Et soudain prendre le risque

L’esprit du débutant


l'esprit du débutant 1

Dans l’amphitéâtre aux sièges rouges et aux murs gris viennent se poser depuis l’été fané deux de mes soirées chaque semaine. C’est devenu une petite routine à pieds trainés et chaussures abîmées de reprendre – 20 heures presqu’arrivées – sac, manteau et courage fatigué pour retourner braver froid et rames encombrées. Dans l’amphithéâtre à la place où j’ai pris l’habitude de m’asseoir, on entend distinctement l’une des baffles qui grésille ce qui lui a valu bien des « qu’est-ce qu’elle peut être agaçante ! » complices et souriants. Pourtant ce soir où il n’est encore personne pour s’en plaindre avec moi, le grésillement familier se fait doux rappel à mâchoires serrées-desserrées – sourire retrouvé – de ces mots pleins de sagesse et de bons sens lus dans Flow. « Dévêtis chaque chose du souvenir, des attentes et des peurs de tes expériences passées pour te présenter à elle comme si tu venais à sa rencontre pour la première fois. » l’article définissant chemin faisant ce en quoi consiste « l’esprit du débutant ». Et pour illustrer cette idée enchaînait sur le récit d’une expérience montrant que méditant dans une pièce où résonne le bruit régulier du balancier d’une horloge, les moines boudhistes sont les seules personnes parmi celles participant à l’expérience et non entraînées qui ne finissent pas par l’occulter. Leur esprit du débutant aguerri leur permettant d’accueillir chaque cliquetis comme s’ils n’avaient jamais entendu le précédent.

Durant la semaine qui a suivi la lecture de cet article cette idée a trouvé à infuser et moi à m’y frotter consciemment chaque jour par petites touches. Et de découvrir étonnée-soulagée-chamboulée combien ce changement de presque-rien-du-tout pouvait tout rendre plus léger. Cette semaine, avec l’application concentrée des bons élèves, j’ai accueilli bras croisés et sourcils froncés toutes les tentatives d’anticipation pessimistes et autres « je ne veux pas y aller » pesant sur mes obligations détestées, préférant leur laisser la chance de m’étonner. Et si je n’avais pas plus besoin d’être convaincue que persuadée de la nécessité d’ainsi cheminer défait de jugements et préjugés, je découvrais au fil des jours combien de pas éloignaient ce « je sais » de sa mise en pratique. Car si je m’étais beaucoup entraînée à débusquer, cueillir et savourer à sa juste valeur chaque petite note positive déposée à ma portée, j’avais ommis de regarder du côté de tout ce qui au quotidien me pèse sans que je puisse cependant espérer m’y soustraire. Et que je ne me privais pas jusque là de redouter, repousser, anticiper, les laissant ainsi ternir et abîmer bien d’avantage de moments que ceux qui leur étaient déjà dédiés.

Cette expérience s’est donc fait rappel à cette vérité dont nous devrions tous nous faire un doux mantra : quoi que nous traversions nous restons toujours le premier et le dernier maillon de la chaîne. Et si nous ne choisissons pas toujours ce qui croise notre route nous sommes les seuls à décider la place que l’on laisse à chaque chose pour nous affecter et notre manière de les accueillir pour les vivre.

Se trouve donc face à moi un tout nouveau chantier : apprendre à cheminer légère – détachée de préjugés, ouverte à une toute nouvelle expérience et moins encline à procrastiner – vers ce qui me pèse aussi bien que vers ce que j’espère.

Et vous, cultivez-vous attentivement votre esprit du débutant ?

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« Demain »


"Demain" - Ecologie - Miss Blemish

Depuis quelques jours ça trotte ainsi, ça définit l’amour tantôt inné, tantôt naturel, tantôt compliqué. Mes pensées s’entortillent autour de l’idée – difficile à avaler – qu’il est difficile de réfléchir l’Amour. De réfléchir l’élan qui nous pousse, nous bouleverse, nous bouscule et éclabousse de larmes et de sourires le quotidien. L’élan qui nous laisse démunis de mots suffisants devant son caractère brut et entier. Réel. Peut-être parce que ça nous touche de si près, tout au creux, tout au coeur, qu’on ne peut qu’égratigner – s’égratigner – à vouloir trop en dire, trop en penser, trop en décortiquer.

Avec l’Amoureux, je nous sens à la toute fin de cette zone de basculement dans laquelle nous avançons à petits pas depuis des mois. Cette zone de basculement où l’Adoration laisse place aux débuts de l’amour vrai, celui qui aime la personne toute entière et pas juste le brillant. L’amour qui se détache de ses fards pour s’attarder et s’attendrir sur les coins sombres, les petites manies. L’amour d’un(e) Autre après l’amour d’une idée – romantique, jouée, aseptisée, idéalisée – de l’Autre. C’est doux, c’est bouleversant, c’est des rires, des larmes, des questionnements. Il y a apprendre l’Autre et la question, m’apprendra-t-il, moi ? C’est prendre le temps d’écouter les petites voix qui murmurent tout bas, c’est prendre son courage et respirer trois fois pour parler de toutes ces choses qui ne se disent pas, ces peurs si grandes, tout ce que l’on nous a appris qui pouvait fragiliser et détruire là où il les faut pourtant au moment de Construire. C’est dire « je ne sais pas », est-ce que tu crois ?, c’est grandir ensemble, se bousculer, s’enlacer, se rapprocher encore, et encore, et encore. C’est découvrir que l’on n’a pas tout découvert encore de la proximité – mais nous étions si proches déjà, encore plus, c’est possible ça ? – c’est entrer à petits pas et yeux étonnés dans une nouvelle salle encore inexplorée de l’intimité partagée. 

Cette difficulté à dire, penser, écrire l’élan je crois, ne se limite pas à nos seules relations. Cela s’étend à tout ce qui nous construit, ce qui nous fait trembler ou nous lever. Ce qui est devient tellement important que la légèreté nécessaire à en parler pour persuader n’est plus innée. C’est tellement là, c’est aggloméré à soi. Hors parler, partager, prend un pas en arrière de nous-mêmes vers Toi. Ce pas cruellement difficile qui ne se braque ni des difficultés ni des critiques placées face à soi mais argumente, apprend, avance. Et ce pas-là, cette justesse engagée je l’ai trouvée hier à l’écran avec ce film qui me demande lui aussi de trouver ce pas pour Toi, ce film qui me laissait sortir légère, pleine d’espoir et prête à retrousser mes manches hier du cinéma : Demain.

L’idée

Après la publication d’une étude dans le très célèbre journal scientifique Nature qui tire le signal d’alarme face à l’incroyable rapidité des changements que la Terre connaît et le terrible impact qu’ils pourraient avoir sur nos civilisations, Cyril Dion, Mélanie Laurent et trois amis amoureux de cinéma se retrouvent autour de la question : que faire maintenant pour Demain ? C’est là que naît l’idée de ce film non pas centré sur les catastrophes qui se préparent et assaillent déjà certaines parties du monde mais le parcourir à la rencontre de ceux qui le changent déjà de solutions locales et globales appliquées aux domaines de l’alimentation, de l’énergie, de l’économie, de la politique et de l’éducation.

des solutions à notre echelle

C’est tout ce qui fait la force du film je crois, revenir à notre échelle de spectateur et nous montrer que, tous, nous avons les moyens de devenir Acteurs du changement de tas de façons différentes et réalistes. Applicables dès aujourd’hui et durables, Demain expose des initiatives et des projets qui déconstruisent par l’exemple les schémas de pensées et croyances qui nous ont été inculqués et sont infusés dans les médias : l’impression que tout se passe à si grande échelle, si loin de nous qui sommes si petits faces à ces si grandes machines, firmes, administrations, systèmes que nous ne pouvons – individuellement – rien faire. Ces schémas d’où naissent un découragement lourd que j’ai souvent éprouvé : ne pas savoir quoi faire ni par où commencer et finalement baisser les bras parce que « qu’est-ce que je peux, moi, face à tout ça ? ». Le film démontre dans chaque domaine et grâce à des témoignages de scientifiques et experts combien les « nous n’avons pas d’autres solutions que de fonctionner comme nous le faisons aujourd’hui » sont infondés et nourris par ceux-là mêmes dont l’intérêt économique est que rien ne change. A notre portée, pédagogique, drôle, foisonnant de témoignages, d’explications utiles et didactiques, de chiffres d’intérêt et surtout d’initiatives locales nées de personnes comme vous et moiDemain montre par l’exemple qu’il est possible de faire autrement, dès notre petite échelle. Et le résultat n’est pas un mode de vie bouleversé, changé du tout au tout mais adapté et diversifié qui a appris à respecter le monde autour de lui et où chacun retrouve sa place, son importance et ses responsabilités au sein d’une communauté dont il fait partie intégrante et ce sans jamais nier la lenteur que prennent certains changements pour trouver leur apogée. Des projets qui ont mis 1, 5, 10, 20 ans à s’ancrer dans le quotidien et résoudre les défis qui se présentaient à eux pour inventer les solutions de Demain. Loin de brutes volte-face, Demain est une ôde à la diversité et à une progression consciente, ouverte, dynamique et vivante. 

"Demain" - Ecologie - Miss Blemish

Dans ma bucket-list que je partageais avec vous en Janvier, il y avait notamment cette envie « Me documenter et petit à petit faire des ajustements pour me tourner vers un quotidien plus green ». Je profite donc de l’occasion de ce film pour faire le point sur ce que je fais déjà aujourd’hui dans l’optique d’un quotidien plus en adéquation avec l’environnement et les pistes qu’il m’a fait découvrir qui me semble réalisables par moi. Si ce sujet vous intéresse je serai ravie de vous faire part de mes avancées, des essais, des ratés et des gestes malins adoptés.

après le film dans ma vie d’aujourd’hui : ECOLOGIE ET CHOIX DURABLES

  • Pas de sacs plastiques : il y a toujours dans mon sac des tote-bags en coton pour mes courses et affaires de sport
  • Je ne me déplace au quotidien qu’en transports en commun mais j’utilise encore la voiture lorsque je rentre en Haute-Savoie pour les déplacements hors de ma ville
  • Je ne prends plus l’avion pour les déplacements proches (France et pays limitrophes) mais le train
  • J’achète certains produits dans des magasins bio qui favorisent l’économie locale en se fournissant chez des producteurs locaux
  • J’éteins l’eau lorsque je me brosse les dents, me savonne corps, cheveux ou visage
  • J’ai diminué ma consommation de produits laitiers
  • Je donne et recycle les vêtements que je ne porte plus à raison de deux tris par an
  • J’ai opté pour des ampoules basse consommation chez moi
  • J’essaie au maximum de toujours éteindre les lumières quand je quitte une pièce
  • Cet hiver j’ai laissé mon chauffage éteint : j’ai mis un pull, des chaussons fourrés, pris une double couette et utilisé le plaid tout doux offert par l’amoureux lorsque je travaillais immobile à mon bureau
  • De la même manière je n’utilise pas de climatisation chez moi 

Des pistes a explorer : ce qui reste à améliorer

J’ai choisi pour celles-ci uniquement celles qui me semblaient accessibles aujourd’hui pour moi puisque changer prend du temps si l’on ne veut pas finir découragé avant même d’avoir commencé. Des objectifs précis, réalistes, réalisables et bien définis :

  • Eteindre les appareils en veille
  • Acheter mes fruits et légumes de saison et à des producteurs locaux. Je me suis inscrite à La Ruche qui dit Oui
  • Limiter le temps passé sous la douche en mettant par exemple une chanson et essayer de ne pas dépasser sa durée
  • Lire L’Enquête Campbell et diminuer encore (arrêter ?) ma consommation de viande et de poisson
  • Réorienter mes achats vers des entreprises locales ou qui favorisent et soutiennent développement durable et initiatives proches de mes valeurs
  • Favoriser les entreprises qui limitent les intermédiaires et se font acteur d’un commerce plus juste
  • Ne plus laisser de papiers, magazines, enveloppes partir dans la poubelle non recyclable
  • Me renseigner sur la possibilité de composter mes déchets organiques dans un composteur collectif
  • Changer de fournisseur d’énergie pour une entreprise utilisant des énergies renouvelables
  • Soutenir financièrement des initiatives en faveur du développement de l’énergie renouvelable

Ressources relatives au film

  • Le site très complet qui compile de nombreuses ressources pour nous aider à mettre en place ou participer localement aux solutions proposées dans le film.
  • Le dossier pédagogique en format PDF qui reprend les grands messages du film

et vous, vous l’avez vu ? Qu’en avez-vous pensé ?

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Et l’importance de faire de la place pour ce que l’on aime


Et l'importance de faire de la place pour ce que l'on aime - Slow life - happiness - Miss Blemish

Août, je t’écris pour la première des nouvelles fois un jour de pluie sur une trame blanche émaillée de gris. Les mots dansent la course folle, la lumière court sur l’axe le long des courtes heures et des minutes dorées bientôt précieuses et je cours tantôt avec eux, tantôt après eux. Je parle du commencement, du recommencement, du rien dont émerge un Tout et à ce moment-là rêve cache des mots qui gagneraient d’harmonie sur le papier le pouvoir de résonner par delà mes frontières limitées. Et je me souviens de la douceur qu’il y a à commencer à rêver. Du vertige tout au bord déjà loin lorsque ça y est, j’ai sauté.

Ces jours derniers comme à chaque fois qu’à ma porte vient toquer janvier, je me frotte au creux dans lequel viennent s’abîmer des pourquoi et des comment murmurant des peut-être. Des qui reprennent ce que j’ai entendu bien des fois, des qui disent « peut être devrais-tu arrêter tout ça… ». Et il est tentant – un court instant – de croire les yeux fermés à la facilité d’abandonner ce qui n’a d’évidence qu’au creux pour ce qu’ouvertement je me suis choisi pour destinée. De dire « je ne fais plus que ça » en croisant dans mon dos les doigts au moment de jurer – la tête hochée – que « certainement ça suffira ». Derrière le mot rêve aux mots sont venus peu à peu s’accoler la douceur de ce genre de lumière qui vient sublimer un cliché, empruntée, des mots techniques à l’existence apprise après en avoir inventé seule des versions imparfaites et boîtillantes, accompagner, aimer, inventer, apprendre et puis l’envie dénudée de simplement pouvoir continuer.

Et l'importance de faire de la place pour ce que l'on aime - Slow life - happiness - Miss Blemish

Je m’interroge et pourtant au creux je sais face à mes doutes et face aux leurs qui viennent se coller à moi glacés la place de cet ici aussi nécessaire que ce là-bas qui se construit lui aussi – paradoxalement et contre l’apparente évidence – ici en grande partie. Les contours de mes demains qui – de chaque expérience partagée, de chaque mot et de chaque photo posés, de chaque échange par-delà le prisme où ne m’est encore accessible que mon propre reflet – trouvent à s’éclaircir et s’affiner pour me guider pas à pas vers cet instant où ces parties de moi partagées ne seront plus seules mains tendues vers vos mots en écho, offertes à qui pourra y trouver de quoi se nourrir, sourire et s’inspirer, mais où il y aura aussi et en plus de tout ça des visages – vos visages ? – et nos conversations moins générales et plus centrées, enfin de vive voix.

J’ai enfin compris – je crois – le temps qu’il faut savoir laisser au Sens pour se trouver au milieu de nos intuitions qui nous poussent en grand écart à bouleverser nos quotidiens, le mirage qu’est la facilité promise à suivre les yeux fermés ce que l’on s’est choisi pour soi il y a bien souvent des années et la nécessité de suivre cette intuition au moment de faire de la place – à son échelle et avec patience, sans rien brusquer, sans tout « plaquer » – à ce qui nous donne l’impression de reprendre d’amour et d’évidence notre respiration dans nos grands tourbillons. Mais surtout et aussi que s’il est souvent des opposés entre ce que l’on fait et ce que l’on va commencer – envers et contre notre propre scepticisme au coude à coude avec espoir et enthousiasme – il n’est pas rare que le Sens faisant chemin, nos opposés viennent à se retrouver, tous les ponts et les connections entre eux tissées de longue haleine et sans y penser enfin à nos yeux dévoilés. Parce que ce que l’on aime, ce que l’on a tout au creux de soi a souvent bien plus de raison d’être et de raisonnable que ce que l’on pourrait en croire au premier regard.

Et l'importance de faire de la place pour ce que l'on aime - Slow life - happiness - Miss Blemish

« Maybe it [love] means something more, something we can’t yet understand Peut-être que l’amour a une toute autre signification, quelque chose que nous ne comprenons pas encore » Dr Brand in Interstellar

Et vous, vous y arrivez à faire de ce que vous aimez des priorités ?

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