Pourquoi je n’irai pas en vacances à Bali


Pourquoi je n'irai pas en vacances à Bali - Ecologie - Miss Blemish

Vendredi dernier j’ai écouté l’interview pour le site Brut d’Aurélien Barrau – astrophysicien aux positions engagées en matière d’écologie – à l’occasion de la sortie de son livre Le plus grand défi de l’histoire de l’humanité. Dans cette interview il expose avec clarté et honnêteté un état des lieux de la situation environnementale actuelle avec notamment, la très inquiétante diminution des effectifs de milliers d’espèces et le risque d’extinction de millions d’autres encore. La sauvegarde du vivant et de notre propre espèce est le fil rouge de cet échange avec tous les changements pour nos sociétés que cet objectif impose. Avec beaucoup de pertinence il met néanmoins en avant la nécessité que ce poids ne soit pas porté par les moins favorisés d’entre nous mais bien au contraire par ceux qui ont le plus d’impact par les moyens qui leur permettent un mode de vie délétère pour tous.

Par mes valeurs c’est une position que je partage et défend et qui m’impose de reconnaître qu’elle s’applique à moi. Mangeant à ma faim chaque jour, avec un toit sur ma tête et encore de l’argent pour des loisirs, pouvoir réagir en cas de coup dur ou d’imprévu et envisager des voyages, je fais partie des plus favorisés dont Aurélien Barrau parle, en France et a fortiori dans le monde. C’est un fait facile à oublier au milieu des préoccupations, problèmes et difficultés quotidiennes qui nous concernent tous et pourtant elles n’enlèvent rien à la réalité de nos privilèges. 

Voilà ce qui m’amène au titre de mon article – Pourquoi je n’irai pas en vacances à Bali  – : parce que j’ai le luxe que ce soit pour moi une possibilité d’y aller. Et parce qu’ainsi je me sens la responsabilité pleine et entière de tout ce que ce choix implique, personnellement et collectivement. Voilà les questions que je me pose depuis que ce projet de voyage a été évoqué : Peut-on vraiment continuer à placer notre intérêt personnel (voyager, découvrir une autre culture, s’enrichir d’une vision du monde différente, voir, toucher, sentir des paysages qui ne sont accessibles qu’à travers des écrans le reste du temps) au dessus de l’intérêt commun ? Cette envie d’ailleurs est-elle encore pertinente et défendable ? Peut-on, nous privilégiés, continuer à voyager sans arrière pensée à l’heure où tous les signaux d’alarme sont au rouge ? Est-ce vraiment viable ? 

Ce sont de vraies questions, loin de faire l’unanimité parmi mes proches qui ont été nombreux à lever les yeux au ciel, soupirer, s’indigner (et me qualifier d’extrémiste) quand j’ai abordé cette problématique. Pourtant, le « besoin de voyager » est culturellement très récent. Pourtant il y a énormément de destinations accessibles en train (1500 fois moins polluant que l’avion*) pour étancher notre envie d’ailleurs. Pourtant peut-être faudrait-il remettre en question cette dernière, loin d’être nécessaire, cruciale ou suffisante à notre bonheur.

Aurélien Barrau évoque la nécessité de transformer notre vision de ce qui est aujourd’hui socialement valorisé pour d’autres choix plus conformes aux impératifs qui s’imposent à nous. Que ça devienne ringard d’avoir une voiture de sport, d’aller à Bali, de consommer sans compter… C’est tout le cheminement que j’entreprends par rapport au voyage actuellement. Mon envie d’ailleurs est elle aussi construite socialement, au-delà bien sûr de tout ce que le voyage a de merveilleux et d’enrichissant sur le plan personnel. Aujourd’hui je réfléchis donc à trouver ces bénéfices autrement, ailleurs, par des voies qui ne nécessitent pas de polluer autant pour les obtenir. Et j’ai répondu à toutes les questions précédentes par la négative : je ne souhaite pas que mes loisirs, dispensables, contribuent à la destruction de tout ce qui nous entoure. Aussi faible cette contribution puisse sembler, prise isolément. Car tout mon mode de vie est susceptible, quotidiennement, d’impacter négativement notre environnement. Et c’est déjà bien trop pour moi. Si je consens à tous ces petits gestes quotidiens dont l’impact est si faible et pourtant si nécessaire, je ne peux pas ne pas consentir à celui-là dont le poids surpasse tous les autres et le rend d’autant plus pertinent et indispensable. 

J’avais envie de partager cette réflexion et cette décision avec vous car si je suis énormément de personnes qui partagent cette vision – au premier rang desquelles Bénédicte, les discussions avec mes proches m’ont montré que c’était loin d’être un sujet abordé par tous et partout. Que ce n’était souvent même pas un sujet et pour moi la première il y a encore quelques années de cela. Pourtant je suis sûre qu’il y a beaucoup à gagner à en parler et à réfléchir ensemble à cette question. Je serais donc très heureuse de pouvoir lire votre propre rapport au voyage, au tourisme et à son impact sur l’environnement. Comment envisagez-vous ces relations ? Avez-vous vu votre rapport au voyage changer ces dernières années ?

Merci d’avoir pris le temps de me lire et d’avance pour votre bienveillance dans les échanges qui suivront. Mon idée est d’ouvrir une conversation apaisée et constructive sur cette question, au-delà de mon seul choix personnel que je ne pose pas en exemple à suivre mais comme une possibilité à réfléchir.

Ressources soufflées dans les commentaires : Pour sauver le climat faut-il renoncer à l’avion ? Quelques mesures de sobriété

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Ce que nous enseignent les vacances


Ce que nous enseignent les vacances - Slow lifestyle - Miss Blemish

Il y a deux semaines, samedi soir pas vraiment tard, je retrouvais l’appartement laissé le temps d’une semaine de vacances ailleurs, loin de mon vacarme quotidien (et parisien). Encore une fois j’y étais arrivée épuisée, à bout de souffle et encore une fois je formulais le voeux de faire de cette parenthèse le terreau des habitudes qui me permettraient de ne pas arriver aux prochaines vacances dans le même état d’épuisement et surtout, de donner à mon quotidien travaillé un peu de la légèreté et de l’émerveillement qui m’accompagnent en vacances.

Je suis rentrée de vacances reposée et, « aérée » et tout le défi consistait désormais à laisser infuser tout le bénéfice de ces quelques jours ailleurs dans mon présent. Je ne sais pas si vous avez déjà fait l’expérience de cette sérénité post-vacances où vous pouvez être concerné et engagé dans les problèmes à résoudre à la maison comme au travail sans pour autant vous confondre avec eux. Concerné mais pas submergé, juste à la bonne distance pour agir sans ré-agir. Cette fois-ci, les bienfaits plein des vacances ont continué à m’accompagner 4 jours et demi après leur fin. Si ce recul n’est déjà plus présent au travail où la charge émotionnelle est à nouveau trop intense pour ma capacité à mettre une juste distance, il continue à m’accompagner en privé et c’est de ça plus particulièrement que je souhaite vous parler.

En janvier je me suis inscrite à « La communauté », un espace en ligne créé par Esther Taillifet pour accompagner les personnes écoutant son podcast mais peinant à appliquer seuls les outils proposés. Si cet abonnement m’a permis de débloquer tout un tas de choses comme d’identifier mes besoins, valeurs, envies, limites et blocages créatifs avec plus d’acuité, il a été mon déclic pour réussir à tenir une résolution que je peinais à mettre en place depuis plusieurs années : respecter mes besoins de sommeil et pour ce faire me coucher à l’heure nécessaire pour remplir ces besoins. Je savais depuis longtemps que je ne réussirais pas à trouver mon équilibre sans remplir cet objectif de façon pérenne et en effet il s’est accompagné de nombreux bénéfices au premier rang desquels la douceur de ne pas être constamment épuisée.

Prendre ce pas de recul m’a conduite à redéfinir mes priorités et à lâcher prise sur tout ce qui n’en faisait pas partie. Dans la liste des choses les plus importantes à mes yeux datée de début janvier j’ai donc écrit : passer du temps de qualité avec ma famille et mes amis, vivre dans un environnement propre et agréable, prendre le temps de cuisiner et bien manger au quotidien, lire et apprendre, prendre du temps pour moi chaque jour.

Depuis je m’exerce à alléger la pression que je m’impose de toujours faire plus et mieux et apprends à limiter mes engagements. Car non, aussi forte soit mon envie de lancer ou répondre à mille et uns projets, je ne peux pas étirer les heures indéfiniment, ni me dédoubler assurément. Cela peut sonner comme un renoncement mais d’accepter ces limites m’a apporté une liberté d’être et de m’écouter que je ne m’autorisais plus. Et c’est là bien tout ce que je veux partager avec vous ici, la liberté de se savoir faillible sans s’y complaire ni non plus vouloir à tout prix s’en extraire. Juste accepter.

Accepter de ne pas avoir toujours l’énergie de répondre présent, accepter de privilégier certaines priorités et de décliner des sollicitations, accepter de remettre parfois à plus tard, accepter d’avoir parfois du mal à se lever le matin. M’accorder, pour paraphraser Esther, du temps passé avec moi et qu’importe la lessive qu’il fallait faire tourner. Accepter de ne pas remplir l’idéal construit pour nous, parce que c’est impossible, parce qu’il ne nous convient et ne nous ressemble pas. Être honnête avec soi et faire ses choix en conséquence. Des choix qui parce qu’ils sont alignés avec qui l’on est pourront être pleinement assumés. 

À chaque retour de vacances j’essaie ainsi de garder ce qui est naturel lorsque l’on a le temps : sourire au ciel bleu, s’attarder pour profiter du parfum du jasmin qui court le long de la clôture qui cercle mon lieu de travail, prendre le temps d’une pause au soleil, aller marcher parce qu’il fait encore jour et parce qu’il fait beau, lire toute une après-midi, préparer une tarte pour le goûter, partager un repas entre amis, rire, danser, jouer. Prendre soin, cueillir les détails et respirer lorsque l’on sent que l’on bouillonne intérieurement, prêt à exploser parce que la personne devant nous sur le trottoir marche « trop lentement ». Faire les changements qui s’imposent pour « avoir le temps », tous les jours, quelques soient les circonstances. Modifier son quotidien pour qu’il n’aille plus de paire avec une course effrénée, perdue d’avance et qui nous fait passer à côté de tout ce que l’on juge comme essentiel. 

Alors voilà, je m’exerce à faire moins, chaque jour. À dire non et ce d’abord à moi-même. Je m’exerce à laisser des trous, des plages de temps remplies de rien et ça marche plutôt bien. Je fais à ma mesure, selon mes possibles et je résiste à la presse de la ville, de l’instantanéité et du là-maintenant-tout-de-suite car l’important prend du temps et ne peut se savourer que lentement. 


Et vous, comment faites vous pour garder votre équilibre ? 

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Penser le monde, épisode 2 | Comment la philosophie peut nous sauver de Fabrice Midal


Penser le monde podcast | Sociologie et société - Miss BlemishUn nouvel article pour un nouvel épisode de Penser le Monde ! Dans ce nouvel épisode je vous parle de Comment la philosophie peut nous sauver écrit par Fabrice Midal, publié en 2015 et découvert grâce à la newsletter d’Anne-Solange Tardy « Pochette Surprise » (à laquelle je vous conseille de vous abonner, elle est très chouette). Je vous laisse avec l’épisode, j’espère qu’il vous plaira !

Les citations de l’épisode

« Il existe un malentendu chez tous les êtres humains : la tendance à être occupé par des choses diverses au point d’oublier l’essentiel. Pris par diverses obligations, par des devoirs qui se superposent à d’autre devoirs, rongés par l’habitude, nous sommes étreints par une sorte de routine, sans même nous en rendre compte. Du coup, sans que nous comprenions vraiment pourquoi, nous ne sommes pas heureux. L’ampleur de notre existence nous fait défaut. Nous sommes à l’étroit, dans un vêtement trop ajusté. Nous sommes à côté de nous-même. »

« Comment retrouver le sens d’une action éthique ? Il faut commencer nous dit la philosophie par retrouver le sens d’une action désintéressée. Faites quelque chose pour aucun calcul. Prenez le temps, chaque jour, de penser à faire un geste gratuit pour que l’humanité soit préservée. La formulation semble un peu emphatique mais elle a beaucoup de sens. Faire cet effort nous confronte à la tendance de vouloir être uniquement efficace. C’est souvent sans méchanceté que nous oublions cette dimension éthique, pris par ce que je nomme la « dictature de l’utilité » et l’obsession de tout gérer. Or si la gestion n’est pas sans efficacité, le prix de cette efficacité est de priver notre action de toute humanité. Quand un sportif se dope, quand un médecin considère un symptôme et non plus un être humain, quand un directeur des ressources humaines traite les dossiers de ses effectifs comme un stock, ils aliènent l’humanité. »

« Mais, et j’espère que ce sera le coup de grâce contre cette fausse conception de la philosophie, Platon comme Aristote affirment que la philosophie naît d’un pathos particulier qui la détermine d’un bout à l’autre, à savoir l’étonnement. On n’est pas philosophe parce qu’on fait des calculs rigoureux et indiscutables, mais parce que l’on est frappé de surprise et d’émerveillement par quelque chose. Pour nous c’est tout à fait contradictoire. Soit nous sommes dans le pathos, soit nous sommes dans la raison, il faut choisir ! N’est-ce pas l’évidence même ? Eh bien pas pour Platon ni pour Aristote qui n’ont pas encore déchiré l’être humain entre sa pensée d’un côté et son sentiment de l’autre. Pour eux le pathos n’est pas entièrement compréhensible à partir de ce que nous nommons de façon étroite le sentiment – il désigne la manière dont nous sommes posés, à un moment donné, dans l’existence. Il ne répond pas à nos distinctions communes entre émotion et pensée, corps et esprit, raison et irrationnel. Le pathos est la mise en mouvement de notre être tout entier. Et en ce sens il peut être source d’une profonde pensée et de l’exigence la plus raisonnable qui soit »

« Autrement dit, cette intelligence de la situation repose sur le savoir que, pour tout être humain, il n’y aura jamais de certitudes ou de manuels de comportement. Notre fascination pour les résultats de la science nous conduit à déconsidérer cette connaissance si profondément humaine sous prétexte qu’elle n’est pas déterminable mathématiquement ni sujette à prédictions. Fascinant paradoxe : nous comprenons habituellement l’éthique comme ce qui, reposant sur une réflexion rationnelle, pourrait nous donner une assurance indiscutable. Or c’est exactement le contraire : l’éthique nous engage à nous relier le mieux possible avec intelligence à une situation par définition unique. Et les grands actes de résistance, par exemple contre le Nazisme par ceux qu’on appelle désormais les justes, n’ont pas été des actions longuement réfléchies à l’aide de calculs rationnels. Ils ont été une réponse à un appel irrépressible : « je ne pouvais pas faire autrement » qui s’accordait à la vérité de la violence du temps. Nous croyons que la morale consiste à suivre une loi extérieure nous disant si telle action ou telle autre est juste : elle est, affirme Aristote, la découverte de la loi qui nous est propre. L’éthique ne nous est pas une loi externe elle est ce qui nous accorde, nous et nous seul, à ce moment précis, au monde. Tel est ce que l’on désigne en vérité par sagesse : le fait d’être juste dans les situations les plus concrètes de la vie quotidienne. »

« Nous devons surmonter cette crispation sur des idées auxquelles on s’identifie aveuglément et reconnaître la relativité de nos jugements. Il existe d’autres perspectives que les nôtres. Le reconnaître n’est certes pas facile mais c’est une exigence éthique primordiale. Nous devons assumer la limite de notre propre pensée. Voilà bien ce qui est le plus souvent insoutenable. Nous préférons tout perdre et tout détruire plutôt que de devoir abandonner l’idée que nous nous faisons de nous-même. Nous croyons, sans vraiment nous en rendre compte, qu’en ne défendant pas notre point de vue jusqu’au bout nous allons perdre notre identité. Or justement comme le souligne Montaigne, la tolérance est un héroïsme qui implique de reconnaître l’absence d’identité fixe de quoi que ce soit et au premier chef de notre existence. Tout est ouvert, changeant et en relation. »

« Reconnaître l’autre ne consiste nullement à le respecter dans sa différence selon une formule convenue et à la mode, mais à accepter que nous n’ayons pas un point de vue indiscutable sur quoi que ce soit. Je crois même que là est l’épreuve philosophique dans toute sa grandeur. Il n’est pas légitime de penser ce qui nous est inconnu à partir de ce que nous savons déjà. Mon cas particulier ne peut pas tout expliquer, tout justifier, me permettre de tout comprendre. « Je n’ai point commis cette erreur commune de juger d’un autre selon ce que je suis » nous dit Montaigne. Il faut accepter d’entrer dans l’inconnu qu’est la perspective de l’autre, en mesurant que notre compréhension en est probablement limitée. La vérité ne se possède pas, elle s’éprouve, chaque fois à neuf, de manière restreinte et nécessaire limitée. »

« Comment sortir de cette impasse ? Comment accepter la limite propre à toute connaissance ? Cette exigence, souvent comprise comme un relativisme, apparaît comme une invitation à accepter une certaine irrésolution. Or elle est, au contraire, un héroïsme. » « Le souci de soi a fait découvrir à Montaigne le fond véritable de la tolérance : non pas accepter toutes les idées qui existent, mais, en entrant réellement en amitié avec soi, n’avoir plus besoin d’avoir toujours raison et laisser ainsi place pour autre chose que soi. Sur cette base, il devient légitime de défendre ses idées et de s’opposer à celles qui semblent injustes. »

« Nous retrouvons ici cette découverte dont j’ai à plusieurs reprises témoigné : la philosophie ne consiste pas à apprendre des choses, à emmagasiner des connaissances, à apprendre une leçon puis une autre mais à être pris d’un désir qui vous fait regarder autrement tout ce qui est. Vous étiez tranquille et d’un seul coup tout vacille ! Vous brûlez d’un désir intense de mieux voir.»

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J’espère de tout coeur que cet épisode vous a plu, n’hésitez pas à me dire en commentaire ce que vous en avez pensé et si vous voyez des choses qui pourraient être améliorées, je suis preneuse de tous vos conseils !

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