Summer in Paris, corps des femmes & genre


Summer in Paris - look - mode - Miss Blemish

Jeudi, seize heure, il y a Paris, la chaleur étouffante, les prospectus dont on s’évente – on les a pris cette fois-ci – un rendez-vous m’attend et pourtant mon pas pressé reste lourd et lent. Le ballet parisien anesthésié. C’est là que perce une voix discrète mais bien audible mêlée à la sensation on ne sait pourquoi si instinctivement désagréable d’être observée. Quelques mots mâchés et pourtant distincts me parviennent, une histoire de robe, de formes dévoilées, un « tu », des commentaires déplacés, mon « vos commentaires, vous les gardez pour vous » et une réponse comme on en a vu, entendu, lu milles fois et qui toujours coupent le souffle, noient la raison : « c’est toi qui me montre… ».

Je me « montre » tant que je viens jusqu’ici poser ces photos de ce moi suggéré indécent. Montrer glisse insidieusement la notion d’une provocation. Montrer… provoquer. Mes cheveux, mes épaules, mes bras, mes mains, mon buste, ma poitrine, mes hanches, mes fesses, mes jambes, mes pieds, toutes ces parties de cet ensemble que nous partageons tous, cet ensemble normal et cohérent prend chez la femme un sens qu’on lui a collé et avec lui une responsabilité sur le comportement d’autrui. N’est-ce pas étonnant d’avoir hérité à la naissance du même corps que chacun et d’être pourtant déjà responsable devant les hommes d’assurer sa protection par la plus extrême discrétion quant à son existence et sa géographie ? N’est-ce pas étonnant de la part d’un représentant du sexe dit « fort » de se montrer si faible en invoquant l’incapacité à refréner des pulsions animales – animaux si forts mal traités et si peu estimés dans notre société – devant des jambes dénudées ? Peut-on accepter cette injonction à se cacher sous peine de représailles « provoquées » ? 

J’ai la chance de ne pas avoir été confrontée souvent à cette situation de me sentir proie et victime de mon propre corps face à des autres malveillants. Mais récemment et sans avoir souvent été en première ligne, je me suis aperçue être gênée, mal à l’aise dans certains vêtements à la liste desquels on peut trouver robes, shorts, jupes, imprimés fleuris, coupes ajustées. Je me suis interrogée sur l’origine de cette gêne qui supplante le simple changement de goût, l’émancipation minimaliste en rupture avec les formes et imprimés désertés au seul motif d’être aujourd’hui encore trop attachés à un avant adolescent. J’ai interrogé la part revenant aux images du corps placardées qui subtilement viennent à nous faire interroger la forme du nôtre, à questionner l’arrondi du ventre, la courbe d’une épaule, la taille des jambes, le dessin flouté de muscles peu sollicités, le rebondi d’un mollet, la finesse des chevilles, le velouté de la peau jusqu’à sa teinte… Et puis j’ai interrogé le regard, cette donnée qui manquait encore à mon tableau. Hier, en pleine canicule dans le metro je me suis extraite à l’habitude – pas de livre, pas de texte en court d’écriture – et j’ai levé la tête dans la foule, observé les hommes autour de moi et leurs regards sur les femmes nombreuses qui toutes revêtaient vêtements courts et légers pour affronter la chaleur caniculaire. Et ma gêne insidieuse, indéfinie a trouvé un début de réponse fondé et concret avec les yeux posés sur la courbe de seins dévoilés par une robe ajustée, ceux qui remontent, descendent, scannent le corps d’une femme qui parle à une amie, ceux qui s’arrêtent juste à la lisière d’une jupe, ceux qui regardent sévères la mine crispée, ceux qui ont les sourcils tantôt relevés, tantôt froncés en signe d’une muette désapprobation. 

J’aime être une femme. J’aime m’adonner à ce que ma culture m’a appris comme étant des activités féminines et qui ont construit mes habitudes. Mais je n’aime pas l’image et le rôle que la société a construit, établi et cultivé pour nous. Je ne me suis jamais revendiquée féministe mais n’ai jamais non plus été non féministe, je n’avais simplement pas pris le temps de mettre de mots sur mes idées, ne me sentant ni le besoin, ni la légitimité de le faire étant donné mon éloignement de toute forme de militantisme. Au quotidien je suis pourtant loin d’être la dernière à me lever – oubliant toutes mes barrières, toutes mes insécurités – contre les injustices faites entre hommes ou contre les femmes. Mais petit à petit cela fait son chemin. Je m’interroge sur ce que l’on attend qu’il m’incombe comme rôle dans le jeu de la société, du couple, de la maternité. Je surprends comme souvent lorsqu’il s’agit de la parole d’une femme, la moquerie, la dérision devient facile et coutumière et comme ça l’est beaucoup moins lorsqu’il s’agit d’un homme à niveau de compétence et de connaissances pourtant égaux. J’entends comme l’équilibre d’un enfant et plus encore ses problèmes, ses difficultés sont souvent attribuées aux choix faits par sa maman, excluant le papa du tableau. Comme une maman a toujours tort. Qu’il s’agisse de travailler ou non, de faire garder son enfant ou non, de l’allaiter ou pas… Cela me met hors de moi de voir une femme soudain réduite à son statut de mère sitôt l’instant où elle devient maman. Comme peu à peu tout se recentre autour d’elle sur son enfant jusqu’à ne plus voir la femme et toutes les facettes multiples de sa personnalité, occultées et pourtant toujours existantes. 

Je me pose la question de la virilité et du poids que cela doit être d’être « fort ». De n’être pas dans son bon droit d’être ému, de pleurer, d’être effrayé. Et je me dis qu’il y a tant à gagner, des deux côtés, à trouver l’égalité. Qu’un papa soit aussi important aux yeux du monde qu’il l’est dans ceux de son enfant qui aime autant son papa que sa maman, l’écoute tout autant, l’admire et s’y réfère pareillement. Qu’une femme n’ait plus à rougir de son corps, d’avoir chaud, soif, faim, de transpirer, d’EXISTER. Que cela ne soit plus une honte de pleurer, rougir, être fort ou forte, de taper du poing sur la table, d’avoir des convictions ou rien à dire. Que l’on arrête avec ces réflexions « ah ben vous avez voulu l’égalité » lorsque l’on demande de descendre la poubelle, de changer une ampoule, ou de faire les niveaux de la voiture. Que l’égalité ce n’est pas vouloir faire tout toute seule, s’approprier à tout prix ce que la société à donné aux hommes comme étant « masculin » quitte à alourdir encore les charges qui nous reviennent mais tout simplement avoir le choix et pouvoir faire tout si l’on en a l’envie et les capacités. Que l’égalité ce n’est pas mettre femmes et hommes au service militaire obligatoire mais qu’une femme puisse s’engager sur le terrain si c’est ce qu’elle désire. Qu’un homme puisse être sage femme. Pour moi l’égalité c’est la liberté de pouvoir prétendre et postuler à tout sans qu’il nous soit opposé notre sexe. Pouvoir accéder à n’importe quelle activité. Pouvoir être soi, tout simplement, ni seulement un Homme, ni seulement une Femme. Juste être Soi.

Je suis gênée dans certains vêtements pourtant après y avoir bien réfléchi et poussée par la chaleur de ces derniers jours j’ai trouvé ma réponse à celle-ci : je continuerai à montrer mon corps en été. Parce que c’est un droit précieux que nous avons et même si je ne le crois pas en danger, c’est à force de nous montrer, à force de banalisation de ce corps trop longtemps diabolisé qu’il gagnera son émancipation. Son droit d’exister sans connotation sexuelle. 

Et toi, tu as déjà été confrontée au harcèlement de rue ? Comment vis-tu ton corps de femme ?

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Robe – Friperie (déjà vue ici)

Pendentif – Virginie Monroe (boutique Rue de Charonne à Paris)

Sandales – Charlie de Sezane

Sac – Kesslord

Sur ces photos, mon teint n’est pas maquillé et aucun de ces liens n’est affilié

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Mon granola gluten free


Mon granola gluten free - Miss Blemish

Si vous me posiez la question : quel est ton petit déjeuner préféré ? je vous répondrais sans hésiter : les céréales. Ou du moins est-ce ce que mes papilles répondraient. Parce que le reste de mon corps – lui – a très tôt manifesté son désaccord et banni de la liste des invités tous ceux dont l’habit était trop riche en fibres leur préférant ceux nappés d’un plus doux attirail. En hôte attentive et désireuse d’éloigner au plus loin le souvenir de mon ventre noué, j’ai fait taire les injonctions à un régime plus riche en crudités – voire même crudivore – si sévèrement rejeté par mon corps et laissé peu à peu de côté mes petits déjeuners favoris pour me tourner vers d’autres alternatives moins agressives. Jusqu’à il y a quelques jours où d’une recette ratée je découvre dans le résultat inattendu et au premier coup d’oeil bien décevant, ce granola gluten free qui me régale en douceur tous les matins depuis.

Cette recette ratée, c’est celle des crêpes moelleuses, vegan et sans gluten de Victoria. Et il n’a pas fallu plus que de remplacer la farine « mix pâtisserie » sans gluten indiquée par de la farine de riz (sans gluten également) pour que l’expérience vire à la catastrophe. La farine de riz donne une consistance très moelleuse, mousseuse et friable aux préparations qui la contiennent et si dans une recette « conventionnelle » de crêpes ça ne se remarque pas, avec celle-ci je me suis retrouvée incapable de retourner ma crêpe une fois la pâte dans la poêle. Alors j’ai retiré la pâte comme j’ai pu et terminé de faire cuire le reste du saladier de la même manière en me demandant bien ce que j’allais pouvoir faire de ces miettes de crêpes agglomérées. Réponse que j’ai eue en les goûtant…

Mon granola gluten free a la texture de la partie de pâte sablée qui a cuit sous les fruits de nos tartes d’été : il est doux, moelleux, humide, pâteux et dense. Tout ce dont pouvait rêver une ancienne amoureuse du porridge qui prenait toujours bien soin – pour les flocons d’avoine comme pour les autres – de faire passer ses céréales au micro-onde avec le lait pour qu’il s’épaississe, gorgé d’amidon. C’est très particulier et c’est pourquoi je vous préviens, l’amoureux trouve notamment ça particulièrement répugnant là où moi j’adore ça ! Tiède, avec du sirop d’érable et un fruit frais, mes petits-déjeuners depuis deux semaines ont des airs de fête ! 

Et j’avais envie d’ouvrir cette parenthèse : j’ai longtemps trouvé difficile – et cela m’arrive encore parfois en période de « moins bien » – de ne pas me retrouver dans les solutions d’autrui découvrant ce qui est « bon » de l’avis commun, ne pas l’être vraiment pour moi… ou en tout cas pas dans les proportions conseillées. Il ne s’agit bien sur ici « que » de réflexions sur l’alimentation et pourtant cela m’a fait prendre conscience de ce besoin d’identification à sources décuplées par internet qui n’est pas bien réaliste et pourtant durement ressenti comme une nécessité. On veut trouver ses réponses et on veut qu’elles soient claires, nettes, tranchées et la nuance, l’incertitude, les tâtonnements, sont souvent vécus comme autant d’échecs et de raisons d’abandonner pour l’extrême inverse qui consiste à faire à peu près tout et son contraire. L’écrit donne une fausse solennité à ce qui ne reste qu’une solution adaptée à une personne, une information, un témoignage et d’un twist singulier mue le tout en une forme de vérité qui nous donne le sentiment qu’il faut l’appliquer. La multiplicité des sources ne rend que plus ardue encore la nécessaire et seule tâche à entreprendre en premier lieu : s’écouter. 

Alors j’espère que si vous aussi vous adorez les céréales, les granolas, les mueslis mais que ce sentiment n’est pas partagé à tous les étages ma petite recette vous donnera l’alternative respectueuse de votre corps que vous cherchiez ou des idées pour la créer !

Mon granola gluten free - Miss Blemish

Ingrédients

250 g de farine de riz complet
500mL de lait d’amande
1 sachet de levure chimique
1 càs d’amandino (ou autre purée d’oléagineux)
Un peu d’eau

Mon granola gluten free - Miss Blemish

Préparation

1. Dans un saladier, mélanger au fouet tous les ingrédients.

2. Faire chauffer une poêle sur feu doux et procéder comme pour des crêpes épaisses. Verser 2-3 louches de pâte (en fonction du diamètre de la poêle) jusqu’à napper entièrement son fond et laisser cuire.

3. Lorsque le dessus de votre crêpe épaisse est « sec », prendre une spatule/une cuillère en bois et gratter la crêpe jusqu’à avoir décollé toute la pâte cuite de la poêle. Vous vous retrouvez avec des grumeaux de pâte cuite.

4. Procéder de même avec le reste du saladier.

5. Laisser refroidir votre granola quelques heures dans une assiette puis le conserver dans un récipient au frigo. Je vous conseille de le consommer dans la semaine qui suit sa préparation. 

Avec ces proportions vous avez entre 4 et 5 bols de Granola

Mon granola gluten free - Miss Blemish

Vous pouvez déguster votre Granola froid ou tiède, nature ou agrémenté de fruits, fruits secs, yaourt… Ce que je préfère le matin c’est avec du sirop d’érable, passé 1 minute au micro-onde, nature ou avec une nectarine.

Mon granola gluten free - Miss Blemish

Et vous, quels sont vos meilleurs alliés au petit déjeuner ?

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Nouvelle – Te retrouver


Nouvelle - te retrouver - Miss Blemish

Il fait cruellement chaud dans la petite pièce rectangulaire et étriquée ouverte sur la rue exposée plein sud. Il n’est pas d’architecte d’intérieur pour s’intéresser à l’agencement qu’une pièce aussi tristement banale. Ainsi la rangée de sièges blancs en plastique usé sévèrement attachée au sol a trouvé place tout contre les fenêtres et bien en face des géants de fer empilés à tambours battants. À cette heure-ci les baies vitrées se font prisme et loupe, les brindilles et les feuilles séchées des bêtises d’enfants remplacées par la peau blanche découpée de dentelle de la jeune femme qui attend. À rythme régulier, la cordelette d’un ventilateur fatigué vient tinter contre son pied métallique. Les pales grises remuent avec peine, ronronnements et grésillements la moiteur épaisse régnant dans la laverie automatique qui à son monologue donne pour écho la cacophonie du linge humide malmené, tour à tour ralenti ou accéléré. Dans le temple de la propreté est venue s’agglomérer dans les recoins la poussière rendue collante par la constante humidité.

Elle somnole assise, jambe pendante qui oscille au rythme de l’ennui mêlé de hâte. D’avoir regardé trop longtemps le linge tourner, la réalité a perdu ses contours et le temps brouillé ses barrières. Soudain et tout à la fois, Cédric peut être à nouveau là et parti, présent ou enfui, souvenir délavé ou réalité fantasmée. Il n’est chaque fois qu’une fraction de secondes à saisir pour le retrouver, glisser à travers la toile usée qui sépare les instants – passé, présent – revivre un sourire, un agacement, des épaules qui se haussent, un baiser. Chaque fois s’immisce un fragment différent de l’histoire disparue au présent comme un rendez-vous dans lequel s’abîme sa réalité à mesure de souvenirs ravivés. À certains moments elle songe qu’à force d’instants glanés elle finira par se rapprocher assez pour déchirer la toile et le rejoindre tout à fait. Alors elle reste-là, immobile et agitée, le regard piégé quelque part dans les errances frénétiques du tambour. La clochette s’ébranle alors qu’il pousse la porte et entre. Brusquement tirée de sa torpeur, elle lève des yeux bruns mordorés vers son fantôme qui n’en a soudain plus rien d’un. Aujourd’hui s’efface pour hier. Il porte son jean bleu, celui qui est un peu délavé et ne tombe plus très bien après des années porté. Le tee-shirt marine à col rond resserré dessine avec pudeur les épaules larges et carrées. Ses cheveux bruns ondulés font écho à ceux d’Émilie. Elle se souvient bien de ce lui d’avril alors. Cédric sourit, elle aussi et à la main qu’il tend vers elle d’un courant d’air chaud elle pourrait presque sentir ses doigts qui un jour ont pu s’emmêler aux siens.

Il n’est que le temps d’un battement de cil pour quitter le printemps, retrouver l’été. Elle reste encore un instant assise avant d’aller récupérer le linge séché. À force de machines répétées, tous finissent par s’abîmer. Elle quitte la lingerie saturée de l’odeur doucereuse et acre de lessive et comme chaque jour, sitôt la porte franchie vient l’heure du prix à payer. Alors après le jean, le sourire, la main il y a le soir d’hiver, les chaussures mouillées déposées dans l’entrée et « Chéri ! C’est moi ! Tu as passé une bonne journée ? » auquel répond tout le silence de l’appartement pourtant éclairé. Dans la cuisine le four bourdonne et le parquet craque sous ses pas d’abord légers, amusés puis, soudain, vrombit sous la course, remué par les secousses du pas lourd pour frémir du bruit sourd des genoux qui s’abattent sur lui. Les sirènes ne tardent pas à résonner depuis la rue, couvrant avec peine les craquements sur la cage thoracique à cent fois par minute comprimée, corps froid au sol inanimé. 

Alors demain comme chaque jour, elle reviendra s’asseoir sur le premier siège blanc tout contre la vitre de la salle banale éclairée été comme hiver au néon. Elle s’assiéra sur le même siège exactement que celui qu’elle occupait le soir d’automne où ils se sont rencontrés. Et après demain encore. Jusqu’à ce que la toile décide à céder, Cédric retrouvé. 

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