Textes courts

Papier mâché


Papier mâché - Amour - texte court - Miss Blemish

Article écrit et publié à l’origine en février 2013

Je vous écrirai l’amour. L’aube des sentiments comme des volets qu’on ouvre sur un jardin drapé de rosée. Engourdi. Ensommeillé. N’attendant que vos caresses pour s’éveiller. Rose fermée à la lueur naissante. Senteurs emprisonnées dans un écrin satiné.

Je vous écrirai l’espoir qui volette, feuillette, parsème le quotidien de ses paillettes. Le cœur qui s’étreint. Danse muette au son de votre prénom. A la chaleur de votre voix. A votre silhouette se dessinant au loin.

Je vous écrirai de ces promesses folles qui bercent le cœur des adolescents. A l’heure où y croire suffirait presque. Loin de l’ombre des écueils passés, ardoise effacée.

Je vous écrirai les yeux qui pétillent. Les larmes et la peur parfois.

Je vous écrirai mes lèvres attendant les vôtres.

Je vous écrirai ma main ouverte au matin, mes joues rosies à la chaleur des draps.

Je vous écrirai à vous dont j’ignore tout encore, vous que je devine proche sans pourtant vous connaître.

Je vous écrirai.

Laisser un commentaire - 1

Tum-ta


Tum-ta - texte court - Miss Blemish

J’ai la plus petite des maisons, juste un creux entre deux bras. Ni trop grand, ni trop petit, un qui m’enveloppe entière, un plaid sur deux épaules non plus frêles mais ajustées. Juste à la bonne taille. Et si l’on y réfléchit bien, ici, il ne manque rien. Le chauffage est centralisé et de jour comme de nuit, un petit troubadour joue du tam-tam. Il me suffit d’y poser mon oreille pour entendre battre, sourde et régulière, parfois quelque peu pressée, cette tendre musique sur laquelle quelques hérétiques ont tant écrit qu’ils en ont oublié de décrire toute la poésie. Tum-ta, tum-ta, tum-ta. Le genre de préoccupations de ceux que l’on moque d’en haut, là où l’on a remplacé la musicalité d’une langue que tout le monde comprend par un charabia de gens importants. On m’avait vendu un bonheur donnant sur Seine, parquets vernis et hauts plafonds, scintillements de la tour Eiffel en arrière plan, ce bonheur qui se transpire et s’achète, durement. Un bonheur à six zéros, badgé de rouge et emballé dans perles et soie. Et voilà que frappe, lentement – tum-ta – la vie à la porte de rêves de carton pour m’offrir une vraie maison. Une qui n’est pas bâtie d’argent et n’a d’autre adresse que la main qu’elle se choisit pour port d’attache. Apatride. Se pourrait-il que le bonheur n’ait d’autre maison que la simplicité de deux bras enroulés autour de soi ? Je laisse à d’autres mes maigres jetons pour ne garder que ça, viens, gardons seulement ça, le reste… peut-être… le reste un jour viendra embellir la vue depuis la fenêtre d’une maison construite à la seule force de soupirs partagés. Si simple, si suffisant. Tout en deux battements seulement.

Tum-ta, tum-ta.

Parfaitement accordés. 

Laisser un commentaire - 1

A la douceur d’hier


A la douceur d'hier - texte court - humeurs - Miss Blemish

Rappelle moi le temps où l’on a pris la route tous les deux, ce moment où l’on y croyait si fort que nos doigts blanchissaient chaque fois qu’ils se croisaient, aussi blancs que les nuits passées à rêvasser éveillés ensemble par ordinateurs interposés. Cela semble hier, cela semble loin. Chuchote-moi le début des vents contraires avant de disparaître définitivement toi autrefois si proche aujourd’hui point incertain sur un horizon dont je me détourne inexorablement. Dis-moi tout ce que l’on a grandi ensemble qui lentement s’est immiscé entre nos mains enlacées. Peins-moi la route tanguant sous l’afflux des panneaux multipliés. Murmure-moi l’endroit où ailleurs l’a emporté sur toi. Nous pensions que chaque jour viendrait s’ajouter à la somme de nos bonheurs partagés… Il faut croire que nos lacunes en maths nous ont rattrapées. Je t’ai aimé hier, fort, trop fort peut être, ou pas assez sûrement, ou juste comme il faut, comme il fallait à cet instant. Et je t’aime encore aujourd’hui, mais plus comme avant, plus comme il faudrait, plus comme tu l’attends de moi. Je t’aime pour celle que j’étais hier et qui habite encore un peu en moi, discrète locataire hier timide et chétive. Le temps a soulevé tant de voiles, découvert tant de faiblesses, de rêves et de tendresses. Nos cartes se séparent là. La folie est partie avec des bêtises mais nous n’avions plus nos baskets de jeunes amoureux pour la rattraper. Un baiser. Deux baisers. Ou même trois. Nous n’avions pas l’âge de compter. Aujourd’hui nous avons grandi. Un peu. Et c’est pourtant déjà trop. Alors viens danser à tout ce que nous nous sommes aimés. Partageons, encore, juste pour cette soirée, un peu de cette folie qui jadis nous a habitée.

A deux amoureux d’hier, avec tout mon amour 

Laisser un commentaire - 0