ECRIRE

Fragments | Après l’hiver


après l'hiver fragments miss blemish

Je m’en suis aperçue ce matin. Assise à la table du petit-déjeuner juste avant de partir prendre mon train, la peur n’était plus là. Il y avait pourtant ce message envoyé la veille au soir qui n’avait toujours pas reçu de réponse ou encore ces postes auxquels j’avais postulé et dont j’ignorais lequel me choisirait. Les lendemains n’étaient pas plus certains qu’hier mais j’avais le cœur serein ; une mue qui touche à sa fin. Depuis l’été je m’étais lentement délestée. J’ai quitté, terminé, commencé. Plus d’engagements en attente contractés sous une autorité supérieure, ils avaient été honorés et là, ce matin, je réalisais que j’étais libre, enfin. J’étais et j’étais bien. Et parce qu’ici nous étions en paix alors le reste pouvait se décliner dans ses infinies possibilités, j’y survivrai. Je pouvais t’aimer quand bien même je ne te reverrais plus jamais. Je pouvais voyager quand bien même personne ne m’accompagnerait. Je pouvais écrire maintenant que j’étais diplômée. Je pouvais prendre des risques puisque c’est moi désormais qui les assumait. J’avais grandi et ce n’était pas grave. Au contraire c’était même plutôt bien.

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Fragments | L’à venir


l'à venir - fragments - miss blemish

J’essaie d’imaginer ces mots imprimés sur le papier, chacune des étapes depuis l’écriture jusqu’à la lecture – rencontre de deux intimités. J’essaie d’imaginer ce matin où ouvrant ma boîte mail comme chaque matin, geste anodin, je trouverais caché entre les newsletters quelques phrases qui feraient de moi soudain une écrivaine bientôt. Un message qui dirait des mots que je peinerai à croire mais peu importe, ils déclencheraient rire et larmes comme s’ils étaient vrais. J’essaie d’imaginer l’éclosion subtile de ces textes bruts sous le regard attentif de ceux qui les amènent au monde. Une histoire de virgules, d’épure, un peu de grandiloquent gommé pour autant de justesse gagnée. J’essaie d’imaginer l’émotion, le cœur battant, les mains moites tapant des messages trebuchants parce qu’écrits à toute allure et eux me disant, Célie ralentit, on ne comprend pas ce que tu dis. J’essaie d’imaginer mon nom posé sur mes mots posés sur le papier posé sur vos étagères. C’est beau. Le grain est fin sous mes doigts, l’encre anthracite et sur la couverture on distingue un jeu subtil de textures. Peut-être le titre a-t-il changé ? Certains textes ont été ajoutés, d’autres raccourcis ou supprimés. Je fais confiance. J’essaie d’imaginer la première fois que je le tiens entre mes mains, ce livre que je me souhaite à chaque anniversaire au moment de souffler sur les bougies toujours plus nombreuses. L’instant où tellement présent je n’ose pas l’ouvrir de peur de rompre le charme ou que le résultat ne soit pas à la hauteur du rêve exaucé. J’essaie d’imaginer comme il vous rencontre et ainsi accueilli, le césame qu’il devient de ne plus vivre qu’écrivain. J’essaie d’imaginer un prix littéraire parce que c’est doux d’être reconnue par celle.u.x que l’on espère devenir ses pair.e.s et puis aussi parce que ce sont quelques années à vivre ce rêve, offert. J’essaie d’imaginer tout ce qu’il y a de plus fou, souvent le soir devant le miroir, et je trépigne et je danse et je ris, je sautille comme devant la plus incroyable surprise, et à cet instant j’y crois vraiment. À cet instant c’est comme si tout ça était déjà arrivé, comme si j’y étais, là, dans ce restaurant où l’on remet le Goncourt chaque année et si vous pouviez voir comme je suis élégante, vous seriez époustouflés. Oui, à cet instant, je suis. Extatique et pas du tout ancrée, heureuse tout simplement. L’espace d’un instant, tout ça devient ma réalité. 

J’essaie d’imaginer parce que la joie n’est jamais si grande que dans les coulisses. Juste avant. Là, elle a tout l’espace pour s’étendre et connaître tous les destins possibles. Elle cartographie l’à venir. Elle prépare au tourbillon. Nécessaire et contagieuse, elle est ce qui fait qu’on devient. Plus ce que ça : en sa présence on est déjà.

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Fragments | La place de l’Autre


L'Autre - fragments - miss blemish

Voilà ce que je crois avoir compris : l’Autre ne se substituera pas à moi. Et si le temps partagé me comble plus que tout autre, ce n’est qu’une partie de la réalité. À la manière d’une voiture lancée à grande vitesse, l’amour rétrécit mon champ visuel ; parfois jusqu’à l’éclipse. La certitude m’emporte et, si je n’y prends pas garde, nous broie. J’apprends maintenant à la contenir. À faire rentrer la lumière par d’autres portes que la tienne. À rester Une même quand nous sommes Deux et à exister autrement qu’à travers nous. Car si je pourrais être parfaitement heureuse de me repaître à cette seule source, l’exclusivité est un risque bien trop grand. Pour Moi, pour Toi, pour Nous. Notre espace a besoin d’ailleurs pour rester parenthèse lumineuse. Elle ne l’est jamais tant que lorsque nous nous trouvons au point d’équilibre entre dehors et dedans.

Voilà ce que je crois avoir compris : l’amour a besoin de fenêtres grandes ouvertes sur la vie.

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