Miss Blemish
17juil

Cette terre qui fait peur… LA PROVINCE

1

Province, dans l’esprit de certains pour ne pas dire de beaucoup, fait écho à tout ce qu’il y a de plus bas sur l’échelle de la distinction, qu’elle soit sociale, intellectuelle ou culturelle. La Province a du beurre dans les cheveux. Ce constat est d’autant plus frappant que le postulat d’une Province grossière et illettrée, un peu benête, n’épargne pas même les provinciaux « ne se sentant pas provinciaux » qui dédaignent le pécore (terme péjoratif désignant les paysans) du coin au même titre que les lieux qui les ont vu naître, grandir et se construire parce qu’ « ils valent mieux que ça » (dans leur iPod : Les murs de poussière, Francis Cabrel). Non mais sérieusement, être mis dans le même sac que Madame Michu la tenancière de la petite épicerie du village ? Impossible. 

Le snobisme, le dédain, le mépris n’ont ni odeur, ni couleur (un peu comme l’argent) ils touchent tout autant les personnes ayant eu accès de par leur brillance à une formation secondaire prestigieuse que ceux que les ados surnomment « les rageux », personnes qui envient, jalousent et méprisent tout et tout le monde de façon indépendante du statut social de l’objet de leur hargne. Il suffit à « l’autre » d’avoir acquis récemment un objet de leur désir pour qu’il soit soudain digne de leur courroux, indignés qu’ils sont devant tant d’injustice.

Pourtant, l’élitisme est un choix. Croire que l’on est meilleur parce que l’on est né à tel endroit plutôt qu’un autre au même titre que le croire parce que l’on a eu la chance de naître avec les moyens de suivre une formation particulière. En prépa l’an dernier, j’ai entendu à longueur de cours et de temps des « vous êtes l’élite de la France », « vous êtes les meilleurs », « vous avez été sélectionnés pour l’excellence »… la liste serait longue au panthéon des phrases mobilisatrice employées pour nous motiver. Oui, certaines formations du supérieures sont difficiles, dévoreuses de temps et d’énergie. Oui, elles demandent parfois (souvent)(toujours) des sacrifices. Oui, cela ne se fait pas sans peine, sans travail ni sans mal. Oui, tous les moyens sont bons pour nous faire traverser ces années difficiles, y compris nous faire croire à une pseudo-supériorité. Cependant, le message d’un « vous êtes l’élite de la France » n’est pas « vous valez mieux que les autres » c’est seulement une façon de dire « vous pouvez y arrivez, vous avez été sélectionné VOUS parce que l’on croyait en votre aptitude à mener CETTE formation à son terme pour être un professionnel qualifié et compétent ». C’est le mentor qui crie pour que son poulain parte au front avec casque et grenades sans se poser trop-trop de questions. Mais maintenant, si l'on regarde le résultat dans l’après… Si nous nous intéressons à l’utilité et au rôle réel de chacune des professions existantes ? Le pécore du coin précédemment dédaigné n’est-il pas l’épine dorsale du supermarché dans lequel Monsieur Le Directeur Elite De La France achète ses pommes ? On pourrait prendre énormément de professions dédaignées en exemple… Les éboueurs, les techniciens de surface, les magasiniers, les plombiers, les électriciens, les maçons, les ouvriers BTP… la liste est sans fin de professions qui n’ont pas demandé 10 années d’études en post-bac et qui pourtant sont d’une utilité capitale. Imaginez votre ville sans éboueurs, juste un instant, pour rire. Ce n’est pas parce que les études de votre coiffeuse ne lui ont pas demandé d’étudier Zola dans le texte, de parler latin/grec/araméen ou de savoir qu’il est plusieurs matières au sein même de ce que l’on appelle les maths qu’elle ne s’y est jamais intéressée et qu’elle est inapte à la compréhension « basique » de ce qui concerne votre domaine. Evidemment, si vous employez les termes techniques relatifs à votre profession, personne d’autre que vos comparses ne vous comprendra. Mais si vous avez les clés de ce langage parce qu’on vous l’a enseigné, vous ne savez pas faire les mélanges nécessaires à une coloration ou à faire du béton ou un diagnostic…

C’est plus facile de s’enfermer dans son univers, dans ce que l’on connaît et maîtrise en prenant la supposée bassesse de tout ce qui nous est extérieur pour motif de notre mode de vie en autarcie intellectuelle. C’est plus facile de dire « les provinciaux sont des bidochons » et « les parisiens sont des cons suffisants » que d’aller réellement voir comment ça se passe dans la vraie vie, sur place, lorsque l’on y vit et que l’on côtoie les gens qui y habitent avec vous. On apprend tout aussi bien à lire dans la petite école du village que dans les bâtiments parisiens. Et sur les bancs des grandes écoles « parisiennes », il est plus de « provinciaux » (vous savez, les supposés mal dégrossis) que de parisiens « pure souche ». Ce n’est pas parce que durant les études supérieures, toutes les toutes semblent mener vers Paris que la vie y est forcément meilleure et « plus élevée ». Elle y est semblable à partout ailleurs en France. On prend simplement le métro au lieu de monter dans sa voiture, c’est un petit peu plus pollué, on doit faire plus de kilomètres pour trouver un champ ou un jardin, on vit souvent en appartement plus qu’en maison.

2

Je suis née à Paris et ai passé une grande partie de mon enfance en Province avant que mes études ne me rappellent à Paris. Bien que j'aie passé mon bac dans une ville qui ne compte pas plus de 30 000 habitants j'ai réussi du premier coup ma première année de médecine dans l'une des meilleures fac de France à Paris contre les regards dédaigneux de rejetons du célébrissime lycée Henri IV qui eux, malgré cette appartenance, ont redoublé. Ma famille habite dans ce que je considère comme l’une des plus jolies régions que je connaisse, certainement parce que là sont mes racines et des souvenirs propres à mon enfance. Les gens n’y sont pas plus ignorants qu’ailleurs. Ils n’y sont pas plus accueillants, ouverts, chaleureux non plus. Ce sont des gens comme ailleurs sauf qu'ils habitent ici. Et pour partager mon temps entre la région où ma famille a toujours plus ou moins habité et Paris je peux vous dire une chose :

« Chez moi » en province, on me traite de parisienne.

« Chez moi » à Paris, on me traite de provinciale.

Comme quoi, entre la Province et Paris, la frontière est bien mince... 

3

 Crédit photo : Thonon-les-bains (province)

Commentaires (3) Trackbacks (0)
  1. J’aime bien ta photo en guise de conclusion qui semble vouloir dire que malgré tout tu te sens bien dans tes baskets! Bravo pour ce chouette article ;)

  2. Malheureusement, la bêtise sur ce point existe dans les 2 sens. Ma grand mere maternelle bretonne déteste par dessus tout les parisiens alors que 4 des ses petits enfants sont nés en région parisienne. Elle n’a jamais accepté mon beau père car « c’est un parisien ». Ma mère s’est fait insulter par le boulanger de sa ville natale car sur sa voiture c’est ecrit 78 et non 22. Tu as de la chance d’avoir grandi dans une belle region avec des gens ouverts mais ce n’est pas le cas partout. En conclusion, partout a paris comme en province la peur de l’etranger (celui qui n’est pas de mon village) perdure.

  3. T’as en début d’article la définition même du snobisme et de ses sources. Ca explique pourquoi les pires parisiens bobo sont les provinciaux venus s’installer à Paris. Ils me sortent pas les trous de nez !
    Je suis comme toi j’ai le cul entre deux chaises aussi car étant originaire des yvelines, je suis un parisien pour les provinciaux, et un paysan pour les parisiens ! DAMN !!!


Poster un commentaire

Aucun trackbacks pour l'instant