Les enfants de la crise
Voilà mon impression : celle de n’avoir jamais vécu que dans un monde bouleversé par la crise économique. Je ne nie pas son existence et l’impact dramatique qu’elle a pu et a encore à l’échelle individuelle sur ses malheureuses victimes, personnes ayant perdu leur emploi, vu leur entreprise fermer, galérant de petits boulots en petits boulots pour les plus chanceux quand la majorité n’a d’autre choix que de pointer au Pôle Emploi malgré tous leurs efforts, toute leur bonne volonté, toute leur détermination. Je ne nie pas ces faits là. Mon propos ne s’adresse pas à nos peines individuelles qui sont toujours vécues douloureusement, et c’est bien normal, quelle que soit leur échelle. Car sur l’échelle de la souffrance nous avons tous notre propre étalonnage et ce n’est pas parce que nous n’avons jamais connu de drames cataclysmiques que nous ne souffrons pas tout autant. Pourquoi ? Parce que sur notre échelle, le stress d’un gros projet mettant notre carrière en jeu, l’incertitude face au loyer que l’on n’arrivera peut être pas à payer à la fin du mois c’est notre maximum, notre quotidien, notre réalité et définitivement une difficulté à surmonter.
Ce que je dis s’adresserait plutôt à ceux qui ne me liront pas, un peu plus en haut, aux journalistes et aux politiques. Mais surtout aux journalistes (car le souci politique de la crise serait plutôt sain et propice à faire naître des solutions). Et mon message est que nous devrions avoir honte, qu’ils devraient avoir honte. Car au prétexte de vendre du papier et de faire de l’audimat, ils nous font croire à un monde terrible secoué de part en part par des événements de tous ordres, ils donnent de la voix et de la portée à des mouvements qui sans eux seraient probablement morts dans l’œuf, et contribuent à créer ce climat de peur et de tension qui pèse individuellement sur chacun d’entre nous en nous plongeant dans une angoisse du lendemain qui n’a pas lieu d’être. Insidieusement et ce depuis des années, ils nous montrent des politiques désemparés face aux tâches qui leurs incombent, incapables de résoudre quoi que ce soit et d’apporter nulle réponse, tournés en ridicules quel que soit leur camp. Ce climat de peur nourri par ce désaveu de l’opinion générale de la classe politique, c’est ça la véritable crise, le véritable problème. C’est ce qui fait remonter de vieux démons à la surface dont le plus terrible, le nationalisme. Le chacun pour soi et les faux coupables. C’est ce qui laisse la place aux extrêmes. Si parmi leurs adhérents il en est qui sont foncièrement convaincus par les propos haineux qui peuvent être tenus, la majorité n’adhère à ces idées que par défaut, par ras le bol de ce qu’ils vivent comme de l’immobilisme. Et nous devrions avoir honte. Oui notre monde n’est pas celui des trente-glorieuses, oui nous sommes confrontés aux conséquences de l’inconséquence de nos aïeux sur certaines problématiques telles que l’environnement ou la gestion de l’économie, oui nous payons une crise due aux excès de ceux qui n’avaient pour but que l’enrichissement facile, rapide, exponentiel et personnel sans aucun égard pour les conséquences à terme. Sincèrement je pense qu’ils n’en avaient pas la moindre idée. Quel trader aurait pu croire que ses petits jeux de bourse pourraient déstabiliser toute l’économie mondiale jusqu’à mettre plusieurs pays en faillite ? Des pays ! Mais peu importe qu’ils l’aient su ou non ce n’est pas notre sujet.
Aujourd’hui je lis cette biographie de Stefan Sweig, Le monde d’hier. Autrichien né en 1881, juif, il a connu les deux guerres mondiales, l’anéantissement du royaume dans lequel il était né le laissant apatride, partout étranger, le désaveu, ses livres brûlés là où pourtant ils avaient été tant aimés, devoir partir en n’emportant que ce ce qu’on a sur soi et en laissant tellement derrière. Partir en sachant que l’on ne reviendra pas, que jamais on ne retrouvera ce qui a du être abandonné. Combien de deuils poussés par la guerre frappant, encore et encore, non pas loin mais à côté ? Je lis ça et je nous regarde et je ne peux m’empêcher de penser que nous devrions avoir honte. Honte de faire de notre actualité clémente un enfer apparent, honte de laisser à nouveau à la haine un chemin pour s’engouffrer parmi nous et nous diviser. Nous sommes dans un pays en paix. En paix. Nous n’avons pas à craindre que demain des policiers, l’armée, des soldats étrangers viennent nous cueillir au réveil pour, dans le meilleur des cas, nous exproprier. Nous pouvons sortir dans les rues sans craindre de marcher sur une mine, de nous faire fusiller, ou de voir s’abattre sur notre ville des bombes largués par des ennemis. Et vous allez me dire que c’est complètement hors de propos mais justement ! La guerre, la violence aveugle, sont hors de propos dans nos esprits comme dans nos vies et c’est bien là cette chance dont nous n’avons pas conscience ! Aujourd’hui les combats que nous menons et qui doivent être menés sont ceux de l’égalité, de la parité, aujourd’hui nous nous battons pour gagner du droit, de la justice, nous ne nous battons plus pour défendre notre droit primaire à la vie.
Notre gangrène c’est le manque de perspective. Regardez ne serait-ce que toute cette pseudo-panique face au pic de pollution. Encore une fois un fait banal et sans grande gravité à notre échelle s’est vu monté en épingle et a accaparé tout le devant de la scène. Car il y a deux lectures à ce pic de pollution : la première, celle des médias, quasi cataclysmique, la seconde comme le reflet de ces beaux jours dont mars nous fait cadeau. Cela ne veut pas dire qu’il ne faille pas tenter de diminuer cette pollution ! Loin s’en faut. La gratuité des transports, la régulation des flux et de l’utilisation des voitures, toutes ces mesures sont saines et bienvenues. Non le problème c’est de n’avoir entendu parlé que de ça et en des termes catastrophiques depuis 5 jours ! 5 jours ! Nous ne vivons pas en Asie où plus personne ne voit le ciel tant l’air est pollué ! Cet exemple illustre ce manque de perspective : oui il y a un problème mais plutôt que de le mettre en scène sous forme de catastrophe, relativiser sans le nier ou le prendre à la légère. Sans doute est-ce bénéfique et cela fait-il prendre conscience aux utilisateurs de véhicules polluants que ce n’est pas sans impact. Mais il faut je crois, que l’on revienne à des proportions plus raisonnables lorsqu’il s’agit de traiter des faits aussi bénins : informer, mettre en garde les plus fragiles (pas d’activités en extérieur), dire les mesures prises et s’en arrêter là. Certains d’entre vous seront offusqués par le terme « bénin » car la pollution est néfaste à notre santé mais une fois de plus, le degré de pollution de l’air dans nos pays européens occidentaux n’est rien en comparaison de ce qu’il peut être dans les pays à forte activité industrielle d’Asie et nous avons en plus la chance d’avoir des politiques qui y sont sensibilisés et se montrent près à prendre des mesures pour la réduire.
Nous avons besoin du journalisme. Oh combien… Vraiment. La liberté d’expression, des gens pour donner des coups de pieds dans la taupinière et révéler les affaires qui sans eux seraient restés dans le secret des alcôves au nez et à la barbe des citoyens, et sans aller jusque là, leur simple rôle d’information et de relais entre les hautes sphères décisionnelles et le tout un chacun. Ce besoin se dresse contre les excès qui sont à la mode dans son traitement. La nouvelle affaire évince tout le reste offrant de belles discussions pour la machine à café mais aucune vue globale, aucune analyse fine, juste des faits donnés sans autre filtre que celui de l’hyperbole et jetés en pâture à qui voudra bien en faire son quatre heures.
Comme tout message délicat, j’espère vraiment avoir réussi à ne blesser personne. Encore une fois je ne démens aucune des souffrances éprouvées à l’échelle individuelle, qui sont bien réelles. Mais à l’échelle globale, du chômage il y en a toujours eu, ce qui ne veut pas dire qu’il faille renoncer à le combattre et à créer de l’emploi et des richesses, juste qu’il faut arrêter de nourrir ce climat d’angoisse qui ne connait d’autre mot que la crise et finira par nous emmener au seuil de problématiques cette fois-ci bien réelles avec la montée de la haines, des peurs, et du rejet de l’autre. Pour chaque information qui nous est donnée, essayons donc de prendre du recul en évitant d’écouter et de toujours donner du crédit au dernier qui a parlé. Si tout n’est pas parfait, s’il est encore des combats à mener, nous restons chanceux, ô combien chanceux, de vivre dans un pays en paix où nulle épidémie ni nulle famine n’est une menace palpable.
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Mar 17, 2014 @ 08:35:56
Je suis 100% d’accord et tu met en évidence ce pourquoi je déteste les journalistes d’aujourd’hui : de l’évènementiel à tout prix, rester bloquer sur un même sujet pendant des jours, balancer une info sans rien savoir dessus et beaucoup d’opinions personnelles. Pour ma part je trouve qu’ils ont une grande part de responsabilité dans le climat de haine qui s’est installé en créant le climat de peur dont tu parles.
Chouette article :)!
Mar 18, 2014 @ 22:04:14
Merci !
Mar 17, 2014 @ 10:16:48
Oulala c’est du lourd ton article ! Ayant fait(puis abandonné) des études de journalisme, je suis assez d’accord avec toi concernant cette propension à faire du sensationnel. Les JT poubelles proposant inlassablement des marronniers ou des sujets choc, stop, pour ma part, cela ne m’intéresse pas du tout!
Je suis aussi d’accord avec toi lorsque tu dis que nous vivons (malgré tout) dans un monde confortable, sans guerre, ni famine. Oui, c’est la crise et comme toi, j’ai l’impression d’être née avec elle. Et au quotidien, dans mon boulot, mais aussi quand je sors, je me rends bien compte que la crise est toute relative, elle touche bien sûr une partie de la population mais tout de même, les gens continuent bien à consommer, à partir en vacances. Bref, à vivre!
Par contre, bien sûr, même si nos problèmes français ne sont pas ceux des Grecs ou encore des Chinois pris sous leur nuage de pollution, ils sont quand même importants et les minimiser sous prétexte qu’il y a pire que nous, ne me semble pas être la solution. Le chômage, même si il a tjs existé est quand même au plus haut! Combien de mes camarades de promo ont un boulot ? 2 ! Et si je n’avais pas crée mon entreprise, j’en serai au probablement au même point que les autres, laissées sur le carreau.
Bon, cela n’est qu’un exemple et je ne vais pas prendre tes arguments un à un pour les contredire …. Je comprends très bien le fond de ton billet qui est de pointer du doigt les excès parfois des journalistes. Etant passée par là et connaissant un peu les ficelles du milieu, je demande très souvent à mes proches de relativiser les informations qu’ils entendent, surtout à la télévision.
Et pas plus tard qu’hier soir, je me suis indignée contre un reportage diffusé sur France 5 sur les coulisses des hypermarchés et des cartes de fidélité. Le reportage pointait du doigt notamment les manières dont les hypermarchés négocient leurs marges avec les fournisseurs, par le biais des centrales d’achat et d’autres choses encore en disant « bouuuh regardez les vilains hypermarchés, pas bien ! ». Comme dit sur Twitter, tout cela pour monter le bourrichon aux ménagères de moins et plus de 50 ans, calées devant leur téléviseur le dimanche soir, en mal de sujets chocs pour dire le lendemain à qui voudra l’entendre, que vraiment, nous vivons dans une société pourrie.
Oui. Sauf que, madame, c’est le monde des affaires et si on y est un minimum confronté, ces techniques paraissent plutôt logiques et surtout, appliquées par toutes les entreprises, hypermarchés ou petites entreprises. Bref, gros aparté pour te dire que je partage avec toi tout le mal que tu penses des journalistes!
Sur ce, jolie Célie, belle semaine à toi ! :)
Mar 18, 2014 @ 22:38:58
Je vais répondre un petit peu ici, un petit peu à la suite de ton second commentaire, je me répéterais sans doute (je m’en excuse) mais certainement ne l’ai-je pas assez fait dans cet article où certaines grandes idées sont passées à la trappe. Je réponds par tirets par que les grandes idées se noient dans les grands pavés :
– « nos problèmes français […] sont quand même importants et les minimiser sous prétexte qu’il y a pire que nous, ne me semble pas être la solution. » Dans l’article je dis : « Mon propos ne s’adresse pas à nos peines individuelles qui sont toujours vécues douloureusement, et c’est bien normal, quelle que soit leur échelle. Car sur l’échelle de la souffrance nous avons tous notre propre étalonnage et ce n’est pas parce que nous n’avons jamais connu de drames cataclysmiques que nous ne souffrons pas tout autant. » A aucun moment je n’ai voulu minimiser les problématiques qui sont les nôtres aujourd’hui. Elles sont réelles, elles doivent faire l’objet de réflexions, de réformes et de changements profonds sociétaux. Mais ce n’est pas parce qu’un problème est réel et qu’il doit être pris au sérieux qu’il faut rester bloqué, le nez dessus comme la tête dans le guidon. Souvent les solutions apparaissent lorsque l’on prend de la hauteur, du recul et que l’on agrandit l’échelle.
A l’échelle du monde d’aujourd’hui, nous restons un pays riche. Si. Malgré les déficits, malgré la crise dont on nous parle encore et encore, nous sommes dans un pays riche. Le problème est la distribution de ces richesses. Mais nous avons ce moyen en notre possession. Tous les professeurs d’histoire s’accordent là-dessus que la vision de la France donnée aux français par les médias n’est absolument pas cohérente avec la réalité.
A l’échelle des pays européens, nous avons été moins sévèrement touchés que nos voisins européens.
A l’échelle de l’histoire, des pays européens ont connu des crises économiques bien plus sévères et dramatiques. Je pense à l’Allemagne de l’après guerre mondiale. Je pense à l’Europe des années 30 ravagée et laissée sans capitaux dans l’après guerre.
Au lieu de prendre ces exemples et ces faits comme autant d’indicateurs que des solutions ont existé, qu’elles existent et que nous les trouverons, on nous répète depuis 2008 pour la plus récente, mais depuis 74 pour les générations d’avant (si si… genre à un moment faut arrêter) que c’est la crise « la plus terrible » que nous ayons connu d’histoire d’Homme. Et ce que je dénonce c’est l’effet que cela a sur chacun : LA RESIGNATION. Genre c’est la merde, on ne peut rien y faire, on est nuls, on n’aura pas de travail, la précarité est tout ce à quoi on peut aspirer. C’est un peu comme un enfant à qui on répète sans cesse qu’il est stupide et qu’il n’arrivera à rien dans la vie. Il pourra avoir le QI d’un Einstein, il ne fera effectivement rien. Et pendant que la jeunesse se laisse inhiber, les plus riches deviennent toujours un peu plus riches et aucune solution n’émerge.
« Le chômage, même si il a tjs existé est quand même au plus haut! Combien de mes camarades de promo ont un boulot ? 2 ! » Oui. Cette conjoncture a influé sur mon propre parcours professionnel, mes deux grands axes de choix d’études supérieures étaient des professions assurant le plein emploi : médecine ou professeur. J’ai choisi la sécurité. Aurais-je fait les mêmes choix dans une autre conjoncture ? Je n’en suis pas certaine à 200%. Et c’est bien là ce que je dénonce : cette influence ! C’est l’exemple que la peur marche pour de vrai et module nos choix.
Les problèmes sont réels mais pas insurmontables. Ce ne sont pas les pires auxquels nous ayons jamais été confrontés. Et le climat cataclysmique instauré par les journalistes et qui perdure depuis des années n’aide en rien à trouver des solutions et avancer puisqu’il nous condamne à une vision d’un problème terrible et insurmontable inhibant efforts et espoirs (logique, on est moins enclins à s’engager dans des combats perdus d’avance) MAIS SURTOUT nourrit les haines. Car en temps de crise, d’autant plus lorsqu’on nous la présente comme insurmontable, on cherche un coupable. Et ce mécanisme, définitivement, ne sert pas les bonnes personnes. Les gens feraient bien de se réveiller avant que l’on se retrouve avec des extrêmistes au pouvoir et une nouvelle guerre sur le feu. Parce que c’est ça qui nous attend et le problème c’est que les gens ne s’en rendent pas compte. Ils pensent, comme avant la première guerre mondiale que nous nous sommes tellement élevés en terme d’humanité, de culture et de tolérance que ces dangers là ne les menacent pas. C’est un tort. Nous sommes exactement dans la même conjoncture que celle qui a conduit à des massacres d’une barbarie qui, cette fois-ci eux, n’avaient aucun pareils antécédents. Alors oui, remettre les choses en perspective et regarder les choses en face me semble, vital.
Crois moi, pour que j’ai publié un article à connotation aussi politique (ce n’est absolument pas la vocation de mon blog, mon ventre s’est serré avant de lire chacun de vos commentaires, j’ai horreur d’argumenter, j’ai horreur des débats et j’avais vraiment peur de m’en prendre plein la figure) c’est parce que je pense que c’est un véritable devoir citoyen. Il faut ouvrir les yeux.
Merci pour ton commentaire <3 J'espère que je réponds aux interrogations que tu as soulevées.
Mar 17, 2014 @ 11:14:58
Bravo !
Je suis d’une génération antérieure et on me parle de la crise et de la génération sacrifiée depuis… 1982 !
Je crois que nous sommes toujours dans cette Stratégie du choc telle que décrite par Naomi Klein [http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Strat%C3%A9gie_du_choc].
L’information est une fiction écrite à partir des faits réels par une rédaction…
Mar 17, 2014 @ 12:03:32
Merci pour ce billet, ça fait toujours du bien de se sentir moins seul…
Mar 23, 2014 @ 13:09:22
<3
Mar 17, 2014 @ 16:01:53
Bonjour, je suis en majorité d’accord avec ton article, mais je voulais juste pointer du doigt une chose. Nous avons la chance de ne pas être en guerre, effectivement, et, je sais de quoi je parle, mon grand-père a fui son pays, sa terre, sa famille, son Italie pour ne pas être engagé dans les armées hitlériennes et du jour au lendemain, s’est retrouvé sans rien, ni toit, ni nourriture, ni foyer aimant.
Mais la crise a de réel une chose, c’est que même sans guerre, beaucoup, énormément de familles n’ont même plus ce que tu cites : de toit et de nourriture.
Beaucoup travaillent mais justement, leur loyer, ils ne peuvent pas le payer quand même, c’est là une réalité et il n’y a pas eu besoin de guerre pour en arriver là. Le fossé entre riches et pauvres se creusent de plus en plus, tu n’as pas idée à quel point je crois.
Donc je suis d’accord sur ce que tu dis à propos du climat de peur qu’il est vraiment très con d’instaurer, mais attention par contre, car ceux qui sont à la rue avec leurs enfants dans les bras, ils n’ont pas eu besoin d’être bombardés pour tout perdre. Tu vois ce que je veux dire ? Bien sûr, ils ne sont pas menacés de mort comme ils pourraient l’être dans un pays en guerre. Mais en étant mère, et ayant failli perdre mon toit il y a quelques mois et m’étant déjà retrouvé à la rue voilà de nombreuses années……….. j’ai aussi l’impression que ton article, c’est aussi se mettre des œillères.
Un commentaire plus haut qui dit « la crise est toute relative ». Non, elle ne l’ai pas, je vis dans le département où il y a le plus de chômage, mon mari a dû fermer son entreprise, on a failli perdre notre logement si nos parents n’étaient pas intervenus et parce qu’on arrivait en fin de droit. aujourd’hui, on vit avec 1100 euros à trois (loyer de 650, on ne peut pas partir car ailleurs, on nous nous voudrais pas vu qu’on enchaine que des CDD et de l’intérim). Alors on est une famille positive, on le vit bien, parfois c’est dur, mais on s’en sort bien, mais j’ai vu beaucoup de monde autour de moi ne pas avoir cette chance….. j’ai vu des expulsions, des gens à qui on a retiré l’enfant parce qu’ils étaient bon parents… mais à la rue et pas en mesure de nourrir et abriter leur enfant….. etc.
Enfin voilà, je ne voulais pas faire un pâté, mais je voulais juste en résumé dire qu’il y a toujours pire ailleurs, ça c’est sûr, mais ne négligeons pas pour autant la crise qui a fait d’innombrables victimes. Plutôt que de jeter la pierre aux uns et aux autres, je pense que c’est à chacun de se prendre par la main, de proposer des solutions. Etc.
Bonne journée.
Mar 18, 2014 @ 13:26:04
Justement ! Quand je dis que la crise est toute relative, je veux dire qu’elle ne touche pas tout le monde. Elle est bien relative à une population. Le but de Célie dans cet article n’est pas de nier la crise mais bien de dénoncer le journalisme et les médias qui en font peut-être parfois un peu trop et qui sont alarmistes.
C’est peut-être mal formulé (pardon Célie …) et peut-être ces propos touchent-ils un peu plus fort des personnes qui, comme toi, vivent dans un département en crise. Mais très malheureusement, le chômage, la précarité, les difficultés financières ont toujours existé, existeront toujours. Mais, heureusement, ne touchent pas tout le monde. A la différence d’une famine, d’une guerre, d’une épidémie. Alors Célie pose la question, pourquoi ces discours de la part des journalistes pour finalement, faire peur, alarmer et créer un climat assez défavorable?
Voilà comment j’ai compris et perçu l’article de Célie, même si, comme je le dis dans le premier commentaire que j’ai rédigé, je ne suis pas d’accord avec elle sur tous les points.
Mar 18, 2014 @ 17:42:19
Bonjour Mademoiselle Coquelicot, je comprends un peu mieux ce que tu voulais dire, merci. Par contre, oui, de mon côté, j’avais bien compris son message sur la peur qu’insuffle les journalistes, et c’est en ça que j’étais d’accord avec la plupart de son article (ce que je souligne dans le commentaire précédent n’étant qu’un point de l’article) puisque c’est bien connu, la peur amène la peur.
Mar 18, 2014 @ 23:10:41
Nous sommes issues de la même vague migratoire alors (mais c’est l’histoire de mon arrière-grand-père pour ma part). Comment rester insensible à ton commentaire ? Je suis sincèrement désolée si tu as ressenti les épreuves que tu as pu traverser et les difficultés de ton quotidien mésestimées, désavouées. Ce passage est sans doute passé à la trappe et je peux le comprendre, comme tu le dis si bien, quel que soit ce à quoi nous sommes confrontés nous avons toujours nos propres oeillères qui nous en donnent une lecture particulière : « Je ne nie pas son existence et l’impact dramatique qu’elle a pu et a encore à l’échelle individuelle sur ses malheureuses victimes, personnes ayant perdu leur emploi, vu leur entreprise fermer, galérant de petits boulots en petits boulots pour les plus chanceux quand la majorité n’a d’autre choix que de pointer au Pôle Emploi malgré tous leurs efforts, toute leur bonne volonté, toute leur détermination. Je ne nie pas ces faits là. » Mon article avait pour but de parler à l’échelle du pays et non des victimes de la crise pour lesquelles elle est dramatique. « Car sur l’échelle de la souffrance nous avons tous notre propre étalonnage et ce n’est pas parce que nous n’avons jamais connu de drames cataclysmiques que nous ne souffrons pas tout autant. »
Mon message était la nécessaire mise en perspective. Car le problème des médias qui rabâchent depuis 2008 (mais depuis 74 pour la génération de mes parents) que c’est « la crise » c’est qu’ils nous font croire à un tunnel sans issue inhibant toute bonne volonté « ah quoi bon ? Il n’y a pas de solutions ! ». Alors qu’en prenant un peu de recul, en s’apercevant que nous ne sommes pas les plus à plaindre parmi nos voisins européens mais surtout que d’autres crises ont déjà ébranlé l’Europe, bien pires (celle de l’après première guerre mondiale en allemagne où l’on allait faire ses courses avec des brouettes de billets tant la monnaie avait été dévaluée). C’est ce sur quoi je voulais mettre l’accent. Car comme à l’école, si tu répètes à quelqu’un que toutes façon l’avenir est bouché, il ne fera rien de sa vie, il y a de grandes chances que cela arrive. Non parce qu’il est moins capable que les autres mais seulement parce qu’on lui a fait CROIRE qu’il l’était. Quand j’entends des gens dire « je fais des études mais je sais que je n’aurais pas de boulot » j’ai envie de m’arracher les cheveux de défaitisme. Déjà parce que l’on en peut savoir à l’avance mais aussi parce que si ça se trouve on saura comment créer l’occasion, la situation pour l’avoir ou le faire naître cet emploi. Donc vraiment non je ne nie pas l’existence de la crise et son impact mais seulement le traitement qui en est fait et qui nous enferme dedans. Parce que tout ce qu’on veut c’est en sortir non ?
Bien plus encore, nous faire croire à cette voie sans issue, que l’on y arrivera pas, cela crée un climat propice à la montée des extrêmes. C’est peut être la seule raison suffisante à m’avoir fait évoquer un problème politique en public sur un support qui n’y est absolument pas destiné. Il faut que l’on prenne conscience que ce danger là guette et est réel. A la fin du XIX aussi on pensait avoir dépassé la barbarie, atteint un niveau d’humanité et d’élévation par la culture et l’éducation nous prémunissant de la barbarie, et nous avons eu les deux guerres mondiales pour nous prouver le contraire.
J’espère vraiment répondre à ton commentaire, encore une fois, je n’avais nulle intention de démentir la crise, de la nier, ni elle ni ses effets. Mon propos était plutôt de regarder plus loin pour voir que les solutions sont à portée de bonne volonté et que s’avouer vaincu n’est pas la solution tout comme de prendre pour coupable le voisin. Lorsque l’on a conscience du danger, on y est plus attentif. C’était vraiment mon seul but.
Bises
Mar 20, 2014 @ 18:31:29
Kikou Miss, ne t’en fais pas, j’avais bien compris ton article, je voulais juste mettre en évidence ce point-là. Après, pour le reste, je crois que quelque soit les époques, l’Homme restera toujours l’Homme. C’est à chacun d’entre nous de changer, car le monde n’est que le reflet de ce ue nous sommes nous. Pourquoi demanderions-nous au monde de changer si nous-même ne sommes pas capables de retrousser les manches….. Tout est lié, cette peur-là, celle des médias, je crois qu’on y participe aussi sans se l’avouer.
A vrai dire, pour moi, tout cela est étrange et compliqué, car je me préserve de tout négativisme en ne regardant que très peu les infos, au compte-goutte en fait, que ce qui m’intéresse. Je crois qu’on ferait mieux d’éteindre les infos et de se regarder dans le miroir, ce serait un premier pas, mais si tout le monde le faisait, ce serait une révolution…
Mar 18, 2014 @ 11:43:43
J’ai lu attentivement ton article hier dont je partage globalement le même point de vue. Si tu n’as jamais lu l’article « L’éducation « bonjour tristesse » » de Pamela Druckerman, je t’invite à aller faire un tour par ici http://www.vanityfair.fr/le-fumoir/decryptage/articles/pamela-druckerman-education-france-enfants-deprime/271 . Il est drôlement éloquent.
Mar 18, 2014 @ 22:03:40
Merci pour ce lien, je l’ai lu une première fois mais je pense que j’y reviendrai à tête plus reposée. Je me retrouve beaucoup dans ce qu’elle dit, sur la pénurie d’optimisme et de joies simples (chanter dans la rue, sourire sans raison dans la rue aux gens que l’on croise). Et d’autant plus lorsqu’elle dit que l’on nous éduque à être pessimistes. Je pointe du doigt le travail de sape des journalistes (car c’est constant, incessant, presque du harcèlement) mais il est vrai que culturellement c’est quelque chose de très ancré. Il ne tient qu’à nous d’en prendre conscience et de remettre les choses en perspective.
Bises
Mar 19, 2014 @ 13:55:05
Bonjour,
Tombé par hasard sur votre blog (via l’article sur Cloud atlas). Ecriture limpide, analyse interressante et brillamant complété par vous meme et vos commentateurs/trice.
Merci !
Mar 23, 2014 @ 13:09:04
Merci à vous ! Je suis très touchée,
A bientôt j’espère
Mar 24, 2014 @ 21:50:46
Très juste article, tu as tout à fait raison, les médias mènent trop la danse, jouent sur nos peurs et nous détournent des sujets essentiels… Il faut savoir prendre du recul là dessus, mais malheureusement beaucoup de gens n’en sont pas capables… Et ça donne ces résultats aux municipales…
Mar 30, 2014 @ 19:47:29
4 lettres : AMEN !
Avr 02, 2014 @ 21:20:13
C’est beaucoup dire, mais merci ;-)
Bises