Les instants partagés


26 mars 3

Toucher du doigt l’impression du temps qui s’étire, étreindre la certitude éphémère d’en avoir suffisamment, dormir tout mon soûl – encore 5 minutes, encore un bout de matinée – lire au soleil sur les draps fraîchement changés et puis sur la terrasse et sur le canapé, n’écouter que d’une oreille distraite, garder de la place pour rêver, travailler au meilleur moment, écrire sous la couette. Saisir l’instant et le suivant, m’inquiéter doucement, dire « c’est mon affaire » et pousser ces misères jusqu’aux frontières, humer l’air mielé des arbres en fleur de l’allée – en avance cette année – photographier le printemps en souriant. Prévoir sourire aux lèvres et yeux fermés quelques heures dans l’atmosphère apaisée, saturée d’huiles essentielles et de vapeur parfumée du hammam juste à côté et des glaces au bord du lac très clair partagées. Faire des plans sur la comète, regarder les étoiles. Sourire au clavier, comme à cette heure les mots trouvent leur chemin sans heurt de tout là-haut jusqu’au bout des doigts, serrer ma chance sur l’instant, ce petit pont créé de moi à toi. Manger des fraises avec de la chantilly dans les coupelles en verre clair de mon arrière-grand-mère, retourner jusque derrière le lycée dans la rue où elle habitait, trouver un kilo de moins sur la balance des vacances, relire mes notes et mettre de l’ordre dans ces mots parlant du corps. Fermer les yeux, faire des rêves sans queue ni tête de ceux qui trouvent le mieux à s’imprimer et en parler en riant au petit-déjeuner.

les instants partagés 1les instants partagés 8les instants partagés 11les instants partagés 14les instants partagés 7

Trembler sur le ponton, rire en escaladant les rochers de la courte avancée à fleur d’eau, se perdre dans les petites routes et découvrir jolis villages, champs et arbres en fleurs. Rire au cinéma – notre rendez-vous préféré – dire « c’est exactement ce bleu là que j’imagine pour nos volets, un jour » et sourire au ciel clair encore là pour nous accueillir, dix-neuf heures passées. Reprendre la route, chanter à tue-tête, râler contre la radio qui grésille tout près des montagnes et dire « tu te rappelles de cette route ? C’est celle que l’on avait prise pour aller pique-niquer cet été ». Manger des pâtes aux courgettes, des gnocchis, des pizzas au chèvre et se laisser étonner par la douceur du céleri en gratin. Reprendre le temps des petits mots déposés aux pieds des articles dévorés et des images douces douces douces, murmurer les premières pistes qui listeraient tous les petits gestes qui font sourire la vie d’ici : les coeurs déposés comme autant de clins d’oeil légers, les mails souriants échangés pleins d’idées et de milles projets naissants, les vidéos qui accompagnent les repas solitaires et les articles murmurant « la vie c’est ça aussi », les petits mots qu’on pose le coeur léger parce que ces quelques lignes nous ont touchées et ceux que l’on sourit d’écrire lorsque l’on sait qu’il viendront faire sourire un début de journée, directement vers vos boîtes mails envoyés. Sourire à l’amoureux qui me dit : « on a l’impression ici que rien ne peut nous arriver » et acquiescer. Retrouver le parfait de ce matelas qui ne s’affesse pas et semble grand grand grand à côté de celui tout petit de Paris, objet de bien des batailles d’oreillers.

les instants partagés 4les instants partagés 9les instants partagés 16les instants partagés 15les instants partagés 3

Tenter lentement enfin de lâcher la main à la peur de gâcher du temps, aux doutes venant lester la douceur des moments flottants de l’urgence de faire plus et mieux et rapidement. Réapprendre à sourire au temps offert, peu importe qu’il soit fini, borné, déterminé, trop peu et pas assez et l’envie absente de le remplir jusqu’à le faire presque déborder. Sourire et comprendre que ce n’est pas grave de ne rien faire d’important, qu’être là et heureux d’être ensemble est suffisant. Lâcher la main à la culpabilité de ne pas savoir toujours profiter assez et comprendre qu’il ne faut pas regretter le temps vécu, que si l’on était heureux alors il n’y avait rien à faire de « mieux ».

26 mars 2

Et vous, cela vous arrive aussi parfois de n’être pas sûrs de savoir profiter bien des instants partagés ?

Laisser un commentaire - 16