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Des sourires tout en douceur #48


Des sourires tout en douceur #48 - brèves - sourires de la semaine - miss blemish

L’air de la gare est glacial, je sens mon nez s’engourdir et mes jambes trembler. Le panneau d’affichage indique 21h10, il reste encore trois minutes avant les phares, les bruits de freins, de portes et de valises. Les mains se frottent et les bouches font de la buée, les quelques personnes qui attendent avec moi remuent pareillement. Ce sont des jambes qui s’agitent, des petits pas sur place, des mains enfoncées dans des poches jusqu’à vouloir les percer. Je fixe l’horizon de rails, de phares, de câbles et de trains qui d’un virage font taire l’espoir d’une attente écourtée. Quelques secondes seraient suffisantes. Je me déplace, je veux être sûre de le voir dès que sa silhouette percera la foule. Je veux être sûre qu’il me voit. Sur la pointe des pieds, le coeur battant et les lèvres tordues d’un sourire qui se réserve, qui monte et doucement étend son empire sur mes traits, je sais que je suis au seuil de ce moment qu’on a attendu – à l’échelle du temps des amoureux séparés – longtemps. Et puis soudain c’est le train, la rumeur montante, les gens qui affluent en désordre et ses cheveux dans le flot, ses bras autour de moi et la vie qui continue pour quelques instants sans nous. Et lorsqu’il y a eu assez d’instants pour rassasier le manque creusé par les semaines solitaires, la gare est à nouveau presque paisible. Tout est identique, tout semble nouveau. Tout est à sa place, tout est à redécouvrir.

Les yeux fermés, en sous-vêtements sur le bord du lit, je lève les bras et le laisse faire glisser sur ma peau nue cette robe – ce pari risqué – relever la fermeture et me guider jusqu’au miroir où je me découvre soudain si belle dans ces vêtements qu’il a choisi pour moi. 

Le petit bonheur de trouver un tee-shirt simple, souple et qui tombe parfaitement.

La texture brillante et lisse que prennent les oeufs en neige lorsqu’une fois fermes s’ajoute le sucre en pluie.

Avec du vin blanc, trinquer jeudi, vendredi, à cette année qui s’achève, à cette année qui commence, à ces voeux qu’on murmure à ces bougies qu’on ne souffle pas.

Dimanche matin, déplacer tous les meubles, ouvrir en grand rideaux et volets pour laisser toute la lumière entrer. Sortir le scotch et les ciseaux, marcher sur la pointe des pieds, bras tendus en l’air, tout installer. Dans la clarté des matins gris, photographier la matière qui donnera corps à la deuxième session des Boréales qui – déjà ! enfin ! – s’ouvre lundi prochain. 

22 heures, faire cuire la pâte des gaufres.

De la simple magie des saveurs, retrouver les souvenirs de ces vacances si douces à la réunion où nous nous étions tant régalés de couleurs et d’odeurs. Trinquer au dessus des samoussas et commander le rougail saucisse du premier jour, le premier de leurs plats traditionnels découvert là-bas.

- La créole, 122 bd du Montparnasse, métro Montparnasse Bienvenue ou Vavin -

Du cheesecake – si léger – pour le petit déjeuner. Le goût des oranges et des citrons pressés, mélangés. La tarte au citron de mon amie M. pour mon anniversaire.

Presque minuit, un sourire encore imprimé sur nos lèvres après avoir tant ri – assis dans les fauteuils de velours rouge et étroits du petit théâtre – plonger des oeufs dans l’eau tiède, faire griller du pain de campagne, sortir le fromage, le beurre et du saumon fumé pour dix minutes seulement après se régaler. Et découvrir ce dîner improvisé rendu plus délicieux encore du fait de n’avoir presque rien préparé. 

Un massage des mains.

Retrouver le goût des vacances en dévorant les épisodes de Downton Abbey.

Les pâtes vertes dans les lasagnes, celles qui viennent surprendre au milieu des autres – classiques – un peu plus épaisses, moelleuses, encore plus savoureuses.

Se retrouver devant le cinéma, après cette longue journée, et aller boire un verre, en quasi terrasse, dans l’air doux des débuts de soirée printaniers.

Sous la pluie battante, remonter le boulevard, la courte allée pavée, et dîner avec mon amie C. en refaisant un peu le monde et un peu nos vies aussi.

Écrire, photographier, cuisiner, déguster, courir les rues, grelotter un peu, rencontrer cette blogueuse que je lis depuis si longtemps et la découvrir aussi douce, gentille et intéressante qu’elle l’est dans ses chroniques et comme une évidence – là où j’avais tant d’appréhensions pourtant – me laisser photographier. Je crois avoir autant hâte que je redoute de découvrir ces clichés. A l’arrivée, avoir fait de ce 26 mars une vraie journée pour moi.

L’amoureux que je trouve toujours en rentrant ses pieds trop grands dans mes pantoufles à trois tailles manquantes.

Découvrir, inventer, apprivoiser les nouveaux rituels de cette vie à deux qui trouve ses traits. 

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Tartines à trous, miel qui goutte et 22 ans pour apprendre


Tartines à trous, miel qui goutte et 22 ans pour apprendre - Lifestyle - Sourires - Brèves - Humeurs - Be positive - Miss Blemish

Que l’on a toujours raison d’essayer. Même s’il y a déjà tellement de gens plus talentueux que soi – ou du moins est-ce ce que l’on croit – qui ont déjà fait ces choses-là. Que les progrès finissent toujours par arriver et qu’alors on touche à la définition du bonheur de très près. 

Que LA paire de chaussure… existe. La preuve, elle illustre cet article. Et elle vient de Jamie Phillips, dont il y a une petite boutique derrière Odéon à Paris.

Que l’on a toujours raison d’aimer maintenant, même si on n’a « pas le temps ».

Et toujours raison de donner du temps à ce qui nous passionne puisque c’est ça finalement, qui nous fait progresser, avancer, nous réaliser enfin.

Qu’il vient un temps où c’est à nous d’inventer nos rituels, nos traditions, celles en accord avec ce que l’on veut célébrer.

Que rien ne résiste à une ballade à la mer.

Qu’une rupture en amitié peut être aussi dévastatrice – parfois même plus – qu’un chagrin d’amour même si on pleure (un peu) moins au début. Qu’on continue d’y penser encore longtemps après, que c’est une partie de soi qui s’en va, et avec elle un presque frère, une presque soeur pour qui on n’a pas su être là pour de vrai.

Que s’il n’y a pas la mer, il reste toujours les petits trucks à burgers.

Que je ne travaillerai jamais mieux que dans l’urgence, lorsqu’il n’y a plus le choix, et que dans ces moments-là j’adore ça – travailler.

Qu’il faut toujours saisir l’inspiration lorsqu’elle se présente. Parce qu’elle ne se laisse pas facilement amadouer.

Qu’au moindre doute en cabine, il faut s’abstenir. Ce vêtement rejoindra tous ceux que ce n’est jamais le jour de mettre.

Et dans cette catégorie, que je ne serai jamais à l’aise dans les robes qui terminent au-dessus de mi-cuisse parce que ça me rend parano – alors que non non, elle tient en place pas de problème – dans les jupes qui ne sont pas taille haute, dans les jeans taille basse et dans les pulls resserrés à la taille.

Que les pantalons qui arrivent au dessus de la cheville ça marche avec des chaussures qui arrivent presqu’au dessus de la cheville – boots-bottines, compensées, scandales à talon et à lanière sur la cheville.

Que Colin Firth a l’âge de mon père mais que PEU IMPORTE je continuerai à aller baver devant chacun de ses films.

Que j’aurais naturellement du être rousse car, je me sens vraiment bien avec cette couleur-là dans les cheveux.

Qu’à Paris, définitivement, le pass ciné EST une bonne idée.

Que je vis mieux sans les informations télévisées. Comme vraiment mieux. Et que si vous êtes angoissé(e)s, vous devriez essayer. Pour voir.

Que l’on ne peut pas protéger les gens d’eux-mêmes. Ni soi-même de soi-même et qu’il va très vite de devenir son pire ennemi si l’on n’y prend pas garde.

Que les perles, les trench et les escarpins noir « c’est indémodable ».

Qu’il est toujours temps de mieux faire à partir de maintenant. Et jamais trop tard pour dire « à partir d’aujourd’hui ». 

Que devenir adulte c’est se remettre de la déception de l’adolescence de découvrir ceux que l’on croyait parfaits tout simplement… humains. Et de les aimer tels qu’ils sont. 

Qu’il ne faut pas avoir peur de dire « Je t’aime », doucement, tendrement, fort, en criant. Qu’il n’y a ni heure, ni lieu, ni conditions, juste à le murmurer. Pour soi et pour cette personne, là, celle-ci et pas une autre, qui met le bazar là-dedans avec ce coeur qui bat frénétiquement. 

Que ça fait du bien au coeur et à la journée qui s’ouvre à peine de prendre un instant chaque matin de réaliser combien nous sommes chanceux. De nous réveiller à côté de cette personne qu’on aime / de voir cette vue magnifique par nos fenêtres / d’aller à ce travail qui nous plaît tant / d’avoir des amis aussi géniaux et présents / d’avoir hérité de ce don particulier / de réveiller ce petit enfant d’un « il est l’or monseignor » (il n’y a que ma maman qui faisait ça ?) …

Et qu’il suffit d’une personne pour tout changer et rendre la vie encore plus… tout. 

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Et le dire, je t’aime


Et le dire, je t'aime - brèves - humeurs - lifestyle - Miss Blemish

C’est le matin. Janvier. Le thé est presque froid et déjà – bientôt – il sera trop tard et je serai en retard. C’est ainsi qu’il en va lorsqu’aller travailler est devenu une corvée. Mais ces matinées un peu tristes où il fallait résister, invoquer un sourire pour ne pas flancher, ne pas se laisser happer par le gris, le noir, la méchanceté qui avance masquée, se conjuguent déjà au passé. C’est le matin et je me penche vers ton cou pour y poser un baiser, puis un deuxième. C’est la nourriture du courage que les arômes perdus de ta peau à mes lèvres. Et là, je dis je t’aime. Encore. Et tu me demandes « Pourquoi le dis-tu si souvent ? »

Je repense à cette conversation où L. que j’interrogeais à ce sujet me disait le dire comme on respire, comme on souffle, comme on libère, comme on offre sans reprendre, sans attendre, un je t’aime respiration. Pour soi, pour l’autre, pour l’univers. Je repense à la poussière sous nos chaussures – été – le champ de mars bondé et ces mots que je murmure, pour la première fois, si bas. Peut-être juste pour moi. Je repense à mon amie, qui rentre de vacances et me dit avoir perdu un proche – si proche – si jeune et pourtant en un instant, disparu. Je pense à tout ce qui est là, bloqué, à l’intérieur, qui ne connaît que les mots pour s’exprimer. Alors je te dis « parce que j’aime dire Je t’aime, parce que c’est là, au creux de moi, parce que ce pourrait-être la dernière fois et que je ne voudrais pas rater ma chance de te le dire en étant sûre que tu l’entendes ». Tu m’embrasses et déjà demain – ou peut-être après-demain – c’est le 7 janvier. Et ces mots qui résonnent, encore, si proches et si lointains, se muent en une infime certitude – la seule – à laquelle se rattacher, pour essayer de construire mieux après les ruines, la haine en rappel que c’est dès aujourd’hui qu’il nous faut dire – ou avouer -, vivre, penser, déclarer, souffler, murmurer, ajouter : Je t’aime.

Cet article s’était perdu dans mes brouillons. C’est une phrase de Caroline qui a dénoué ce qui était resté tu.

Et toi, c’était quand la dernière fois que tu l’as dit, Je t’aime ?

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