Etudiante des arts
Vendredi, quelque part près d’Odéon, dans les rues étroites parfois pavées, je passe la grande porte du magasin aux rayons pleins de crayons et de fusains. Je furète longtemps, à la recherche d’un grand panneau blanc pour un de ces projets dont j’ai le secret qui – pour échapper à l’oubli, cachés pour jamais sous une latte de plancher – doivent se voir réalisés sitôt pensés.
Les heures blanches ont laissé un désordre de fatigue et d’énergie – de celles qui semblent ne pouvoir s’épuiser et s’anéantissent au premier oreiller – auxquels s’est mêlé un sentiment d’urgence de récolter jusqu’à la dernière idée pour ne rien laisser – ah ça non ! – aux griffes du sommeil dont déjà je sens sous mes pieds les premiers frémissements du galop acharné.
Enivrée par les odeurs embrassées de solvants et de papier, j’arrive devant la caisse l’espace entre mes bras rempli de peinture, de blanc et de quelques traces de poussière. Les grandes toiles légères ne connaissent aucune frontière, ne pèsent rien et pourtant portent tout – envies et rêves dissous – elles ont de poétique jusqu’au nom qui associe la plume au carton. Devant le comptoir et « vous avez une carte étudiant des arts ? » cheveux roux entortillonnés, lunettes cerclées de noir, démesurées, mains tachées d’une bétadine qui ignore tout de la térébenthine, je me découvre soudain dans ces points d’interrogation devenue assez grande pour me fondre, me confondre à mes modèles d’hier, ces grands que je regardais par le bas qui toujours sous un bras – parfois le gauche, parfois le droit – transportaient de ces pochettes immenses et mystérieuses toutes de vert et de noir tachées. Un bref instant, je me revois enfant émerveillée dans les couloirs de la grande école des arts patientant avant la danse et – le nez au vent – observant tous ces grands d’alors qui couraient pressés vers les salles tout au fond là où nous n’allions jamais.
Je sors par le froid, mes toiles en carton dans les bras et un sourire aux lèvres profite de la joie de passer pour ce que je ne suis pas. Le temps d’une demie après-midi, pas qui claquent sur les pavés, je deviens femme des arts aux mains tachées, aux cheveux entortillonés, à la vie toute à la créativité dédiée.
Et vous, y a-t-il des personnes qui vous fascinaient petit(e)s et qui peut-être vous fascinent encore ?
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Fév 06, 2015 @ 09:36:04
Très joli billet, très poétique. Tu m’as transporté le temps d’un instant… c’était magique alors merci.
Bise
Fév 06, 2015 @ 11:34:31
Merci à toi pour ce petit mot si doux, il me touche beaucoup <3
Fév 06, 2015 @ 15:24:28
Ai-je le droit de râler et de dire que ce billet est trop court, et que j’en veux encore de tes mots si bien écrits et de cette belle ambiance parisienne?
Moi aussi j’étais fascinée par ces « grands d’alors », lorsque j’étais collégienne et que je voyais passer les lycéens, section L option arts plastiques, leur carton à dessins sous le bras (bon faut dire aussi que j’avais craqué pour l’un d’entre eux; Gautier H. qu’il s’appelait) (je me demande bien ce qu’il est devenu! ^^) (bah quoi? Dis-moi que toi aussi tu craquais pour les lycéens quand tu étais au collège ?) ;)
Belle fin de semaine Célie, bisous!
Fév 08, 2015 @ 18:59:17
Si si, je craquais aussi. Seconde, j’avais adopté un lieu de pause stratégique pas très moins d’où se retrouvaient Y. et je ne sais plus comment s’appelait l’autre (il ne m’intéressait pas lui). Cela a occupé bien des conversations et des complots entre amies ;) C’est marrant que tu parles de ça, j’écris justement un article qui l’évoque !
Fév 10, 2015 @ 05:12:01
Les médecins ! :)
Je viens d’écrire un billet sur ça (enfin presque, c’est toi qui m’avais inspirée, tu verras), mais ouais, les médecins me fascinent et si un jour on me prenait pour un chirurgien, ça me rendrait pas mal contente ! ^^
Et pour les arts, quand j’étais en archi et que j’allais faire mes emplettes de matériel, j’étais tellement fière de scander oui-oui-oui, j’ai la carte étudiante en école d’art !
Fév 12, 2015 @ 15:16:03
Comme je te comprends ! J’aurais une telle carte je la porterai en insigne sur mon manteau tant je serais fière – jusqu’à ce que ça me passe en une semaine environ – Pour ce qui est du chirurgien, je peux toujours te ramener un pyjama, un masque, des surchausses et une belle charlotte, le tout bleu ;) Ne serait-ce que le temps d’une soirée déguisée tu verrai ton voeux exaucé :)
Ton article m’a beaucoup touchée, d’abord pour tes mots adorables, ensuite pour toute cette histoire d’études à rallonge (si tu savais comme j’aimerais me lancer dans tout, en même temps, en désordre, en pagaille, furieusement). Alors Merci !
Fév 10, 2015 @ 05:18:18
Pourquoi j’ai un nom bizarre au lieu de Camille, je vous le demande. N’importe quoi.
Fév 12, 2015 @ 15:10:42
:p
Fév 15, 2015 @ 23:31:01
Les artistes en général me fascinent, leur créativité, leur exubérance, leur grain de folie parfois! Je suis impressionnée par les médecins aussi, comme Camille. Les blouses, les masques, ce don de soigner et de guérir les gens…
Fév 16, 2015 @ 15:31:09
Ces femmes en tailleur. Ces femmes en robe, élégantes. Ces parisiennes. Et des fois, l’espace de quelques secondes quand je suis à Paris, je m’y vois, je m’y crois. Dévalant ces grandes allées, ces boulevards. Apercevant la Tour Eiffel ou le Sacré Coeur. Et la petite fille en moi sautille un peu (beaucoup) de joie.
Fév 17, 2016 @ 22:20:13
J’ai toujours été tout aussi fascinée par ces artistes au style si personnel, débordant de lumière et de créativité, la pochette sous le bras, les grosses lunettes sur le nez, des taches de peinture sur les doigts ou au milieu du tee-shirt.
Je les ai rejoint quelques temps sur les bancs d’un lycée spécialisé dans les arts plastiques. Et puis je les ai quittés pour la littérature. Entre ces deux mondes, mon coeur a toujours balancé. Je n’ai jamais vraiment oublié l’un pour l’autre..
Mar 02, 2016 @ 11:38:51
Je trouve ça touchant cette fascination partagée pour ces étudiants qui semblaient si grands et si sûrs d’eux, mûs par autre chose que ce qui nous animait nous alors. Je n’ai rejoint ni les bancs colorés de peinture, ni ceux de littérature (j’avance donc à tâtons, à l’instinct…) mais ces deux mondes me fascineront toujours je crois. Et puis je ne désespère pas d’un jour pouvoir rejoindre les bancs littéraires en cours du soir lorsque le plus gros de mes études sera derrière moi.
Merci pour ton petit mot, il m’a mis le sourire aux lèvres,
A bientôt !