Brèves

Le premier mois de rentrée


Le premier mois de rentrée - Médecine concours - Miss Blemish

Photos – Alexandra B.

17 août, 17 septembre, premier mois de reprise achevé. Les jours qui viennent de passer volés en pleine nature comme une grande respiration pour un « nous deux » retrouvé enfin hors des sentiers du quotidien, m’ont murmuré ma fragilité depuis la rentrée. Tout au creux, en écoutant bien, je sais que je n’ai pas encore trouvé mon rythme et mon équilibre au milieu de ce défi nouveau qui m’attend pour dans deux ans comme il se rappelle à moi chaque matin depuis un mois. Il reste encore des adhérences, des résistances, mon moi tout entier qui se refuse à poser les premiers pas sur les sentiers de cette montagne qui ne saurait plus alors être quittée que par la ligne d’arrivée. J’ai peur de me perdre une nouvelle fois sur ces sentiers faits de compétition, le moi noyé. Je sens la douce sérénité gagnée à l’heure d’été m’échapper un peu dans ce nouvel équilibre à trouver et cela m’effraie autant que de l’avoir touchée du doigt me rappelle tout le sens d’avoir au creux comme but de la retrouver à l’heure de ce nouvel équilibre inventé.

Ce mois passé a comme éclairé la marche à suivre et ces jours permis de reprendre mon souffle. Ce mois a adouci et rendue acceptable l’idée du travail à mener mais il m’a aussi soufflé la manière dont je voulais travailler – pleinement, entièrement et sereinement. Détachée d’objectifs chiffrés qui n’ont pas de sens pour mon projet, échappée à la presse, au stress, au remue-ménage incessant des conversations qui décortiquent et font augmenter la pression interne de peurs partagées télescopées, ces conversations qui lestent – pieds et poings liés – et nous enfoncent dans un marasme imaginaire, créé de la rencontre du trop plein de chacun. Je ne veux pas me laisser guider aveugle dans le courant du toujours plus, toujours plus loin, mais ne garder que l’essentiel : travailler. Travailler sans m’oublier, sans me nier, sans m’abîmer coeur et corps. Travailler avec justesse, au rythme qui laissera au reste, à tout le reste, la place d’exister, au moi de respirer. Et si le rythme du corps dit qu’il me faut plutôt trois ans pour faire ce que les autres arrivent à faire en deux, alors il en sera comme ça. Il appartient à mon corps de décider et je l’écouterai pourvu que plus jamais je ne connaisse le vide qui suit les objectifs-acquis que l’on a poursuivit  au détriment de tant qu’il ne reste à l’arrivée plus rien au creux du coeur pour les savourer.

Je veux être heureuse, voilà mon projet.

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Haut – Zara

Gilet – Vero Moda

Jean – Massimo Dutti

Sneakers – Armistice

Sur ces photos, mon teint n’est pas maquillé.

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Vous avez déjà connu ce sentiment étrange au seuil d’un grand défi à relever ?

 

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Médecins de mots


Nos chemins détournés, des médecins de mots - Humeurs - Réflexion - écriture - médecine - Miss Blemish

J’ai toujours eu, de l’écrivain, l’image d’un thérapeute singulier, un thérapeute dont les rayonnages derrière le bureau, les ordonnances et les piluliers seraient – pour tous médicaments – remplis de mots. Tantôt pour exprimer notre trouble, notre détresse comme notre joie dans l’histoire d’un autre qui aurait tout pour s’appeler « moi », tantôt pour nous permettre – juste le temps d’une centaine de pages – de nous noyer dans les méandres obscures d’une autre vie et oublier un peu les nœuds pris à la nôtre.

Alors que je me posais encore une fois la question – mais à quoi rime tout cela dont ? – et que j’interrogeais les cieux sur mes choix passés qui loin des lettres m’avaient portée, je réalisais – cette définition en mémoire – que tout ceci n’était pas aussi étrange que le laissait à penser regards étonnés et « tu sais tu devrais pour un temps laisser ça de côté » qui prétendent l’existence de barrages suffisamment grands pour réduire au silence la mouvance fragile et permanente où affleurent les mots des petites et grandes idées qui créent le Je. Cette mouvance qui, une fois tangible, se veut pressante et en un grand ménage intérieur, catharsis à la violence chuchotée, vient faire irruption sur le papier.

Je réalisais tout à trac que par mes chemins détournés je ne m’étais pas tant égarée. Abandonnant les belles lettres et un futur rempli de manches tachées de craie et de verbe être qui derrière un IL s’écrirait toujours E.S.T, j’avais en fait par la médecine où je rentrais pour apprendre à écouter bien, gagné une manière supplémentaire de soigner par les mots. Des mots qui ne viennent pas de nous mais de l’autre, que l’on ne dit ni n’écrit mais que l’on écoute et reçoit. Il avait suffit de m’éloigner un peu, remonter à la source, débrouiller les idées emmêlées de doutes et de remords – parfois – pour découvrir derrière l’incohérence apparente, le grand écart vécu, un fil ténu, un lien, reliant psychiatre et écrivain. Deux médecins de mots où l’un écoute et parle peu, lorsque l’autre raconte, nous raconte et nous console un peu.

Et toi, y a-t-il des choses auxquelles tu as renoncé pour finalement les découvrir au coeur de ton quotidien ?

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Une rentrée pour prendre ses marques


Une rentrée pour prendre ses marques - Medecine - Brèves - Miss Blemish

Crédit photo : Unsplash

J’aime ce petit air de renouveau qui souffle sur la routine retrouvée à la rentrée. C’est frais et plein d’espoir, des bonnes résolutions plein les tiroirs pour « ne surtout pas se laisser déborder cette fois-ci hein ». Une sorte de premier janvier tiédi par le soleil qui s’attarde encore un peu sur septembre, une douce transition vers l’automne et les fêtes auxquelles on n’ose encore penser mais dont le parfum se fait déjà sentir. Elle fait un peu peur aussi cette rentrée, on se demande ce que les semaines qui se profilent gentiment à l’horizon nous réservent de surprises, bonnes comme moins bonnes.

Alors on lui sourit pour n’attirer que le meilleur, on lui fait cette petite place qu’elle quémande avec insistance de peur qu’elle ne finisse par s’imposer avec perte et fracas. On prépare son arrivée, tout doucement, on y pense alors que les jours nous séparant de ses trois coups frappés à notre porte deviennent de moins en moins nombreux. Et chaque année l’impression que celle-ci est plus spéciale que les autres. Pourtant, des années clés il y en a déjà eu. La rentrée du CP – la photo d’une R5 rouge, titine de son prénom, mon papa au volant et moi dans un siège auto à l’arrière toute fière avec mon nouveau cartable, quittant notre rue – de 6ième puis de 2nde, l’année du brevet et celle du bac, la rentrée à l’université, puis en deuxième année diamétralement opposée à la première et enfin, cette année ma rentrée en troisième année. Et comme chaque année mais peut-être un peu plus celle-ci je crois, j’ai peur, un peu. Au vertige de ne pas être à la hauteur s’ajoute l’appréhension de la douleur des autres à laquelle, je le sais, je serais confrontée. La curiosité et l’excitation d’en découvrir toujours davantage et de devenir toujours meilleure, comme on prendrait une baïonnette face à la forêt dense d’une île encore inexplorée par l’Homme, d’apprendre mille et une choses et d’en comprendre autant j’espère se mêle à la crainte de tous ces destins dont j’ignore tout encore et qui me seront confiés. Parce que je porte une blouse blanche.

C’est le tout tout début du chemin, nos balbutiements de médecins. Je frémis encore lorsque je reçois mon attestation d’assurance professionnelle et je trouve excitant de me parer de tenues de coton jetables aux couleurs improbables. Le café de la machine est aussi immonde que le dit sa réputation mais tradition oblige et cernes sous les yeux suppose, tous les matins dans l’ascenseur on monte vers nos services un gobelet à la main. Les stages rapprochent, rencontrent, sourient, rigolent mais serrent le cœur aussi parfois. Souvent. On découvre qu’à l’hôpital les gens sont malades avec une violence qui pulvérise la mince portée des mots. Savoir la maladie n’est pas la côtoyer, sous nos yeux la théorie prend une toute autre envergure. On s’aperçoit que l’on n’a pas besoin de connaître une personne pour compatir à sa douleur, si on s’en doutait, on en est désormais sûrs. On prend également conscience de la difficulté à trouver sa place dans l’intimité partagée avec le patient. On ne se sent pas encore bien à l’aise dans cette relation qui s’apprivoise. On est emprunté, un brin figé, nos mains tremblent parfois. S’asseoir sur le lit pour l’écouter ? Lui prendre la main ? Poser une main sur son épaule ? S’approcher de trop près c’est prendre le risque de voir s’effriter la façade qui nous permet en toute circonstance de garder une contenance. Ce mur n’est pas froideur ni même indifférence, c’est un rempart contre le tsunami. Car la fac ne nous a pas pris à l’entrée ce que l’on avait de sensibilité et d’humanité. Que se passe-t-il si le médecin se met à pleurer devant ses patients ? Si j’étais dans ce lit que penserais-je de mon sort si mon médecin se comportait de la sorte ? Un médecin n’est pas là pour pleurer mais pour soulager et tenter d’aider. En enfilant chaque matin sa blouse, on essaie de s’approprier cette nouvelle peau, celle du soignant et de laisser la nôtre au casier. Pour faire ce qui sera notre métier. On cherche donc ses marques à tâtons, trop loin, trop près, on essaye de se protéger tout en craignant de devenir un jour indifférent alors même que muselant cette crainte on se demande tout bas si une telle chose est possible. 

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