourires du vin qui pétille et l’amour… commun à ces deux idées. Et ça me plaît bien de rencontrer comme de construire mon « Ça » un peu à chaque étape, d’un hasard pas si hasardeux mais tout autant mystérieux, pour ne le découvrir vraiment que partiellement à chaque fois. De ne pas savoir exactement où je me rends ni comment je vais m’y rendre vraiment mais de m’être mise en route pourtant et de continuer à marcher en cueillant creux comme sourires et en concédant tous les détours que cela prend. Encore plus aujourd’hui où au rêve commence à se mêler un peu de réalité.

Et toi, qu’est-ce qui se cache derrière ton « Ça » ? Pour toi aussi c’est tout flou l’après ?

*

J’en profite pour vous remercier d’être là, avec vos mots et maux, petits et grands bonheurs, et glisser un Bienvenue heureux et enjoué à vous qui découvrez depuis dimanche ces pages grâce à la bienveillance de Victoria. J’espère que vous vous sentirez bien ici <3

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Des mots sur mes silences


Ecrire des mots sur mes silences - Miss Blemish

Depuis nos démêlés photographiques il y a eu cet homme qui parle tout seul dans le metro, le vent froid succédant aux jours cléments et à la pluie, de longues balades dans Paris, Rien ne s’oppose à la nuit jusqu’à mon souffle coupé mes nuits écourtées et mes doigts au matin retrouvés entre les pages glissés, moins d’ailleurs (ici) et plus d’ici (ailleurs), ma gorge nouée (un peu), mes mots pour cette histoire naissante retrouvés et mes pensées emmêlées. Il y a eu chaque matin ces rencontres autour de la question du corps, l’alimentation faite ennemie,  pervertie par les blessures endurées par ces Ils et Elles démunis. Il y a eu mon premier Mont-Blanc après des années de fidélité citronnée chez Angelina et le thé parfumé associé, si délicat. La mesure répétée de cette chance si fragile de ne pas voir chaque repas comme un combat. Et puis hier soir, mon premier spectacle Après – ou faut-il dire Depuis ? Je n’ai pas encore choisi mais c’était bon – si bon – de rire à ne plus savoir si l’on va pouvoir s’arrêter.

J’ai retrouvé Alban et – d’un nouveau portable me laissant renouer à mon rituel d’écriture – le souffle qu’il me manquait depuis janvier pour l’écrire – chapitre 2 – dans ce café. C’est étrange n’est-ce pas, le caractère ténu de ce à quoi tient tout ça…

Ecrire des mots sur mes silences - Miss Blemish

Depuis nos démêlés photographiques j’ai reçu avec une violence inouïe tout ce que mon utilisation – et j’insiste sur ma responsabilité pleine et entière dans cette question – d’Internet me faisait souffrir au fond. La gifle plus vive encore qu’elle arrivait au moment délicat des remises en question, des pourquoi, des comment, des « on va où maintenant ? ». En bouclier, je leur ai opposé la douceur de vos mots, de vos témoignages et ce souvenir d’été de cette amie qui me confiait qu’au coeur de la pénombre, dans la nuit, elle trouvait parfois l’air qui lui manquait sur ces pages. J’ai rendu à l’Art mûri des questions auxquelles je ne pouvais laisser la place de me paralyser pour de bon la place du fond pour revenir à l’inaltérable, l’inaliénable : écrire, sourire, photographier, aimer.

Ecrire des mots sur mes silences - Miss Blemish

Et vous, Où se cache votre inaltérable à vous ?

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Nouvelle – Te retrouver


Nouvelle - te retrouver - Miss Blemish

Il fait cruellement chaud dans la petite pièce rectangulaire et étriquée ouverte sur la rue exposée plein sud. Il n’est pas d’architecte d’intérieur pour s’intéresser à l’agencement qu’une pièce aussi tristement banale. Ainsi la rangée de sièges blancs en plastique usé sévèrement attachée au sol a trouvé place tout contre les fenêtres et bien en face des géants de fer empilés à tambours battants. À cette heure-ci les baies vitrées se font prisme et loupe, les brindilles et les feuilles séchées des bêtises d’enfants remplacées par la peau blanche découpée de dentelle de la jeune femme qui attend. À rythme régulier, la cordelette d’un ventilateur fatigué vient tinter contre son pied métallique. Les pales grises remuent avec peine, ronronnements et grésillements la moiteur épaisse régnant dans la laverie automatique qui à son monologue donne pour écho la cacophonie du linge humide malmené, tour à tour ralenti ou accéléré. Dans le temple de la propreté est venue s’agglomérer dans les recoins la poussière rendue collante par la constante humidité.

Elle somnole assise, jambe pendante qui oscille au rythme de l’ennui mêlé de hâte. D’avoir regardé trop longtemps le linge tourner, la réalité a perdu ses contours et le temps brouillé ses barrières. Soudain et tout à la fois, Cédric peut être à nouveau là et parti, présent ou enfui, souvenir délavé ou réalité fantasmée. Il n’est chaque fois qu’une fraction de secondes à saisir pour le retrouver, glisser à travers la toile usée qui sépare les instants – passé, présent – revivre un sourire, un agacement, des épaules qui se haussent, un baiser. Chaque fois s’immisce un fragment différent de l’histoire disparue au présent comme un rendez-vous dans lequel s’abîme sa réalité à mesure de souvenirs ravivés. À certains moments elle songe qu’à force d’instants glanés elle finira par se rapprocher assez pour déchirer la toile et le rejoindre tout à fait. Alors elle reste-là, immobile et agitée, le regard piégé quelque part dans les errances frénétiques du tambour. La clochette s’ébranle alors qu’il pousse la porte et entre. Brusquement tirée de sa torpeur, elle lève des yeux bruns mordorés vers son fantôme qui n’en a soudain plus rien d’un. Aujourd’hui s’efface pour hier. Il porte son jean bleu, celui qui est un peu délavé et ne tombe plus très bien après des années porté. Le tee-shirt marine à col rond resserré dessine avec pudeur les épaules larges et carrées. Ses cheveux bruns ondulés font écho à ceux d’Émilie. Elle se souvient bien de ce lui d’avril alors. Cédric sourit, elle aussi et à la main qu’il tend vers elle d’un courant d’air chaud elle pourrait presque sentir ses doigts qui un jour ont pu s’emmêler aux siens.

Il n’est que le temps d’un battement de cil pour quitter le printemps, retrouver l’été. Elle reste encore un instant assise avant d’aller récupérer le linge séché. À force de machines répétées, tous finissent par s’abîmer. Elle quitte la lingerie saturée de l’odeur doucereuse et acre de lessive et comme chaque jour, sitôt la porte franchie vient l’heure du prix à payer. Alors après le jean, le sourire, la main il y a le soir d’hiver, les chaussures mouillées déposées dans l’entrée et « Chéri ! C’est moi ! Tu as passé une bonne journée ? » auquel répond tout le silence de l’appartement pourtant éclairé. Dans la cuisine le four bourdonne et le parquet craque sous ses pas d’abord légers, amusés puis, soudain, vrombit sous la course, remué par les secousses du pas lourd pour frémir du bruit sourd des genoux qui s’abattent sur lui. Les sirènes ne tardent pas à résonner depuis la rue, couvrant avec peine les craquements sur la cage thoracique à cent fois par minute comprimée, corps froid au sol inanimé. 

Alors demain comme chaque jour, elle reviendra s’asseoir sur le premier siège blanc tout contre la vitre de la salle banale éclairée été comme hiver au néon. Elle s’assiéra sur le même siège exactement que celui qu’elle occupait le soir d’automne où ils se sont rencontrés. Et après demain encore. Jusqu’à ce que la toile décide à céder, Cédric retrouvé. 

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