Remplir les silences


Des livres engagés à offrir pour Noël - Culture - Miss Blemish

Pour remplir les silences il y a :

  • les chansons que l’on connaît par cœur
  • les podcasts qui parlent du quotidien des gens
  • les heures passées au téléphone – pour les jusqu’au-boutiste appeler tout son répertoire, contact après contact
  • la radio – si les jingles publicitaires vous font rire
  • les conversations des voisins de table à la terrasse d’un café, dans la queue du supermarché, dans le métro, sur le trottoir…
  • les vidéos YouTube – surtout celles qui montrent des quotidiens banals ou encore des gens en train de faire le ménage
  • les séries, les films, les dessins animés 
  • la télé qu’on laisse allumée dans un coin sans vraiment la regarder 
  • les spectacles filmés
  • l’instrument dont on joue, la chanson que l’on fredonne, les conversations avec soi-même 
  • le bruit des canalisations, des portes, des tiroirs et de l’ascenseur, le bruit de la vie dedans, dehors
  • la musique d’attente du standard de la sécu
  • le bruit du papier bulle et des pages lues, cornées, froissées 
  • les répondeurs de ceux qui ne répondent pas – la pire espèce étant ceux qui ne répondent pas ET QUI EN PLUS n’ont pas personnalisé leur répondeur
  • les gens qui racontent leur vie
  • le bruit du lave vaisselle et de la machine à laver
  • les pitreries de l’animal de compagnie que l’on s’est décidé à adopter
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L’attente terrible


l'attente terrible - Miss Blemish

L’attente terrible me cloue au sol, au lit, au canapé, les yeux rivés au plafond, le téléphone tout près et surtout pas sur vibreur s’il vous plaît. Non, l’attente terrible sera brisée par une sonnerie hurlante car moi, je ne peux pas crier. 

Elle me balade de pièce en pièce et d’heures en heures, de l’excitation à la colère, de la tristesse au resignement. C’est un cycle, mécanique, et chaque message est une pièce qui alimente le juke-box. Baignée d’une furieuse adrénaline, tout s’accélère puis inexorablement ralentit. Vivante le temps d’un court échange, éteinte – souvent – le reste du temps. 

Ces moments sont ceux qui nourrissent nos nostalgies d’après. Lorsqu’on sait enfin que tout viendra à finir bien. Pourtant de cette rive où règne encore l’incertitude, le paysage ne se dévoile qu’à moitié. Ni beau, ni laid, insatisfaisant seulement. C’est le temps des pas assez et des trop peu où l’on brûle de milles mots pour faire advenir son désir. C’est un temps qui ne connaît aucun juste milieu, que des excès. 

C’est le avant de s’aimer tout à fait.

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Lignées de femmes


Lignées de femmes - Miss Blemish

Je porte en moi la mémoire des femmes qui m’ont précédées. Dans la tristesse sans larmes de ce dimanche après midi se réveille dans ma chair une peur qui ne m’appartient pas. Lancinante, obsédante, elle me raconte la douleur de mes aïeules restées dans des mariages qui les condamnaient au malheur. « Tu n’y arriveras pas seule » dit la peur, « et personne vraiment ne veut de toi ». 

Si je ressens leur peur jusqu’à trembler, j’essaie de n’écouter de cet héritage que le chagrin de n’avoir jamais vraiment choisi. D’avoir vécu dans les fissures, les interstices, jamais pleinement, toujours dans la crainte du prix qu’il faudrait payer pour cet espace de liberté s’il venait à être divulgué. 

Je romps ici avec la destinée de ma lignée. 4 générations ont été nécessaires pour que je puisse choisir sans être entravée ni par la loi, ni par la nécessité de partir ou de rester. 

Les fantômes sont là, ils raffolent des dimanches soirs, mais j’ai sur eux un coup d’avance : je connais le prix de ne pouvoir tenter sa chance. 

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