Il était une fois 20 bougies…
Aujourd’hui, je passerai la journée à apprendre et réciter des cours. De la neurologie, de la psychiatrie, des hormones, des voies de régulation… un peu de tout ça à la fois. Aujourd’hui le programme ne sera pas moins chargé qu’il le fut hier et qu’il le sera demain. Pourtant, au milieu des feuilles qui vont défiler, c’est un cap qui se franchira, sur la pointe des pieds.
Je me souviens très bien de mes 18 ans. L’âge des talons hauts avais-je décrété. Pas que j’aie attendu cet âge-là pour me percher sur des échasses, non, juste en souvenir de la petite fille qui regardait amoureusement les chaussures de sa maman en attendant le jour béni où elle pourrait dégainer un beau 38 pour lui piquer. Ni vu ni connu. La même petite fille qui pensait qu’il fallait être folle pour aimer porter des pantalons et qui jurait sur tous les saints que, « grande », elle ne porterait QUE des robes. TOUS LES JOURS.
Il y a deux semaines de cela environ, j’ai décidé que 20 ans serait l’âge des cheveux courts. La dernière fois que je me suis essayée (à mon corps défendant) à la shortitude capillaire, je rentrais en classe de CP. Ce fut la plus belle année de mon primaire. Ensuite j’ai laissé pousser, j’ai déménagé, les choses se sont légèrement gâtées. En laissant tomber ces mèches sur le carrelage blanc, celles qui avaient demandé tant de patience, tant de soin et fait fleurir des rêves de chignons alambiqués qui n’auront finalement jamais élu domicile sur ma tête, je me suis sentie libérée. Ces vingt centimètres (et plus même) qui tombaient, c’était cette fameuse page qui se tournait, un au revoir muet à l’adolescente que je n’aurais jamais eu l’impression d’être vraiment, le franchissement du Rubicon, un truc comme ça.
J’ai aujourd’hui l’âge de cet avenir que nous inventions dans nos jeux ma cousine et moi. Cet âge un peu fou, un peu lointain où nous nous rêvions mariées, diplômées, mamans et propriétaires. Jeunes, belles, indépendantes. Heureuses. Malgré ces chimères d’enfants où l’âge avait une telle importance que c’était la première des caractéristiques du personnage que nous incarnerions que nous choisissions (avant même notre « faux » prénom), j’ai pourtant acquis la conviction que l’âge ne compte pas. Ces chiffres ne sont finalement que cela, des chiffres, bien loin de suffire à définir la personne que nous sommes et de trop faibles témoins du chemin parcouru. Il est des années qui semblent ne pas peser lourd dans la balance penchant vers « la vieillesse » et qui n’entachent en rien le regard enfantin que nous portons sur la vie, le quotidien. Il en est d’autres au contraire qui nous font prendre dix ans en l’espace de quelques semaines seulement. Il est des « vieux » qui sont « jeunes », de la même manière que certains « jeunes » sont déjà « vieux ».
Mais aujourd’hui, juste pour aujourd’hui, je mettrai cette conviction de côté et ferai une exception : je lèverai mon verre (d’eau) au souvenir de cette petite fille pour qui 20 ans était un cap important et qui s’imaginait qu’à cet âge-là elle aurait une vie merveilleuse. Parce qu’aujourd’hui, enfin, j’ai l’impression d’être « en phase » avec mon âge qui retrouve alors, tout à coup, un peu de sa signification.
Mais surtout parce qu’elle avait délicieusement raison.
Crédit Photo : Alexandra B.
(Oui, je confirme, cette photo a été prise avant le duel « cheveux/ciseaux »)(mais je parle aussi de joie de vivre dans cet article alors finalement, ce cliché n’est peut-être pas si inapproprié qu’il y paraît…)
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Mar 26, 2013 @ 17:57:27
Quel joli article !
Mar 29, 2013 @ 00:50:10
Oh merci ! C’est gentil :)