Mon business ? Ton bonheur.


bonheur monétisé

Samedi soir, 19h30, j’arrivais dans le carrousel du Louvre, légèrement en avance à un rendez-vous. Je décidai après avoir rapidement regardé les différentes enseignes de la galerie d’aller tuer ces quelques minutes dans l’ambiance calme et parfumée de Nature et découverte. Je flânais au rez-de-chaussée, sentais un thé, prenais un livre, lisais une description, humais le parfum délicat d’une huile de massage, regardais les pierres brillantes et serties sous les vitrines transparentes de leur rayon bijouterie. Durant cette courte ballade, on avait déjà eu le temps de me proposer, de présentoir en présentoir, de devenir zen en 10 minutes, de lire une pensée positive par jour, de colorier pour oublier mes tracas, de manger comme cela pour être plus en forme, d’utiliser ces recettes naturelles pour être plus belle, de boire ce thé-là pour avoir une plus jolie peau.

Curieuse, je montais à l’étage, dédié à la librairie. En haut des escaliers je me retrouvais face à une bibliothèque, pourtant pas bien grande, deux fois celle qui trône dans mon salon peut être, remplie de livres, des dizaines de livres d’autant d’auteurs différents, voulant m’expliquer comment être en meilleure santé, plus belle, plus heureuse, plus sereine, plus confiante. Et devant ce rayon qui ne voulait pourtant que le mieux pour moi, mon ventre se noua. Je venais de comprendre ce qui me faisait indistinctement grincer des dents depuis quelque temps : les gourous modernes avaient monétisé mon bonheur, notre bonheur.

Mon bonheur ou plus justement ma quête du bonheur est devenue LEUR business.

Ils gravissent la montagne à la force de nos poignets, tel le coach sur l’aviron, nous criant depuis les cimes que, nous aussi, nous pouvons, nous allons y arriver. Mon malaise à la lecture de certains billets de blogueuses et blogueurs axés développement personnel venait de trouver sa source.

 » Vous aussi, vous pouvez y arriver. Vous pouvez réaliser vos rêves « 

Oui mais arriver et, quels rêves ? Toute notre société vend l’idée que c’est le succès, le rang social, la distinction qui nous apportera le bonheur que l’on cherche. Nous sommes conditionnés pour rêver à une vie de gagne, d’entrepreneuriat, de business florissant, de maison si grande que l’on ne s’entend pas d’une pièce à l’autre, de champagnes aux bulles plus fines et aux saveurs plus raffinées qu’aucun autre. Les exemples de « réussite sociale » ne manquent pas et ceux arrivés au sommet sont posés en modèles. La société alimente notre envie, induite par elle, de suivre le même chemin qu’eux. 

La société nous fait croire que le bonheur ne peut être qu’auréole de succès oubliant le seul lieu où il réside vraiment : en soi.

L’argent achète la liberté d’acheter. Mais avons-nous besoin de pouvoir acheter pour être libre, nous sentir libre, nous vivre libres ? Au-delà de nos besoins vitaux – manger, boire, dormir au chaud – ai-je besoin pour être heureux de pouvoir dépenser sans compter ? L’achat est-il au premier plan de mes postes de joie ?

Être un « winner » peut vous combler. Peut être est-ce ce que vous souhaitez au plus profond de vous-même accomplir, ce qui correspond à vos attentes, vos envies et le mode de vie que vous souhaitez avoir. Peut être. Mais peut être n’est-ce pas le cas. Peut-être n’avez-vous pas plus envie d’être un winner que la peur de ne surtout pas être un « looser ». Peut être ne voulez-vous pas vous engager sur ce chemin pour vous mais pour concrétiser les aspirations et les espoirs qu’une autre personne à placés en vous. Et peut-être bien que tous ces termes de looser et winner ne sont fonction que du point de vue d’où l’on se place et que quelque soit son « rang » on ne puisse éviter d’être un « looser » aux yeux de quelqu’un.

La seule chose qui compte c’est que cela ne soit pas à vos propres yeux.

Alors, en tête avec vous-même et vous seul, sans vous mentir et sans culpabilité, quelles que soient les réponses, posez-vous ces questions et répondez-y pour vous et avec franchise :

Quelles sont mes aspirations ?

Qu’ai-je envie de réaliser dans ma vie ?

Quelles personnes ai-je envie de côtoyer jour après jour, de fréquenter, d’apprécier, d’aimer ?

Quel genre de sorties, de loisirs ai-je envie d’avoir ?

Dans quel environnement ai-je envie de vivre ?

Quel genre de vie ai-je envie de mener ?

Ai-je envie de vivre une vie de famille et quelle place veux-je et suis-je prêt à lui donner ?

Quelles sont mes priorités, qu’est-ce qui est le plus important pour moi ?

Quels yeux veux-je voir briller par l’accomplissement de mes aspirations ? Les miens et seulement eux ? Les miens et ceux des autres aussi ? seulement ceux des autres ?

*

Voir ses aspirations devenir réalité palpable, votre quotidien, certainement vous apportera de la joie. Mais si vous n’êtes pas prêt à accueillir cette joie, à être satisfait de votre vie et de ce que vous y avez accompli, la concrétisation de vos aspirations ne suffira pas à elle seule à vous rendre heureux. Notre aptitude au bonheur ne grandit pas avec la masse de succès que l’on engrange après s’être fixé un objectif, elle grandit avec notre capacité à le recevoir et à être sensible à sa présence. Cela commence par savoir s’émerveiller du ciel bleu, de ces quelques minutes grappillées au réveil, du bonheur d’enlacer la personne qu’on aime. Être heureux est d’abord et avant tout un état d’esprit avant de dépendre de vos réalisations. Arroser du sable ne fera pousser une plante que s’il renferme une graine. Prenez soin de cette graine. Sans elle, toute la réussite du monde ne vous comblera pas.

Personne ne peut vous dire comment être heureux. Personne n’a cette réponse sinon vous. Mes rêves, mes aspirations et mes attentes ne seront pas les mêmes que ceux de ma voisine, mon frère, mes parents, mes amis, ma famille. Mes solutions non plus. Ce qui a marché pour moi ne vous conviendra certainement pas, c’est bien normal, chacun est différent et nous sommes riches de cette diversité.

Prenez le temps de définir ce que vous attendez de la vie, ce que vous voulez vous offrir avant de foncer tête baissée sur des chemins que d’autres ont choisi pour vous. Quelle que soit la voie sur laquelle vous vous engagerez ce sera difficile. Il y aura des hauts, des bas, des obstacles, des périodes de crise, des doutes. Peut être n’arriverez-vous pas là où vous souhaitiez arriver. C’est possible. « Qui veut peut » n’est vrai que sur les affiches que l’on colle dans ses toilettes.

Cependant vous aurez marché tout du long dans la bonne direction pour vous, celle en accord avec la personne que vous êtes.

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