Les bonheurs des retours de vacances


Les bonheurs des retours de vacances - slow life - Miss Blemish

Retrouver le moelleux de mon tapis de yoga, celui dont je me sers pour pratiquer à la maison parce qu’il est trop lourd et trop encombrant pour être transporté mais qui reste malgré tout mon préféré. Savourer après deux semaines de pratique sur un tapis tout fin le confort offert par chaque millimètre d’épaisseur supplémentaire. 

Défaire les valises sitôt rentrés. Acter la transition du retour, vider les sacs et les poches, déballer les objets rapportés, les épices et les bonbons d’ailleurs, ranger dans les tiroirs ce qui n’a pas été porté, intégrer objet après objet ces deux-trois-cinq semaines hors du temps quotidien dans le quotidien. Raccrocher les wagons de ma narration. 

Glisser les berlingots colorés des Pyrénées dans des bocaux en verre. 

Renouer avec nos rituels. Les pancakes du dimanche matin-midi, les escaliers pris pour descendre comme pour monter, la séance de cinéma du dimanche soir qu’on aimerait désormais plus souvent s’accorder, notre quartier. 

Profiter de l’odeur subtile de savon de Marseille et d’huiles essentielles qui nimbe l’appartement après les lessives des vêtements des vacances. 

Réapprivoiser les murs et l’espace, retrouver la facilité rassurante d’avoir tout mon univers à portée de main et de pouvoir prendre toute la place qu’il me plaira. Retrouver avec bonheur ce chez moi dont j’aime tous les détails, toutes les aspérités et dont je connais chacune des histoires. 

Arroser patiemment chaque plante. Comme on fait le tour du propriétaire les débarrasser des feuilles mortes et de la poussière. Brumiser les jeunes pousses et ouvrir grand les fenêtres. 

Me glisser sous une douche dont je connais les réglages et le fonctionnement par coeur et sous les draps changés juste avant le départ en prévision d’exactement ce moment-là. Me réveiller chez moi et n’avoir aucun programme, aucune heure de départ à honorer, aucun sac à préparer. 

Glisser dans le sac du lundi les petites attentions rapportées pour mes collègues et sourire d’avance à l’idée de les partager tous ensemble. 

Regarder toutes les photos prises en vacances, juste le temps de les faire durer encore un peu. 

Apprécier à leur juste valeur les températures plus douces après le soleil brûlant des chemins de randonnée. Accueillir à bras ouvert le moelleux des pulls et la fraîcheur du vent.

Cuisiner dans ma cuisine, celle où je sais trouver les yeux fermés tout ce qu’il me faut là où il faut. Préparer les plats qui m’ont le plus manqué durant mon séjour en saveurs inconnues. Pour moi qui mange sans gluten, il s’agit souvent d’un gâteau régressif car j’en suis le plus souvent privée au restaurant. 

Faire du retour ma rentrée des classes. Profiter de toutes les chouettes habitudes consolidées en vacances et du renouveau apporté par ce temps passé ailleurs. Savoir que je garderai la pratique des enseignements glanés durant les heures lentes, je deviens de plus en plus forte à ce jeu-là

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Penser le monde épisode 3 | La réconciliation de Lili Barbery-Coulon


Penser le monde podcast | Sociologie et société - Miss Blemish

Le dernier épisode du podcast remonte à la fin mars, si j’ai lu beaucoup de livres à la faveur de mes trajets de métro quotidiens, l’écriture de mon livre a pas mal accaparé mes temps libres. Surtout je crois qu’il me fallait un vrai coup de coeur pour me détourner de ce projet qui m’occupait complètement l’esprit. Vous le devinez, ça a été le cas du livre dont je vous parle dans ce troisième épisode.

Je suis le blog de Lili Barbery-Coulon depuis plusieurs années mais c’est depuis le changement de ligne éditoriale et l’arrivée d’articles personnels sur son cheminement et sa formation de professeure de Kundalini yoga que je ne manque plus aucun de ses articles. En juillet dernier j’ai eu la chance de pouvoir assister à trois de ses cours dont un atelier sur la confiance en soi et cela m’a tellement plu que l’une de mes plus belles joies de ces vacances a été d’apprendre que j’avais une place pour un cours à mon retour. J’attendais le livre dont elle avait annoncé la sortie pour la rentrée avec impatience et je n’ai pas été déçue : je l’ai lu d’une traite sans parvenir à m’arrêter. Je vous en parle plus en détail dans ce nouvel épisode : j’espère qu’il vous plaira et surtout qu’il vous donnera envie d’à votre tour découvrir ce livre.

Les citations de l’épisode

« En écrivant ce texte, tandis que j’observe le chemin parcouru, je réalise combien ma tolérance s’est déployée. Je me compare moins. Mais je me compare encore. Ma résistance à croire en mon essence divine est tenace. Et tant qu’elle sera active en moi, je sais que je ne pourrais pas avoir accès à tous les trésors qui sont déjà là, à l’intérieur. Chaque matin, sur mon tapis volant, je signe un pacte. Je choisis de continuer à éplucher mes limitations comme un oignon, couche après couche, pour aller jusqu’au cœur et ouvrir mes deux oreilles à cette phrase que je reçois souvent pendant mes méditations : « Tu suffis ». »

« J’allais prendre le risque de dire non. J’allais gagner moins, j’allais peut-être tout perdre. Je n’avais aucun plan B. Je ne savais pas ce qui se profilait. (…) La peur du manque me rongeait. Je voyais comme elle était connectée à l’histoire de ma famille maternelle et à ma propre crainte de connaître un jour l’immeuble décrépi où ma grand-mère vivait lorsque j’étais enfant. Je me souvenais de l’ascenceur toujours cassé qui puait la pisse. Des cris de la voisine du dessus qui se faisait cogner par son mari. Des insultes gribouillées dans les escaliers qui montaient jusqu’au neuvième étage. (…) En observant ma peur, je m’aperçus qu’elle faisait également écho à ma crainte d’avoir faim, à la manière dont je m’étais gavée pendant des années entre deux régimes. Plus je scrutais ma peur du manque, plus elle devenait irrationnelle. Il ne s’agissait que de scénarios pas de ma réalité et certainement pas de mon présent. Je m’étais laissée envahir par des souvenirs qui n’étaient même pas les miens. Je pouvais tout à fait remplacer cette vieille pellicule usée par de nouveaux codes. Au lieu de résister à ma peur, je me fis confiance. Une image me permit de traverser cet automne de panique : lorsqu’on déterre toutes les mauvaises herbes d’un jardin, il ne reste jamais vide bien longtemps. La nature reprend toujours ses droits. »

« Ce n’était pas ce que je « voulais ». En entamant cette formation, je voulais devenir autonome, je voulais réussir à pratiquer tous les jours, je voulais apprendre, je voulais gagner en légitimité. Je voulais être la bonne élève qui coche toutes les cases comme j’avais voulu, quelques années plus tôt être la bonne épouse, la mère idéale, l’amie accueillant, la fille ou la sœur qui comblerait les attentes de sa famille. A trop vouloir, j’oubliais une chose essentielle : mon « état d’être ». Et cela ne dépendait pas de ma volonté. »

« L’acceptation de ma honte archaïque (mes règles) fut une étape importante. Cependant cela ne suffit pas à la faire disparaître totalement. Il allait encore falloir œuvrer pour déployer l’amour dans les interstices du chagrin. Mais j’étais bien décidée à avancer dans cette direction. Je ne marchais plus, je sautillais. Je courrais même, certains jours. En changeant mon regard sur mon corps et sur moi-même, mon énergie toute entière s’était transformée. Ce n’était pas une posture narcissique. Je comprenais qu’il s’agissait d’un acte militant. Ma guérison n’était pas circonscrite à ma propre personne. En me soignant, je soignais les femmes de ma lignée, même disparues. En remettant mon corps en liberté, j’affranchissais celles qui m’avaient précédées comme celles qui me succèderaient. Je pensais à ma fille, à ma mère, à mes grands mères et à toutes les autres que je n’avais pas connues. J’avais envie de toutes les prendre dans mes bras et de leur crier que nos corps étaient des temples d’une beauté absolue. »

« La plupart des gens n’aiment pas leur reflet. Ou seulement une toute petite partie. Et le fait que le visage corresponde aux critères de beauté actuels n’y change rien. Or, il est essentiel de pouvoir se dire « je t’aime » en se regardant. Ce n’est pas narcissique, c’est de la logique : on envoie un message qui va avoir une action positive sur l’ensemble des cellules. Si l’on applique une huile, une crème ou même si on nettoie chaque soir sa peau avec cette intention, alors on obtient rapidement des résultats. »

« Ai-je résolu tous mes problèmes ? Ai-je désincarcéré tout ce qui m’aliénait trois ans plus tôt ? Le travail est-il terminé à présent que s’achève l’écriture de ce livre ? Non. Je n’ai pas fini de me réconcilier avec tout ce qui me constitue. Je continuer à déloger de la noirceur cachée, des dissonances et des attachements à la souffrance. Parfois, la traversée d’une grosse épreuve me donne l’illusion que c’est fini. Puis je pars à la pêche et j’attrape une benne à ordure inattendue au bout de mon hameçon. Je la regarde vomissant ses vieux déchets à mes pieds. Et je sais que bientôt de petits bourgeons émergeront de cet humus en devenir. »

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Habiter son corps


Habiter son corps - Miss Blemish

 

J’ai longtemps vécu dans ma tête, déconnectée de mon corps. J’entretenais avec ce dernier la même relation machinale et mécanique que l’on peut avoir avec sa voiture, le genre de relation à laquelle on ne pense jamais et dont il est facile d’oublier jusqu’à l’existence. Je le traitais comme un dû, attendant qu’il soit discret et obéissant, et accueillais avec agacement ses manifestations indésirables – ce qu’elles étaient à peu près toutes. Je peux encore faire la liste les yeux fermés de toutes les déceptions que j’ai entrenues à son égard en 26 ans d’examens scrupuleux devant le miroir. Le ventre trop rond, la colonne vertébrale trop tordue, les poils trop longs, trop foncés, trop anarchiques, trop prompts à exister, les cheveux d’un plat ennuyeux, la cellulite marquant mes cuisses d’un relief douteux et la peau de mon visage pas fichue d’être propre et lisse comme celle de toutes les femmes que je dévisageais avec envie à la moindre opportunité. « Ça » ne pouvait pas être moi, je ne me reconnaissais pas. 

Je n’avais pas appris à habiter mon corps. Depuis petite tout se jouait dans la tête. Les jeux de réflexion, l’écriture et la lecture, les bonnes notes et les cours de piano dont les entraînements occupaient une heure de chacune de mes soirées, mon corps était tout au plus un taxi me conduisant de l’un à l’autre. Je me créais là-haut un intérieur joli et confortable et il semblait en complet décalage avec mon apparence. Les sports allaient et venaient au gré des années scolaires, les heures de gym étaient honnies et je m’y soumettais avec mollesse jusqu’à ce que mes parents oublient ou cèdent devant mon manque d’entrain – eux non plus n’étaient pas mordus de sport, ce qui m’arrangeait bien. Je me souviens – pour l’expérimenter encore parfois – de l’embarras dans lequel me plongeais ce corps dont je ne faisais pas façon, de ses mouvements patauds mal assurés, de cette sensation de pesanteur molle dès qu’il fallait le mouvoir autrement qu’en marchant/courrant simplement. Le fait que je sois fine et fluette ne changeait rien d’ailleurs à cette pesante maladresse. La seule partie de mon corps qui semblait adoptée était mes mains. Elles jouaient du piano, s’entraînaient sans relâche pour m’offrir l’écriture ronde et régulière dont je rêvais et donnaient vie aux idées créatives qui se frayaient un chemin jusqu’à moi. Elles peignaient, dessinaient, modelaient, transformaient les perles en bagues et bracelets, le papier en origami et donnaient une seconde vie à tout meuble et toute boîte qui passaient à proximité. 

L’adolescence puis le début des études supérieures ont été une période de répit correspondant à l’arrêt de toute activité physique non désirée. Si je n’avais pas fait la paix ni avec mon corps, ni avec son reflet, je ne m’astreignais plus à jouer un rôle dans des cours de sport qui m’ennuyaient à mourir et c’était un soulagement. Je m’astreignais cependant à des exercices de gainage matin et soir pour venir à bout de ce ventre mou qui me mettait dans l’embarras. 

Il m’a fallu depuis trébucher à plusieurs reprise sur cet état de déconnexion pour saisir les contours de sa réalité. Pour réaliser combien je vivais coupée en deux et me décider à partir en exploration. Ma difficulté était celle de toute une société qui a écartelé l’Homme entre les hauteurs de l’esprit et les bassesses du corps. Puis l’a séparé de son milieu, mettant à distance tout ce qui n’était pas lui en le renommant « Nature ». Plus que de mon corps, c’était de mon animalité que je m’étais coupée. J’aurais beaucoup de difficulté à retracer exactement le cheminement qui a lié cet état d’ignorance au début de ma quête d’unité. Une foule de choses y a contribué. La méditation de pleine conscience qui pour la première fois attirait mon attention sur mes ressentis corporels en l’absence de tout mouvement, de toute stimulation ; le yoga qui me réconciliait avec l’idée de mise en mouvement et dont l’approche holistique arrosait mes premières interrogations ; ma prise de conscience écologique qui charriait avec elle la restitution aux animaux de leur droit à vivre et exister autrement que comme nos choses et ouvrait la voie vers un questionnement plus vaste de la société ; le féminisme qui me donnait des clés pour comprendre pourquoi de ce corps je faisais tant cas sans jamais baisser la garde ni me laisser aller à l’ aimer. 

Je crois que cela fait aujourd’hui quelques semaines que je m’essaie à l’écouter et apprends à déchiffrer son langage, à tâtons. À notre rythme. Ce n’est pas la première fois que je m’engage sur ce chemin et comme pour toutes les pratiques qui me sont bénéfiques, de le retrouver me fait me demander pourquoi diable je m’en étais éloignée. L’arrêt de la contraception-qui-n’en-est-pas-officiellement-une-mais-qui-me-faisait-quand-même-office-de-pilule et mon retour à une pilule plus classique a marqué un grand coup d’accélérateur dans ce processus avec le retour d’une incroyable de vague de sensations avec lesquelles je n’avais plus eu contact depuis des années. L’intensité de cet avant/après me fait toucher du doigt ce qu’il pourrait advenir si je décidais de lâcher la main à toute forme de contraception hormonale. Cela m’effraie – l’influence que jouent ces hormones, les changements qu’elles induisent – mais c’est un sujet qui mériterait son propre article tant il est vaste, les ramifications complexes et les implications lourdes de conséquences.

« Il est essentiel de pouvoir se dire Je t’aime en se regardant. Ce n’est pas narcissique, c’est de la logique :on envoie un message qui va avoir une action positive sur l’ensemble des cellules. Si l’on applique une huile, une crème ou même si on nettoie chaque soir sa peau avec cette intention, alors on obtient rapidement des résultats » Joëlle Ciocco interviewée dans La Réconciliation, de la haine du corps à l’amour de soi de Lili Barbery-Coulon

Je ne vais pas vous mentir je n’ai pas de conclusion pour cet article. Il en faudra certainement d’autres pour parler de tout ce qui a été passé sous silence. En me baladant plus tôt dans la journée et en regardant les passants marcher je me demandais si la relation à leur corps les questionnaient. Cela fait partie des sujets qui nous concernent tellement tous qu’il est facile de les reléguer au rang des questionnements pour « ceux qui se prennent trop la tête » ou « ceux qui n’ont décidément rien de mieux à faire ». C’est un privilège il en va sans dire de pouvoir consacrer du temps à quoi que ce soit qui ne soit pas de l’ordre de la survie. Mais parce que j’ai ce temps, je pense qu’il est important et plus important encore de partager ses fruits avec autrui. En nous regardant marcher tous ensemble, humains de tous âges, l’idée qui s’est imposée à moi est qu’il n’y aurait pas de fin à l’apprentissage de la vie. Comme l’équilibre, tout serait toujours à réinventer, en perpétuel mouvement et notre place questionnable. Suis-je connectée à mon corps à l’heure où je vous écris à ce sujet depuis mon lit sans égard pour ma nuque et le haut de mon dos voûté ? Non mais voilà déjà que je réajuste ma posture et reprend là où je m’étais arrêtée, en chemin…

Je serais très heureuse de lire les réflexions que la phrase « habiter son corps » fait naître en vous. Votre rapport à lui, à votre instinct, à ses messages. Avez-vous percé quelque secret dont nous avons été privé à force d’aveugle cartésianisme ? 

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