Et soudain prendre le risque

Vous raconter l’histoire de mon 1er livre, Batch cooking mode d’emploi


Batch cooking mode d'emploi miss blemish

Je commence la rédaction de cet article à quelques jours de la sortie en librairie de mon 1er livre Batch cooking, mode d’emploi. Comme à chaque étape de cette aventure, j’accueille la perspective des prochains jours les yeux écarquillés et le cœur plein de gratitude, ouverte à cette expérience nouvelle dont les contours m’échappent encore. Ne nous mentons pas, je peine à réaliser encore que tout ceci m’arrive pour de vrai et parce que c’est la première fois, je ne sais pas très bien à quoi ressembleront les prochains jours. Que fait-on un jour où son livre sort en librairie ? Probablement pas grand chose de différent des autres jours. Le travail de création est derrière moi et je commence à entrapercevoir que son devenir n’est déjà plus entre mes mains. Je n’ai plus rien à faire que d’accueillir.

Le travail de création, la genèse de ce projet, voilà de quoi je veux vous parler dans cet article. Si je vous ai raconté l’aventure au jour le jour en stories sur instagram, il était temps de rassembler tous ces morceaux de récit épars en une même frise chronologique. Répondre à la question : « alors, comment ça s’est fait ? » qui est toujours le première à surgir lorsque mon interlocuteur apprend que j’ai écrit un livre.

Le 15 février 2019 alors que ma journée de travail se termine, je reçois un mail avec pour objet « Projet livre – éditions Larousse ». C’est une éditrice qui signe le message ; elle a trouvé mon blog en fouillant les internet et pense que je pourrais être intéressée par le projet sur lequel elle travaille : l’opus Batch Cooking de leur nouvelle collection « C’est décidé je m’y mets ». 

Nous sommes vendredi soir et l’euphorie (un peu) retombée je lui réponds un grand « OUI ! Je veux en savoir plus » et commence à réfléchir à ce que j’aimerais dire de mon expérience du Batch Cooking si je devais en faire un livre. Les livres qui parlent de ce sujet ont un même écueil selon moi : ils n’expliquent pas la technique et ne donnent pas de conseils aux lecteurs pour se l’approprier, c’est donc cet axe que j’aimerais explorer. Parce que je travaille à temps plein par ailleurs, je commence la rédaction dès ce 1er week-end. 

Ce projet finalement ne se concrétisera pas. Très vite dans nos échanges je réalise que je ne suis pas la bonne personne pour ce livre car l’équipe éditoriale ne veut pas d’un livre végétarien pour cet opus. Le choix s’impose de lui-même, j’ai beau tourner et retourner le problème dans tous les sens, il n’y a pas d’espace pour concilier mes valeurs et cette opportunité. Nous sommes le 20 février 2019.

Ces 5 jours m’ont pourtant donné le temps d’avoir une idée assez claire du livre que je veux écrire à ce sujet. J’ai rédigé mon introduction, mon plan s’est dessiné sans mal et j’ai envie de continuer sur ma lancée. Je ne sais pas exactement à quel moment je me décide à essayer de proposer ce projet à une maison d’édition, je me souviens simplement me retrouver sur le site des éditions La Plage et d’y trouver l’adresse mail de sa directrice éditoriale. Par les titres déjà publiés, je sais que l’aspect végétarien ne sera pas bloquant et je suis sensible aux valeurs défendues par l’entreprise. Je bricole sur PowerPoint ce à quoi pourraient ressembler les pages d’introduction sur la technique et les lui envoie en pièce jointe d’un mail présentant ce futur livre le 25 février. 

Je continue la rédaction et réalise quelques photos d’illustration sur mon temps libre sans que ce dernier ne soit entièrement dédié au projet. Je suis dans l’attente. Je renvoie mon 1er mail à différentes adresses trouvées sur le site de la maison d’édition « au cas où » il se serait perdu en route. Je suis dans la situation d’une fille amoureuse qui attend l’appel DU garçon et imagine milles scénarios tragiques pour expliquer ce téléphone qui ne sonne pas. 

Puis le 1er avril je reçois un message de Laurence Auger, directrice éditoriale des éditions La Plage, me proposant un rendez-vous pour parler ensemble de ce projet qui l’intéresse. Coup d’accélérateur, nous nous rencontrons le 11 avril dans un petit café près du jardin du Luxembourg. De trac je me trompe de café et de très en avance je finis par avoir 5 minutes de retard. Durant ce 1er rendez-vous, Laurence m’explique la création d’un livre. Les différents intervenants, leur rôle, le mien, l’intrication de chacune des étapes, la chronologie grossière de l’épopée. Nous parlons du contrat dont elle m’enverra une copie pour que nous puissions en discuter ensemble. Elle challenge le projet par quelques questions pointues, je crois bien que je le défends bec et ongle. Voilà ce qu’elle me propose : d’ici 1 mois, je lui envoie un extrait de chacune des 3 futures parties du livre, texte et illustrations. Selon ces extraits, l’équipe éditoriale statuera et décidera de publier ou non mon livre. La balle est dans mon camp. 

Ce mois de travail sur ces extraits est dense et aussi riche d’enseignements que de questionnements. J’essaie de garder à bonne distance l’idée qu’il s’agit de la chance d’une vie. En focalisant toute mon attention sur l’avancée de ma to-do-list et des tâches concrètes, j’arrive à oublier (un peu) la finalité poursuivie ce qui me permet d’avancer sans être paralysée. Je m’aperçois que certaines parties me prennent plus de temps qu’escompté, que d’autres avancent sans y penser, qu’une fois tous les éléments déjà en ma possession rassemblés certaines cases peuvent déjà être cochées et que je suis plus que jamais en proie au syndrome de l’imposteur pour la partie photographie. Mercredi 8 mai, à 21h15 et installée sur un bureau de fortune (une chaise – mon ancien bureau parti dans la journée avec son nouveau propriétaire et mon nouveau pas encore arrivé), j’envoie finalement les extraits travaillés, un sommaire détaillé et 17 photos d’illustration.

Il me faudra attendre 20 jours durant lesquels je laisserai le projet sur pause pour avoir des nouvelles de la maison d’édition (en écrivant cet article je me rends compte combien ce délai est court, pourtant sur l’instant il m’a semblé durer une éternité)(la faute sans doute à ma boîte mail que je rafraîchissais toute les 3 minutes…). Le 28 mai 2019, Laurence Auger m’appelle entre midi et deux : le projet est validé, nous devons parler de mon contrat et du délai qui m’est nécessaire pour terminer la partie création. Nous nous mettons d’accord sur une deadline pour la fin octobre 2019 en vue d’une sortie début 2020. Après quelques échanges de mails, je reçois fin juin 2019 deux exemplaires signés de mon tout premier contrat d’édition dont je renvoie un exemplaire contre-signé début juillet, le 9, pour me porter chance.

L’été sera une période de travail solitaire durant laquelle je vais réaliser l’ensemble des éléments manquants du livre sans échange avec la maison d’édition. Là encore je m’aperçois que mon rythme n’est pas celui anticipé et qu’il me faut plus de temps que je ne le pensais. Je réalise les photos culinaires au fur et à mesure de mes séances batch cooking hebdomadaires car je me refuse à cuisiner plus de nourriture que nous ne pourrions en manger Yoann et moi. Cela explique pour une part pourquoi cette partie avance plus lentement que prévu. La saison et ses journées très longues est en revanche un atout précieux : je peux cuisiner en rentrant du travail et avoir encore une lumière naturelle pour prendre mes photos dans la foulée.

Courant septembre, Laurence Auger m’envoie un message, c’est désormais Céline LeLamer qui sera en charge du projet. Si ce changement m’inquiète, notre rencontre début octobre dissipera mes craintes en un claquement de doigts. Le 10 octobre je franchis pour la première fois et le cœur battant les portes du siège social du groupe Hachette qui rassemble en son sein de nombreuses maisons d’éditions dont depuis 2 ans les Editions La Plage. Je rencontre Céline, Maéva Filippi mon éditrice et Charlotte Couture responsable marketing pour la maison d’édition. Au cours de l’après-midi que nous passons ensemble, j’apprends tout un tas de choses très concrètes sur ce livre qui jusque-là n’existait que dans mes fichiers word. Il fera 216 pages, sera proposé à la vente au prix de 19,95 €, sera au format 19 x 26 cm et aura une couverture souple. Surtout je rencontre une équipe croyant dur comme fer dans ce projet et prête à donner tous les moyens nécessaires pour en faire un bel objet. C’est ce jour-là que le titre final est choisi « Batch cooking mode d’emploi » avec Céline et Maéva et la première version du chemin de fer finalisée. Le chemin de fer, quesako ? Il s’agit d’un grand tableau dans lequel sont repris la disposition de chacun des éléments du livre. Quel texte, quelles photos, à quelle page et selon quelles dispositions. Les prévisions de pagination tombent pile : tout le contenu préparé tient dans les 216 pages imparties. J’ai amené les illustrations végétales que je réalise depuis quelques mois avec moi, je les verrai bien habiller certaines pages du livre. Nous réfléchissons à là où elles pourraient s’insérer, maintenant que j’ai les dimensions du livre, je préparerai des grands formats pour la fin du mois. La confiance de l’équipe en mon projet alors qu’il s’agit de mon tout premier livre, fabriqué dans mon petit appartement et avec les moyens du bord m’émeut follement. Je peine à croire que tout ceci est bien réel. Je reste sur un petit nuage pendant plusieurs jours après cette folle après-midi. Heureuse et infiniment reconnaissante.

Tous les éléments du livre sont remis courant octobre et les échanges avec le graphiste qui réalisera la mise en page peuvent commencer. Les essais couverture, les essais couleur, nous réalisons en l’espace de quelques échanges un nombre important de choix cruciaux pour l’aspect final du livre. De devoir trancher et décider, je me mets une pression folle ; j’ai peur de faire les mauvais choix. Avec soulagement, je m’aperçois qu’aucune décision n’est prise sans concertation auxquelles je suis toujours partie prenante. Avec l’aide de quelques amis et de mes parents sur lesquels je peux compter pour me donner des conseils avisés, même les décisions qui m’échappent trouvent une réponse ; Après moult relectures et échanges, corrections, modifications, le jeudi 28 novembre le ok final est prononcé et le livre envoyé à l’impression.

Je tiens mon livre pour la première fois dans mes mains le jeudi 26 décembre. Ils les ont reçus lundi et j’ai pu faire l’aller retour sur ma pause déjeuner. J’ai très peur de découvrir le résultat, surtout le rendu des photographies. Est-ce que le grain sera suffisamment fin ? Les couleurs ressortiront-elles bien ? La qualité sera-t-elle suffisante ? Si je le feuillette rapidement, il me faudra quelques jours pour m’y plonger vraiment et découvrir que le résultat final va bien au-delà de mes attentes les plus folles. L’équipe éditoriale a transformé mon travail en un bel objet. C’est fou ! J’ai le trac au moment de le montrer à mes proches, un mélange de gêne, de peur et d’excitation m’envahit alors qu’ils tournent ses pages. Ma maman lit les remerciements juste avant le premier acte du Lac des Cygnes auquel nous assistons ce jeudi soir. Assises sur les sièges en velours rouge du théâtre des Champs Elysées, nous sommes toutes les deux très émues. C’est fait, ce livre existe pour de vrai.

Batch cooking mode d'emploi miss blemish

Voilà comment « ça s’est fait ». Voilà comment dès aujourd’hui vous pouvez retrouver mon 1er livre dans les rayons des librairies indépendantes, de toutes les Fnac de France, chez Cultura, Decitre, Le Furet du Nord, Gibert ou encore les espaces culturels Leclerc mais aussi dans les librairies en Belgique, en Suisse et bientôt au Canada. Dans ce livre j’ai rassemblé toutes les choses que j’ai apprises en pratiquant le Batch cooking pour que vous puissiez vous approprier cette technique et construire la version qui corresponde à vos besoins. Végétarien et engagé, je partage avec vous mes recettes de base de sorte que ce livre puisse aussi être celui qu’on offre à ces proches qui sont désarçonnés par notre régime végétarien. Les recettes sont simples et accessibles et non moins délicieuses. Dans la dernière partie, je détaille une séance de batch cooking par saison pour que vous puissiez vous entraîner avant de vous lancer sans filet ainsi que mes recettes préférées de saison. Je vous explique également comment je compose mes menus de la semaine pour que vous puissiez vous en inspirer si besoin est. Le tout est saupoudré de gestes en faveur d’une économie des ressources et d’un quotidien plus respectueux de l’environnement. 

C’est fou et c’est d’abord et avant tout grâce à vous, à cet espace où nous nous retrouvons depuis 2012. Merci de m’avoir offert la chance de réaliser ce rêve. Ce livre désormais vous appartient et j’espère de tout cœur qu’il vous plaira et qu’il sera suivi de beaucoup d’autres.

Vous pouvez le commander par là ou encore chez votre libraire préféré

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Ma mini bucket-list 2018 et un bilan


Ma mini bucket-list 2018 et un bilan - Miss Blemish

Comme chaque année j’ai tardé un peu à commencer l’écriture de mon bilan des 12 mois écoulés, la faute sans doute à mon envie d’attendre l’année belle et bien terminée pour m’y atteler. Je dois bien l’avouer cet exercice ne revêt pour moi rien d’anodin. Ce grand retour en arrière place toujours face à moi ces questions aussi inconfortables que délicates qui demandent si l’on a fait bien et assez de ce temps qui nous a été accordé. Pour écrire mon bilan il me faut donc chaque année faire tomber une à une mes résistances et affronter ce trouble sentiment qui mêle à la nostalgie une pointe de culpabilité.

Par les échéances qui y étaient programmées, 2017 a fait partie de ces années auxquelles on pense bien avant qu’elles n’arrivent comme on pointe au loin un horizon dont on doute de franchir le seuil un jour tant il semble hors de portée. Finalement arrivée, 2017 a été pour moi une année à facettes exactement comme sa rime nous l’annonçait. Les mois ainsi découpés – 6-1-3-2 –  s’y sont succédés la fin de la préparation d’un concours, un stage de transition en juillet, de longues-douces-merveilleuses vacances & l’intimidant grand début d’un tout nouveau chapitre de mes études. 2017 a ainsi été une année de continuité autant que de concrétisation, de découvertes et d’approfondissement, de questionnements et de confirmations : de fins et de débuts se donnant la main en pointillés.

En 2017 j’ai à nouveau goûté à ce curieux mélange de sérénité et de concentration qui précèdent le passage de grands concours, curieux mélange auquel je dois de ne garder qu’un doux souvenir de ces journées de canicule pourtant charnières et décisives. Puis, tout à coup, c’était terminé. C’était Lille en famille, le champagne au moment des résultats et le coeur léger, le début d’autre chose à commencer.

Plus que tout en 2017, j’ai rempli tout l’espace des 3 mois qu’il nous a été donné de partager ensemble à temps complet avec l’amoureux. Prélude à ce que je me/nous souhaite pour demain, j’ai retrouvé la magie douce et prévisible du quotidien (bien) partagé. Pour les avoir toutes deux expérimentées, oh oui, j’échangerai sans hésiter l’intensité à la douceur confortable des routines amoureuses bien rodées.  Mon empire pour mon thé du matin m’attendant sur la table du petit-déjeuner, nos repas du soir cuisinés à quatre mains, des balades à la tombée du jour, la nocturne du jeudi à la piscine, une série regardée à deux de soirs en soirs, des aventures pour monter des meubles ikéa et cette foule d’impératifs qui me donnent l’impression de jouer à l’adulte, à cheval encore entre deux âges. Parce que le temps était compté autant que parce qu’il m’avait manqué, j’ai savouré chaque miette de ce temps rempli de simplicité et d’essentiel, d’écriture, de yoga, d’amour et de bons petits plats. 

2017 s’est finalement terminée sur un grand début, un grand saut aussi effrayant qu’exaltant dont je peinerais bien à dire davantage tant tout y est encore si nouveau. Projet à construire, j’avance depuis pas à pas dans ce nouvel univers qui s’ouvre face à moi, plein de promesses et de possibles.  

Et puis, au fil de 2017 et de Copenhague, Milan, Lille et Strasbourg, la mini bucket-list que je partageais avec vous ici en janvier, s’est modifiée. A mon rythme, j’ai continué en 2017 ce long apprentissage qu’est la rencontre avec soi et essayé d’adapter ma trajectoire en conséquence. J’ai ainsi abandonné l’idée de cartes de visite finalement peu cohérentes avec mon envie de limiter mes déchets et le peu d’utilité que j’en aurais. Je n’ai pas trouvé l’idée qui puisse donner vie à une newsletter que je prenne plaisir à partager et j’ai délaissé nos rendez-vous du dimanche soir, faute de temps essentiellement. Je n’ai pas non plus appris à broder mais je garde cette envie dans un coin, sûre qu’elle finira par trouver son moment pour être concrétisée. Mais en 2017, comme je le souhaitais, j’ai pris le temps d’écrire et d’aimer, de commencer un projet écrit finalement pas si petit et pas si in-effrayant, de continuer mon cheminement vers le végétarisme et plus si affinité, de relever le défi Yoga Revolution – même s’il aura fallu bien 9 mois pour ça – et, à défaut d’être aidée d’un trépied, de bricoler pour gagner peu à peu mon indépendance photographique et pouvoir composer seule au quotidien les images qui donnent corps à cet ici. 

Ma mini bucket-list 2018

* Découvrir Stockholm et Bordeaux en amoureux
* Poursuivre mon cheminement vers un quotidien plus respectueux de l’environnement
* Franchir le pas d’un végétarisme assumé, même en société 
* Diminuer mes achats (en particulier neufs) cette année 
* Glisser un peu de yoga et de méditation plus régulièrement dans mon quotidien
* Adopter une Calathea Paon et m’essayer à cultiver quelques légumes
* Donner vie à nos projets à deux

Pour ici

* Terminer mon ebook/livre court et lui trouver un support adéquat pour le partager avec vous

ET VOUS, DE QUOI SE COMPOSE VOTRE MINI BUCKET-LIST 2018 ?

Si vous avez besoin d’aide pour écrire une mini bucket-list dont vous aurez envie de cocher tous les items vous pouvez retrouver tous mes conseils à ce sujet par là 

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Quelques réflexions politiques


quelques réflexions politiques - société - miss blemish

Énormément d’interventions politiques prennent à mon sens le mauvais point de départ. Elles se donnent pour but d’influencer au lieu de celui d’exposer des idées et des arguments refusant à demi-mot à chacun son droit de penser par lui-même, pour lui-même et d’avoir sa propre opinion. Beaucoup d’interventions politiques fournissent ainsi du prêt à penser en lieu et place d’outils pour réfléchir. 

Dans cet article je ne veux donc pas vous influencer mais partager des points de réflexion sur des points sensibles qui jouent un rôle immense dans notre conception de la société et de la politique qui doit être menée. Pour réfléchir ensemble et faire mentir des croyances trop peu souvent questionnées. Je compte sur vous, en cas de désaccord et même si c’est difficile, pour ouvrir une conversation constructive et respectueuse de chacun. 

« Mal voter »

C’est un argument qui revient souvent, surtout dans les tribunes de personnes ayant bénéficié d’études réputées brillantes. S’ils ont raison de dénoncer la faiblesse du traitement de certains sujets pourtant cruciaux par les médias, se laisser fourvoyer n’est pas l’apanage de ceux qui n’auraient pas bénéficié de la même éducation. Tous, quelque soit notre niveau d’études, nos diplômes, notre métier, notre origine, notre religion ou notre âge sommes susceptibles de nous laisser tromper ou aveugler par des discours politiques mensongers, un média donné, un papier convaincant, notre peur, nos difficultés ou des pans douloureux de notre histoire personnelle. Ces discours sont dénonçables car ils soutiennent l’idée que les décisions sociétales et politiques doivent être laissées à une petite proportion de gens « sachant » et nient de ce fait le fondement même de la démocratie voulant que chaque voix qui la constitue est légitime et digne d’être exprimée et entendue. Ce sont les personnes qui se rendent coupables de désinformation, de raccourcis et d’approximations qui sont à blâmer, pas les personnes qui sont par elles abusées. 

Appeler à voter pour

Je crois que la mobilisation des artistes qui ont massivement appelé à soutenir Hillary Clinton n’est pas étrangère à la victoire de Donald Trump. Elle n’est pas coupable mais elle n’est pas étrangère. Comment recevriez-vous un tel conseil si vous étiez dans une situation difficile voire intenable de la part de quelqu’un qui vit une vie confortable et ne connaît rien de vos difficultés ? Choisir de prescrire un vote c’est refuser aux autres la liberté de choisir par eux-mêmes pour eux-mêmes. C’est insinuer à demi-mot leur incapacité à prendre la meilleure décision pour eux-mêmes et pour l’ensemble de la société. À mon sens il est infiniment plus riche et respectueux d’autrui de partager la réflexion qui nous mène à soutenir un candidat plutôt qu’un simple « votez pour X » ou « ne votez surtout pour pas pour Y ». 

Parfois même en voulant très fort, on ne peut pas

De nombreux discours reposent sur la croyance que si l’on se donne les moyens de faire quelque chose alors on y arrivera. Le problème de cette croyance c’est son corollaire, le sous-texte en tout petit qui murmure qu’alors ceux qui n’ont pas ce qu’ils veulent ne s’en sont tout simplement pas donné les moyens. Ce corollaire est malicieux car il suresponsabilise les désavantagés autant qu’il déresponsabilise les privilégiés

Pour avoir eu cette conversation un nombre incalculable de fois avec des personnes ayant fait de grandes études, longues, difficiles et pleines de sacrifices, je sais combien cette idée est difficile à entendre. Pourtant il n’est pas question de nier la difficulté et le travail nécessaire fournit par les personnes qui ont bâti des carrières imposantes mais de leur ouvrir les yeux sur tout ce qui leur a permis d’accéder à la possibilité de fournir tout ce travail. C’est avoir eu la chance de naître dans une famille aimante, de n’avoir pas connu de handicap sévère, de s’être vu transmis le goût de la lecture et une certaine curiosité, c’est de s’être vu transmis le goût d’apprendre et l’importance de l’école, c’est de s’être vu donné l’occasion de s’exprimer à égalité avec ses frères et soeurs mais aussi avec des adultes, c’est avoir été encouragé, félicité, supporté dans ses choix, c’est avoir pu se consacrer pleinement à ses études sans avoir à travailler/emprunter, c’est avoir pu étudier dans de bonnes conditions, c’est avoir pu bénéficier de soutiens extérieurs en cas de difficultés. Ces éléments comptent dans la construction d’un individu et s’il est difficile d’imaginer pour quelqu’un qui a tout reçu ces difficultés, je prends toujours cet exemple : si tu n’avais pas eu tes parents pour exiger que tu fasses bien tes devoirs en primaire, en tant qu’enfant qu’aurais-tu choisi ? Tu serais resté de toi-même dans ta chambre ou tu serais sorti jouer avec tes copains ? Il est des âges où si l’on ne nous donne pas de cadre on n’a aucun moyen de prendre le recul qui serait nécessaire à le trouver par soi-même. Et il est des difficultés de vie qui changent complètement certains destins. Nous n’avons pas tous les mêmes chances et s’en rendre compte, regarder bien en face ses chances et ses privilèges est un premier pas vers un climat social moins tendu, moins de culpabilisation, moins de mesures injustes. Plus de partage du haut vers le bas. 

Prescrire des sacrifices que l’on ne voudrait pas pour soi-même 

Il est facile de prescrire à autrui un sacrifice ou un effort lorsque celui-ci ne nous sera pas imposé. « Les autres n’ont qu’à », rien de plus facile ! Pour chaque proposition j’essaie donc de me mettre à la place de ceux qu’elle concerne. Si j’étais à leur place, est-ce que cette perspective serait tolérable, acceptable, envisageable ? 

De la même manière il est plus facile (d’ un point de vue rhétorique) de demander aux moins avantagés de consentir à encore plus d’efforts (là où moralement c’est beaucoup plus discutable n’est-ce pas ?) car ces personnes ont moins de force de réponse. C’est d’ailleurs parce qu’ils étaient plus vulnérables que le choix a été fait par les gouvernements précédents de voter des mesures visant à essayer de les protéger. Vous verrez beaucoup moins de personnalités se risquer à demander des comptes aux plus puissants. Pourquoi ? Parce que c’est difficile. C’est difficile de s’attaquer à des personnes qui ont un pouvoir de réponse égal ou supérieur au sien et ont les moyens de nous barrer la route : cela représente un risque tangible (et donc un vrai courage). Et sans parler de duplicité, n’auriez vous pas du mal à promouvoir des idées qui pourraient avoir des répercussions négatives sur des personnes qui vous ont épaulées ou desquelles vous vous sentez redevables ? Nous sommes d’accord qu’un élu doit se placer au dessus de ces questions là mais comme dans tout problème éthique nier une difficulté au prétexte que dans un monde parfait elle ne devrait pas exister n’est pas la solution. 

La fainéantise 

Dans l’argumentaire visant à la baisse des fonctionnaires revient souvent l’idée qu’ils font un nombre d’heures réduit et peu productif. Si c’est une aberration au vu du travail de bien des fonctionnaires, quand bien même cela serait-il vrai pour une poignée d’entre eux où est le problème ? Si vous regardez les grilles de salaires, la fonction publique dans son extrême majorité ne propose pas de salaires très alléchants (hormis dans les hautes sphères administratives). Quel mal y aurait-il pour quelqu’un de faire le choix d’un travail moins doté en heures et en salaire pour avoir plus de temps libre ? C’est un choix de mode de vie. Mais plus encore que d’accepter que nous n’ayons pas tous les mêmes aspirations, il est intéressant d’observer le biais cognitif qui veut que tous – quelque soit notre métier, notre quotidien – nous ayons toujours l’impression de travailler plus que notre voisin et l’impression d’avoir un quotidien plus compliqué. C’est normal, là où nous sommes aux premières loges de nos difficultés, nous n’avons qu’une vision extérieure de celles du voisin qui semblent ainsi bien moins embêtantes. Cela ne veut pas pour autant dire que ces difficultés, quelles qu’elles soient, ne font pas souffrir ledit voisin, sont dérisoires ou ne méritent pas d’être entendues. 

Les impôts 

L’impôt sur le revenu présente des inégalités. Pourquoi ? Parce qu’une grande partie de l’argent dû à l’Etat n’arrive jamais dans ses caisses. Le nombre de participants étant réduit, l’équité au moment du partage de l’addition n’est plus assuré. Cet argent qui n’arrive jamais dans les caisses, c’est dans son écrasante majorité l’argent de l’évasion fiscale et de l’optimisation financière de personnes qui comme vous pensent qu’elles paient trop d’impôts sauf qu’à la différence de vous possèdent les moyens de les contourner (à l’aide de savants montages financiers et de conseillers richement payés). Si tous les candidats ne s’attaquent pas à cette question j’ai envie de vous parler de la croyance voulant que c’est en facilitant la vie des plus grandes entreprises (et je dis bien des plus grandes soit les multinationales) que celles-ci seront moins tentées de fuir l’impôt. C’est faux. Et ces entreprises ne sont pas à blâmer, elles sont justes dans une logique identique à l’enfant qui veut aller jouer avec ses copains plutôt que de faire ses devoirs, elles ont besoin de bons parents. Je développe :

Une multinationale a pour but de produire et d’extraire chaque année plus de richesse. Les objectifs de l’année à venir sont calculés sur ceux atteints l’année précédente et ce toujours à la hausse. Les employés sont évalués sur la base de cet objectif et ce jusqu’au PDG (ou CEO si vous préférez)(qui n’est pas une position très stable). Si vous allégez un poste de charge d’une entreprise, cette économie va être avalée, acquise et de nouveaux objectifs calculés sur sa base. Tout ce qui peut accroître le bénéfice sera toujours l’option choisie parce que le but des conseils d’administration est de faire le retour sur investissement maximum. C’est le jeu et là n’est pas le propos de les blâmer juste de souligner que les seules personnes à même d’obtenir des entreprises ce qu’elles doivent à notre système (qui lui fournit des consommateurs et donc une partie de son chiffre d’affaire) sont les représentants de l’Etat et les lois qu’ils votent. Et ceux qui prétendent que ce serait dangereux ne parlent que pour leur propre position car aucune entreprise ne sacrifierait un marché de 66 millions de consommateurs potentiels à la légère. 

L’enjeu clé d’aller demander aux entreprises internationales de respecter nos règles du jeu, c’est d’alléger la note pour nous tous et de rééquilibrer les forces. Et il ne s’agit pas de les diaboliser. Juste de demander de la transparence et un jeu équitable. Le problème n’est pas de gagner ou vouloir gagner beaucoup d’argent mais de ne pas participer à la société à hauteur de l’argent gagné. 

Attribuer nos difficultés économiques aux plus désavantagés

Autre croyance répandue : croire que les personnes les plus désavantagées de notre société sont à la source de nos problèmes économiques et entretenir l’idée « d’assistés » au détriment des milliers de gens pour qui les aides apportées sont un filet de sécurité sans lequel leur vie serait plus dure encore. J’ai du mal à croire que l’on vive une vie enviable en France avec pour seuls revenus un RSA ou comme immigré clandestin. Pire encore toutes ces aides pourtant indispensables à beaucoup de ceux qui les touchent coûtent moins à la société que l’évasion fiscale de ceux qui refusent d’y participer à la hauteur de ce qu’ils pourraient donner. As-t-on vraiment envie de prendre sur l’indispensable des uns au profit du superflu des autres ?

Je crois que je ne pouvais pas boucler mon article sur une meilleure question. Avec peut-être celle-ci : dans quel genre de société voulons-nous vivre et participons nous à la construire à l’image de ce que l’on se souhaite ? J’ai hâte de vous lire si le coeur vous en dit sur ces différents sujets et ceux qui vous tiennent à coeur que je n’aurais pas abordés, cet article n’étant bien sûr pas exhaustif. 

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