Les sourires de la semaine #45


Les sourires de la semaine #45 - écrire - Deauville - Miss Blemish

Deauville – janvier 2015

À ce janvier mine grise, ciel incertain j’ai envie de brandir des sourires effrontés. Brouiller les pistes de l’ennui chromatique, retrouver l’entrain des journées que la lumière ne déserte pas. Et pour tout ça donner à cette rubrique un peu plus de place puisqu’elle me fait tant de bien à écrire, à penser, à relire, à partager. À vous aussi ?

À travers les vitres rayées des wagons cinquantenaires – au moins ! – qui ralentissent et s’ébrouent, soudain la doublure écossaise mêlant le rouge au sombre de son manteau noir se dévoile dans la capuche abandonnée à son dos. Les freins crissent, le sol s’ébranle et ma main vient trouver un siège avant la chute. Le voyage a été leger, tout ce qui peuplera le week-end de manches ajustées et de pantalons bien taillés est parti par le train d’avant. Le froid d’une claque rappelle la vérité d’un hiver que le chauffage chassait dans une lutte inégale. Les pieds font des pointes, le nez se lève, les yeux dansent avec le quai. « Il était là pourtant il y a une seconde à peine… » Retrouvé, dans cette étreinte joyeuse où se retrouvent tous les sourires fanés, abandonnés, laissés à plus tard, le week-end peut commencer.

« Non mais Victoria elle a un peu exagéré. Hurler pour un cloporte, UN SEUL, dans son cartable… » deux garçonnets, 10 ans peut être, en descendant du metro.

L’odeur des petits pains dans la boulangerie pleine des soldats de L’Aurore, au garde à vous, prêts à livrer le petit déjeuner. Les miettes qui croustillent et jonchent bientôt le linoleum de la chambre des internes où l’on tient conseil au crépuscule d’une garde qui sera longue.

Écrire écrire écrire. Lâcher la main de l’autocensure. Écrire. Revenir après, lorsque tout a été posé. Relire, retravailler, raturer, supprimer, ajouter. Mais d’abord écrire. Sans jugement sur les mots et leur résonance. Laisser cela au « plus tard », lorsque le fond aura pris forme et qu’il ne restera plus que la forme à façonner.

L’envie de partager doutes, astuces, avancées à travers une nouvelle rubrique comme un journal de bord d’écriture pour ne pas se perdre dans tout ça. Dis, toi, ça te plairait qu’on parle de ça ? D’écrire ?

Une adresse où l’on mange bien : Le petit Josselin rue du Montparnasse avec ses crêpes double épaisseur, garnies généreusement de combinaisons délicieuses qui vous rendront leur choix cornélien, son service éclair et son équipe absolument adorable (et graouissime).

Mon amie V. qui ça y est ! est rentrée de son semestre canadien. Et tous ces mois qu’il faudra rattraper dans des files d’attentes de concerts, à une table devant un verre, à force de points d’exclamation et de sms qui ne disent rien et pourtant tout.

Une gaufre sur les planches de Deauville. Industrielle, un peu cartonnée, pas vraiment bonne et pourtant si bien partagée…

Dans les rues froides, habitées par les courants soufflants, se serrer fort fort fort, épaule contre épaule, bras enlacés, mains perdues dans les poches de manteau de l’autre (parce qu’il y fait toujours plus chaud).

Retrouver le plaisir des correspondances haletantes que l’on tenait entre amies lointaines de colonies de vacances. On a perdu en route les papiers colorés et parfumés imprimés de Diddles amoureux mais les amitiés naissantes comme plus anciennes n’en ont jamais été plus vraies, pleines de sens et de promesses.

Toute la bienveillance avec laquelle vous avez accueilli jour après jour Les Boréales. Voir ces petits complots créatifs faire écho en vous malgré leurs débuts hésitants nous a profondément touchées Caroline et moi et surtout donné envie – mille fois – de faire encore mieux la prochaine fois !

Les beignets à l’aubergine de la cuisine indienne.

Le moelleux de cette nouvelle couette, double épaisseur contre l’hiver et ses chuchotis glacés qui percent les murs, la peau, les os. Plonger dans le blanc frais des draps qui se réchauffent instantanément et ne laisser que le temps d’une paupière qui tombe au sommeil pour me gagner.

Les éclats qui défient le sommeil après huit heures passées entre deux blocs. Je ne me souviens plus la bêtise murmurée, juste l’hilarité provoquée au milieu de ces trois dernières heures comme une éternité dont le flou de leur souvenir leur donnent des allures de rêve.

Au creux de la nuit froide, dans la tiédeur des draps, s’éveiller juste assez pour sentir ses bras s’enrouler autour de moi et avec toute la douceur du monde me ramener tout contre lui. La tête posée juste au creux entre la clavicule et la naissance de la poitrine.

Un bout de tomate, un de mozzarella, de l’huile d’olive épaisse qui goutte, à sa fourchette qu’il me tend. 

Se réveiller avec la lumière naturelle des volets ouverts à l’aurore par l’amoureux. Sous les draps écrire jusqu’à ce que le ventre se manifeste. Attendre encore un peu. Les mots sont volatiles ici bas.

Laisser les portes ouvertes et celle du four aussi, la cuisson achevée, pour que partout l’arôme des cookies s’imprègne.

Tournoyer, pieds à terre, pieds dans les airs, nus sur la moquette, les basses – boum boum – dans la poitrine.

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Listen up Philip, prétentieux et décevant


Listen up Philip - Culture - Cinéma - Miss Blemish

Philip est écrivain. Alors que son deuxième roman va bientôt sortir, six ans après son premier livre publié, il reste perdu dans sa vie, son arrogance en dernier rempart face au monde.

Listen up Philip est ainsi construit qu’il y a d’une part des dialogues, d’autre part des plans plus ou moins fixes, et enfin, de longs silences « à l’écran » avec commentaires d’une voix-off qui nous explique les sentiments du héros alors filmé. C’est le recours à cette voix off qui fait, je crois, de cette incursion dans le milieu de la création littéraire un vaste fiasco. Listen up Philip dit tout sans rien montrer à son spectateur. Il l’écarte complètement de son histoire qu’il lui impose sans ne jamais ouvrir aucune porte où il puisse s’engouffrer pour la vivre avec les personnages. Cette distanciation rend les personnages tantôt fades, tantôt antipathiques et coupe toute possibilité d’identification, d’empathie, de sympathie, de compréhension. Elle nous laisse au mieux indifférents, au pire englués d’ennui. Parfois même méprisants face un anti-héros qui s’étouffe dans son orgueil.

Ce qui est déjà en littérature assez maladroit par rapport à son lecteur – plaquer des sentiments, des sensations en les disant plutôt qu’en les montrant – est à mon sens une parfaite hérésie en cinéma où tout passe par la vue et l’ouïe. Si l’auteur dit « elle était désespérée », ressentez-vous sa détresse ? vous identifiez-vous ? visualisez-vous cette femme ? Et s’il dit « La porte claquée l’avait laissée immobile dans le mince couloir qui faisait office d’entrée à l’appartement. Elle tremblait presqu’imperceptiblement et le grand fracas de la dispute avait laissé place au seul grésillement de l’ampoule pendante qui oscillait encore faiblement. Alors qu’elle reprenait le contrôle de son corps, elle vint s’accoler doucement au battant clos et se laissa glisser jusqu’à ce que ses fesses heurtent le plancher. Elle fixa ses jambes longtemps, avant que les premières larmes ne commencent à couler. Les sanglots bientôt envahirent l’immensité vide de ce chez soi qui n’était pas le sien. » ? Ici à aucun moment n’est mentionné l’état d’esprit de cette femme, ses émotions, ses sentiments et pourtant vous arrivez parfaitement à les percevoir en le lisant. C’est là à mon sens tout le travail de l’auteur, montrer. Laisser la liberté à son lecteur de voir, ressentir, vivre par lui-même l’histoire qu’il lui raconte sans lui en imposer sa vision, ses commentaires, son interprétation. Et c’est une subtilité que j’ai comprise il n’y a très peu de temps grâce à mon ami P. et que je trouve frappante de vérité (vous pouvez par exemple comparer ce texte et celui-là, c’est un joli avant/après)

Pour rester juste et compris, l’écrivain doit alors décrire, saisir l’instant, donner tous les éléments nécessaires à créer le moment qu’il décrit, à donner vie à ses personnages, les rendre humains, crédibles, presque réels pour happer le lecteur, l’emmener dans son histoire. Savoir sélectionner les éléments qui feront sens sans tomber dans le piège des tartines de descriptions qui ennuient plus qu’elles ne font vivre l’histoire se fait objet d’une recherche sans fin. C’est pourquoi, je crois qu’en tant que débutant et même après, écrire à la troisième personne est extrêmement formateur car il prévient le piège de tout dire sans jamais rien montrer. Il force à se frotter à la difficulté de raconter plutôt qu’à interpréter. On dit rarement ses sentiments – à son psy, à son journal intime, à ses proches peut-être – en revanche on en ressent tout le temps et ils affectent notre manière de parler, de bouger, de réagir, de décider, d’écouter, de comprendre, d’interpréter. La première existence du sentiment est dans le ressenti. Et c’est tout le travail de l’auteur de recréer la conséquence du sentiment pour que son lecteur l’identifie puis le vive, par procuration.

Au cinéma, l’auteur ou plutôt le réalisateur A ses personnages. Ils sont là, à sa disposition pour raconter son histoire. C’est à lui de les mettre en scène pour qu’ils la racontent par eux-mêmes. Le piège de la description laisse place à celui des longueurs. Le défi devient alors de sélectionner les instants qui feront mouche et diront tout ce que l’histoire veut offrir. Le parti pris de cette voix-off qui pourrait être un écho à un roman écrit avec un point de vue omniscient – le narrateur connaissant et relatant les pensées de chacun de ses personnages – me semble ici malavisé tant il plaque des émotions qui perdent alors toute véracité pour devenir superficielles, surfaites, fausses. Cela donne un côté mélodramatique à la frontière du ridicule à des émotions pourtant fortes, vraies, et pour lesquelles on aurait pu éprouver tendresse, sympathie, tristesse. Le seul personnage qui a eu la place d’exister vraiment est la fille de Ike Zimmerman, celle que j’ai préférée, assurément.

Je suis sortie de la salle extrêmement déçue mais avec la ferme intention, à chaque fois que viendraient me chatouiller le manque de foi, de confiance, de penser à ce personnage devenu arrogant, insensible, odieux et imbu de lui-même. Pour ne surtout pas glisser sur la même pente que lui. C’est là, je crois, le seul point positif de Listen up Philip : nous rendre attentifs à l’aigreur pour qu’elle n’arrive jamais à effacer la personne que nous avons été. 

Et toi, Listen up Philip, tu en as pensé quoi ?

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Les Boréales – Sweet White : Un carnet dans lequel on ose écrire


Les Boréales - Sweet White : Un carnet dans lequel on ose écrire - Miss Blemish

J’aime autant que je redoute le vertige qui m’étreint à chaque première page. Cette sensation de « début » qui, dans l’année déjà, nous grise à intervalles réguliers. En septembre, en janvier. Aux premiers jours de ces vacances dont on se promet, oubliant un peu vite la fatigue qui gronde et fera s’envoler nos matins, qu’on les utilisera pour réaliser tout ce que nos heures de travail ne permettent pas. Les crépuscules de vendredis aussi, ceux où le week-end semble long et plein de promesses, de ces promesses qui en demanderaient bien d’autres des week-end dans lesquels on plonge tout entier, sans y penser, pour être réalisées. Je me souviens comment mon professeur de philosophie l’appelait, cette petite peur avant le grand saut : le vertige des possibles. Bien sûr il parlait là de grands choix, de ceux qui influent sur toute une vie, ou au moins en partie. Pourtant, au seuil d’un nouveau carnet, comme Camille, j’ai toujours cette petite hésitation qui me fait remettre ceux que j’aime le plus dans le tiroir pour choisir les plus simples. Ceux qui feront un peu taire la peur que ce que je veux y loger ne soit pas à la hauteur du bel objet entre mes mains. 

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Pour ce DIY, je vous propose de transformer un carnet tout simple (ici trouvé chez Muji mais peu importe la marque tant que c’est un carnet tout simple !), de ceux qui ne coûtent rien et qu’on remplit sans trop de remords de tout ce qui nous passe par la tête, en un objet auquel on tient, joli et épuré. Mais pour qu’il reste un carnet de rien, un carnet qu’on choisit sans y penser, j’ai voulu un DIY très facile à réaliser. Suffisamment pour faire taire la peur d’y jeter les premiers mots, les premières idées. Suffisamment pour que vous sachiez qu’il sera aisé de tout recommencer. Et on aime ça, pas vrai, les vrais-faux nouveaux départs ?

Matériel

Argile blanche

Petite branche de thuyas, fraîche ou sèche

Emporte pièce rond ou couvercle de pot du diamètre voulu

Carnet tout simple noir

Ruban noir

Cutter ou punaise ou compas

Crayon gris 

Réalisation de la décoration en argile

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1. Étalez un petit morceau d’argile « blanche » (elle est marron très clair et devient blanche en séchant) de manière grossièrement uniforme

2. Coupez un rond de la taille souhaité à l’aide d’un emporte pièce, d’un couvercle de pot…

3. Disposez sur votre cercle une petite branche fraiche ou sèche de thuyas (les arbustes des haies entourant la majorité des maisons en France) et par dessus un livre/carnet/objet à la surface plane et appuyer doucement (mais fermement) dessus. Ne pas appuyer directement avec la paume de la main évite d’applatir de façon inégale le cercle d’argile.

4. Retirez le livre et la branche.

5. À l’aide de la pointe d’un crayon (ou du manche d’un pinceau fin), faites deux trous, alignés, de part et d’autre du cercle.

6. Laissez sécher une nuit à l’air libre sur une surface plane.

L’idée originale de cette décoration en argile vient d’ici 

Le carnet

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1. Ouvrez votre carnet pour vous retrouver du côté interne de la couverture.

2. Tracez une ligne horizontale joignant les milieux des plus longs côtés.

3. Sur cette ligne, à trois centimètre de chacune de ses extrémités, tracez un trait vertical de la largeur de votre ruban – la moitié de la largeur au dessus du trait, l’autre en dessous. Avec mon ruban cela m’a donné un trait de 1 cm de hauteur (0.5 cm au dessus de la ligne, 0.5cm au dessous).

4. À partir de ces repères, dessinez la forme des futures encoches pour glisser votre ruban, de 2mm d’épaisseur environ.

5. Prédecoupez vos encoches à l’aide d’un cutter ou si comme moi vous l’avez perdu, utilisez la pointe d’un compas ou d’une punaise et faites des petits trous très rapprochés sur tout le contour jusqu’à ce que le milieu se détache. Reprenez les contours aux ciseaux pour rendre les encoches plus régulières et plus jolies.

6. Passez votre ruban dans les deux encoches comme sur la photo puis refermez votre carnet et faites glisser le ruban pour qu’il dépasse de la même longueur de la 1ere de couverture et de la 4ieme de couverture.

Les Boréales - Sweet White : Un carnet dans lequel on ose écrire - Miss BlemishLes Boréales - Sweet White : Un carnet dans lequel on ose écrire - Miss Blemish7. Faites glisser votre cercle d’argile sec le long du ruban côté 1ere de couverture comme montré sur la photo. Prenez garde qu’au verso il soit à plat et non plié. Sinon vous aurez des difficultés à le coller…

Les Boréales - Sweet White : Un carnet dans lequel on ose écrire - Miss Blemish8. Centrez votre cercle d’argile sur la couverture. À 2 cm du bord externe de la couverture, là où passera le ruban, dessinez une nouvelle encoche et découpez-la comme précédemment.

9. Une fois votre cercle d’argile en place sur la couverture, retournez le, badigeonnez le de colle multi matériaux puis fixez-le à l’endroit de votre choix avant de placer votre carnet sous des livres lourds pendant que la colle sèche. Cette étape est assez rapide (10-20 minutes).

10. Une fois votre cercle fixé, enfilez votre ruban dans la dernière encoche, celle de la couverture, faites un nœud et… ça y est votre carnet est prêt ! 

Les Boréales - Sweet White : Un carnet dans lequel on ose écrire - Miss Blemish

Je vous donne rendez-vous demain sur le blog de Caroline !

Vous avez raté les précédents articles de la semaine Sweet White ? La session de rattrapage c’est par là !

Les guirlandes en papier d’inspiration ethnique (Le plus bel âge)

Un gâteau nuage à la mousse de Yaourt (Miss Blemish)

La pâte à tartiner au chocolat blanc (Le plus bel âge)

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