Médecins de mots
J’ai toujours eu, de l’écrivain, l’image d’un thérapeute singulier, un thérapeute dont les rayonnages derrière le bureau, les ordonnances et les piluliers seraient – pour tous médicaments – remplis de mots. Tantôt pour exprimer notre trouble, notre détresse comme notre joie dans l’histoire d’un autre qui aurait tout pour s’appeler « moi », tantôt pour nous permettre – juste le temps d’une centaine de pages – de nous noyer dans les méandres obscures d’une autre vie et oublier un peu les nœuds pris à la nôtre.
Alors que je me posais encore une fois la question – mais à quoi rime tout cela dont ? – et que j’interrogeais les cieux sur mes choix passés qui loin des lettres m’avaient portée, je réalisais – cette définition en mémoire – que tout ceci n’était pas aussi étrange que le laissait à penser regards étonnés et « tu sais tu devrais pour un temps laisser ça de côté » qui prétendent l’existence de barrages suffisamment grands pour réduire au silence la mouvance fragile et permanente où affleurent les mots des petites et grandes idées qui créent le Je. Cette mouvance qui, une fois tangible, se veut pressante et en un grand ménage intérieur, catharsis à la violence chuchotée, vient faire irruption sur le papier.
Je réalisais tout à trac que par mes chemins détournés je ne m’étais pas tant égarée. Abandonnant les belles lettres et un futur rempli de manches tachées de craie et de verbe être qui derrière un IL s’écrirait toujours E.S.T, j’avais en fait par la médecine où je rentrais pour apprendre à écouter bien, gagné une manière supplémentaire de soigner par les mots. Des mots qui ne viennent pas de nous mais de l’autre, que l’on ne dit ni n’écrit mais que l’on écoute et reçoit. Il avait suffit de m’éloigner un peu, remonter à la source, débrouiller les idées emmêlées de doutes et de remords – parfois – pour découvrir derrière l’incohérence apparente, le grand écart vécu, un fil ténu, un lien, reliant psychiatre et écrivain. Deux médecins de mots où l’un écoute et parle peu, lorsque l’autre raconte, nous raconte et nous console un peu.
Et toi, y a-t-il des choses auxquelles tu as renoncé pour finalement les découvrir au coeur de ton quotidien ?
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Fév 04, 2015 @ 13:20:21
J’ai bien du mal à commenter ton blog découvert il y a peu car je trouve que mes mots ne sont pas à la hauteur des tiens. Mais en tout cas, merci de les partager avec nous!
Je te souhaite une belle et heureuse journée
Fév 06, 2015 @ 11:57:34
Merci pour ce commentaire adorable, c’est très touchant, merci beaucoup. Bienvenue par ici ! Je ne pense pas qu’il y ait des mots « à hauteur de » ou « pas à hauteur de ». Nous avons tous une manière unique de nous exprimer et chacune à ses richesses, ses faiblesses, c’est ce qui rend l’écrit si intéressant, passionnant ! Alors, pour les prochaines fois, surtout n’hésites pas à laisser quelques mots ! Ce retour fait vivre ces écrits, ils sont encore plus importants qu’eux :)
Fév 04, 2015 @ 13:36:06
Un peu comme Addie, dur dur de commenter suite à ce très beau texte. C’est si juste! Je pense que dans la vie, si on fait les bons choix ( bons dans le sens : ceux qui nous correspondent), on se retrouve toujours. De mon côté, je suis heureuse aussi de voir que mes choix sont cohérents, que j’ai été amenée à en faire certains qui, à première vue, n’étaient peut-être pas dans la suite très logique des premiers…et finalement, si ! Et là, on s’aperçoit qu’on est vraiment en cohérence avec nous-même, nos souhaits, ce qui nous anime et c’est un sentiment vraiment positif <3
Belle journée jolie Célie, bisous!
Fév 06, 2015 @ 11:54:54
Ton parcours, pour en avoir parlé avec toi un peu, m’impressionne énormément. Tu as eu beaucoup de courage de te lancer sur les chemins qui te plaisaient vraiment, renoncer à des années de travail pour faire enfin ce que tu pressentais être fait pour toi et en arriver là. Tu as raison, c’est tellement agréable de trouver la cohérence dans des choix qui en cours de route l’ont perdu un peu, laissant place au doute. Je suis vraiment heureuse pour toi que tu t’éclates dans ce que tu fais ! :) J’espère qu’il en ira de même pour moi une fois diplômée :)
Fév 04, 2015 @ 14:44:18
Des tours et des détours de la vie. Très beau texte!
Fév 06, 2015 @ 11:45:30
Merci !! <3
Fév 04, 2015 @ 15:06:30
Quel joli texte. C’est certain, les mots (écrits ou dits) peuvent soigner bien des maux.
:)
Fév 06, 2015 @ 11:44:50
Oh merci Célestine <3 Oui, j'y crois fort fort fort en ce pouvoir des mots sur notre apaisement...
Fév 05, 2015 @ 01:13:57
Je comprends ce que tu entends par ce post, à 100%.
Mais étant en ce moment en stage de med ge, où on est seul face aux patients, que l’on n’a pas la blouse blanche protectrice et le panneau « hôpital public » au dessus de la tête, les patients -êtres humains comme nous- n’en font vraiment qu’à leur tête et ne croient que la moitié de ce qu’on peut leur dire. J’ai vite compris que les mots ne sont pas suffisants pour se faire « entendre », comprendre, et aboutir à un réel résultat.
J’ai l’impression que le ressentit que l’on a du patient est souvent bien vrai (tiens celui là a l’air de nature stressée/blasée/…).
Et que le regard et le silence valent mieux que 1000 mots.
Fév 05, 2015 @ 01:15:18
où l’on n’a pas*
Fév 06, 2015 @ 11:43:08
Oui, les mots ne suffisent parfois pas. Il se cache tellement plus dans la relation patient-soignant et cela demande si longtemps pour que la compréhension soit bonne et la communication efficace. Mais pour le psychiatre, c’est différent je crois. Il n’est pas là pour parler, expliquer, convaincre, forcer. Il est là pour écouter. C’est un réceptacle neutre aux souffrances d’autrui qui les exprime à son gré, de la manière qu’il le souhaite. Le psychiatre l’aide dans cette démarche d’analyse de soi, l’aiguille par ses questions, appuie sur un non-dit, un silence, une position, une expression, amène à la réflexion mais ce n’est pas de lui que viennent les mots qui soignent, apaisent, consolent. C’est du moins la manière dont je vois ce métier-là. Et l’écrivain lui au contraire, dit tout. C’est sur cette dualité là que je voulais revenir ici et qui m’a fait réaliser que ce n’était pas si absurde que ça d’aimer lettres et sciences puisque je recherchais les lettres dans les sciences :)
Fév 05, 2015 @ 14:25:37
On en a déjà parlé je pense, mais j’aurai aimé être pédiatre. J’aime ce que je fais actuellement, j’ai aimé mes études mais je crois que ça restera (toujours) quelque chose.
Fév 06, 2015 @ 11:37:34
Je le comprends, ça reste toujours dans un petit coin de sa tête ces choses que l’on n’a pas choisi de mener à bien parce qu’il y avait trop à faire ailleurs. Tu aurais été excellente pédiatre, j’en suis persuadée, tu as la douceur qu’il faut pour ça. Et puis aimer autre chose je crois, ne dénigre pas forcément ce que l’on fait au présent :) Tu sais, je te l’ai déjà dit, mais je trouve que tu es courageuse de faire ce métier-là qui demande un tel don de soi. Peu de gens en sont capables et c’est beau. Tu aides à rendre le monde un peu moins dur, n’est-ce pas le plus beau des métiers ?