Les instants partagés
Toucher du doigt l’impression du temps qui s’étire, étreindre la certitude éphémère d’en avoir suffisamment, dormir tout mon soûl – encore 5 minutes, encore un bout de matinée – lire au soleil sur les draps fraîchement changés et puis sur la terrasse et sur le canapé, n’écouter que d’une oreille distraite, garder de la place pour rêver, travailler au meilleur moment, écrire sous la couette. Saisir l’instant et le suivant, m’inquiéter doucement, dire « c’est mon affaire » et pousser ces misères jusqu’aux frontières, humer l’air mielé des arbres en fleur de l’allée – en avance cette année – photographier le printemps en souriant. Prévoir sourire aux lèvres et yeux fermés quelques heures dans l’atmosphère apaisée, saturée d’huiles essentielles et de vapeur parfumée du hammam juste à côté et des glaces au bord du lac très clair partagées. Faire des plans sur la comète, regarder les étoiles. Sourire au clavier, comme à cette heure les mots trouvent leur chemin sans heurt de tout là-haut jusqu’au bout des doigts, serrer ma chance sur l’instant, ce petit pont créé de moi à toi. Manger des fraises avec de la chantilly dans les coupelles en verre clair de mon arrière-grand-mère, retourner jusque derrière le lycée dans la rue où elle habitait, trouver un kilo de moins sur la balance des vacances, relire mes notes et mettre de l’ordre dans ces mots parlant du corps. Fermer les yeux, faire des rêves sans queue ni tête de ceux qui trouvent le mieux à s’imprimer et en parler en riant au petit-déjeuner.
Trembler sur le ponton, rire en escaladant les rochers de la courte avancée à fleur d’eau, se perdre dans les petites routes et découvrir jolis villages, champs et arbres en fleurs. Rire au cinéma – notre rendez-vous préféré – dire « c’est exactement ce bleu là que j’imagine pour nos volets, un jour » et sourire au ciel clair encore là pour nous accueillir, dix-neuf heures passées. Reprendre la route, chanter à tue-tête, râler contre la radio qui grésille tout près des montagnes et dire « tu te rappelles de cette route ? C’est celle que l’on avait prise pour aller pique-niquer cet été ». Manger des pâtes aux courgettes, des gnocchis, des pizzas au chèvre et se laisser étonner par la douceur du céleri en gratin. Reprendre le temps des petits mots déposés aux pieds des articles dévorés et des images douces douces douces, murmurer les premières pistes qui listeraient tous les petits gestes qui font sourire la vie d’ici : les coeurs déposés comme autant de clins d’oeil légers, les mails souriants échangés pleins d’idées et de milles projets naissants, les vidéos qui accompagnent les repas solitaires et les articles murmurant « la vie c’est ça aussi », les petits mots qu’on pose le coeur léger parce que ces quelques lignes nous ont touchées et ceux que l’on sourit d’écrire lorsque l’on sait qu’il viendront faire sourire un début de journée, directement vers vos boîtes mails envoyés. Sourire à l’amoureux qui me dit : « on a l’impression ici que rien ne peut nous arriver » et acquiescer. Retrouver le parfait de ce matelas qui ne s’affesse pas et semble grand grand grand à côté de celui tout petit de Paris, objet de bien des batailles d’oreillers.
Tenter lentement enfin de lâcher la main à la peur de gâcher du temps, aux doutes venant lester la douceur des moments flottants de l’urgence de faire plus et mieux et rapidement. Réapprendre à sourire au temps offert, peu importe qu’il soit fini, borné, déterminé, trop peu et pas assez et l’envie absente de le remplir jusqu’à le faire presque déborder. Sourire et comprendre que ce n’est pas grave de ne rien faire d’important, qu’être là et heureux d’être ensemble est suffisant. Lâcher la main à la culpabilité de ne pas savoir toujours profiter assez et comprendre qu’il ne faut pas regretter le temps vécu, que si l’on était heureux alors il n’y avait rien à faire de « mieux ».
Et vous, cela vous arrive aussi parfois de n’être pas sûrs de savoir profiter bien des instants partagés ?
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Avr 25, 2016 @ 17:00:38
Moi aussi je m’inquiète souvent de ne pas profiter « assez » des bons moments.
Lâcher prise, vivre l’instant, c’est un travail sur soi que je m’efforce de faire et petit à petit, j’y arrive de mieux en mieux, je crois.
Tes cheveux et tes photos sont un rayon de soleil dans le tout gris d’aujourd’hui.
Bécot*
Célestine
Mai 05, 2016 @ 23:47:21
Oh merci Célestine ! Je suis heureuse que mes photos aient mis un peu de soleil dans le gris (et puis ça me fait sourire tu sais, mon oeil inquisiteur les trouvait si ternes avec son perfectionnisme agaçant).
A très bientôt et douce fin de semaine à toi <3
Avr 25, 2016 @ 17:06:43
Qu’il est doux de te lire. Parfois, il m’arrive de me dire après coup que je n’ai peut-être pas apprécié ces moments partagés à leur juste mesure, que je ne les ai pas attrapés mais laissé filer plutôt, que j’étais présente mais aussi un peu ailleurs en même temps. C’est quelque chose sur quoi je travaille depuis quelque temps, savoir apprécier les joyeux instants qui se présentent à moi, quand ils se présentent à moi. Les vivre, pas seulement m’en souvenir avec le sourire.
Mai 05, 2016 @ 23:44:49
Merci pour ce petit mot <3 Je me retrouve énormément dedans, je me sens souvent exactement pareille que tu le décris. Nous avons du pain sur la planche !
A très bientôt et douce fin de semaine à toi !
Avr 25, 2016 @ 17:54:44
C’est magnifique Célie <3
Mai 05, 2016 @ 23:44:00
Merci Lolli <3
Avr 27, 2016 @ 12:17:31
Vous êtes beaux tous les deux ;-) Essayer profiter de chaque instant telle est aussi ma devise !
Bises
Mai 05, 2016 @ 23:41:20
Merci Zelda <3 Merci merci merci !
Avr 27, 2016 @ 21:28:26
Il est de ces endroits où on a l’impression, qu’ici rien ne peut arriver, rien ne peut nous arriver; et il faut les chérir fort et savoir y revenir quand on tangue. J’ai cet endroit, et je le garde tout contre moi. Dans cet endroit, il y a aussi des volets bleus mais surtout verts, je les préfère verts <3
Je me retrouve des fois à la fin des vacances, ou de chouettes moments, à me dire que je n'ai pas le sentiment d'avoir assez profité, de ne pas être assez là, alors je me dis que je ferais mieux la prochaine fois mais c'est pareil à chaque fois, ce sentiment qui revient. Je crois aussi que c'est un maux de la société, cette sensation de culpabilité, de toujours vouloir faire mieux, de pas assez profiter mais je crois que ce qui devrait, c'est juste se sentir bien dans le moment, ressentir les choses. Je crois, j'ai lu que la meditation aide, il faudrait que je sois un peu plus constante dans ma pratique.
Mai 05, 2016 @ 23:41:00
Tes petits mots <3 Merci, ils sont toujours si doux à lire, de ceux qui font du bien au coeur. De ceux là on reprendrait bien trois fois par jour !
Je suis sûre que la méditation peut aider à être davantage présent et de moins culpabiliser mais j'ai encore énormément de chemin à faire de ce côté là. J'essayerai la prochaine fois d'employer certaines techniques de pleine conscience (je te dirai si les essais ont été fructueux) !
A très bientôt et douce fin de semaine à toi !