Journal de bord

Mon rituel d’écriture


Mon rituel d'écriture - écrire - journal de bord - words - Miss Blemish

Les mots au creux de ventre et poitrine, phrases prises au piège à ma gorge nouée, j’essaye bien – en vain – de rester concentrée sur ce qui m’appelle au présent de tâches grises mangeuses de temps. Des qui d’un « il faut » éclipsent de soucis jusqu’au ciel bleu des jours sans pluie, des raisonnables – immuables – qui ignorent tout de l’impermanence fragile de l’intuition que l’on hume aveugles, en détectives embusqués, prêts à bondir pour en saisir jusqu’à la plus infime nuée.

Février l’an dernier je commence à écrire dans l’instantané. À tout noter, du plus infime début d’idée aux grandes envolées – mêmes un peu bancales, un peu ratées –  petites phrases et fragments isolés. Je décide – comme une évidence – de donner sa chance à la moindre idée consciente que – fugaces et joyeuses – elles n’attendent pas qu’on ait le temps de leur consacrer celui qu’elles réclament là maintenant à l’heure où toujours il y a déjà mille choses dont il faut – vite vite ! – s’occuper, discuter, terminer. Car une fois les impératifs liquidés, les idées ignorées, elles, se sont envolées.

De l’arrêt brutal de ce bouillonnement furieux lorsque soudain le temps revient, j’ai acquis la certitude que c’est de l’agitation que naît l’inspiration. De ces milles choses menées de front, de cette course contre la montre,  des trains qu’on rate et des talons qui claquent sur le pavé. Comme s’il fallait ce fouillis pour que les idées cliquent entre elles et forment ce petit réseau qui mène un souvenir à un autre, une image à une émotion, une odeur, une matière, un sujet pour que du tout entremêlé jaillisse un peu de nous.

Mais pour écrire dans l’instantané, il me fallait un outil toujours prêt, toujours à disposition, qui ne demande pas trop de complications pour s’en servir au quotidien – lorsque je marche, travaille, sors, mange… Et quel est le seul objet – permettant d’écrire – que l’on a toujours sur soi ? Son smartphone. J’écris donc depuis un an déjà sur mon téléphone, dans les brouillons de ma boîte mail. Tout. Et tout particulièrement ce qui touche à ce blog. Idées, bouts de phrases, débuts d’articles, articles entiers – en jets – liens, listes, commentaires, pistes à exploiter, réflexion naissante… Et à ma grande surprise cette manière de procéder a eu énormément de retombées positives sur lesquelles je pourrais disserter si longtemps que je me suis dis qu’une liste serait encore la manière la plus claire de vous en parler… 

Mon rituel d'écriture - écrire - journal de bord - words - Miss Blemish

Les avantages

- Je suis mobile : je peux écrire partout, tout le temps, sans avoir besoin d’espace / de bureau / de lieu spécial / de matériel précis. J’ai juste besoin de mon smartphone chargé. Ce qui est le cas 99% du temps.

- c’est une écriture qui se faufile dans mon quotidien, y fait corps, ne l’interrompt ni ne le contraint. Je ne m’arrête pas pour écrire, j’écris dans le flot de ma journée : j’écris dans la file des courses, j’écris sur le canapé, avant dîner, dans mon lit – matin, soir – j’écris dans les transport en commun, dans le train, à la gare, en attendant un rendez-vous, au café, entre deux impératifs, en travaillant… Cela me permet d’écrire énormément – et bien plus qu’avant – sans que mes proches en ressentent les effets. Je ne m’isole pas pour écrire, j’écris avec eux, à côté d’eux, en continuant la discussion… cela s’intègre, cela ne scinde pas.

- Désacraliser l’écriture jusqu’à rendre l’acte naturel. Écrire tout le temps, partout et sur un support qui n’est pas – au premier abord – destiné à l’écriture créative, a énormément atténué la peur, la crainte, le vertige face à la page blanche. Cela m’a complètement libérée du rituel que l’on connait tous de s’installer face à la feuille blanche – de papier ou d’un document Word encore vierge – et de se dire  » Pfffiuuu c’est LE moment d’écrire ». Je ne vais plus chercher l’écriture, c’est elle qui vient me trouver. Il n’y a pas UN moment où je dois être performante mais une multitude de moments où j’ai des idées, que je note, qui aboutiront peut être, peut être pas mais qui dans tous les cas ne seront pas perdues.

- une écriture quotidienne – au minimum – et pluri-quotidienne le plus souvent. L’écriture a aujourd’hui une vraie place dans mon quotidien sans pour autant que cela « prenne » de la place (cf – points précédents)

- Et avec cette écriture quotidienne, forcément, des progrès. Une plus grande facilité, une plus grande aisance, des idées mieux exprimées, des mots choisis au plus proche du sens que je veux leur donner… Plus on écrit et plus il devient facile d’écrire. Moins on a peur de l’acte en lui-même, moins on place sur nos épaules une pression démesurée, moins on attend du « tout, tout de suite » conscients que c’est une ébauche, une idée, que l’on retravaillera forcement et moins on s’auto-censure.

- La liberté. Tout écrire et aussi s’autoriser à tout écrire. Même si on ne sait pas où ça nous mènera, même si le fragment est tellement insignifiant, même si on sent que l’on s’aventure à l’aveugle dans l’inconnu…

- Et pour ce qui est du côté « pratique » : le fait d’écrire dans mes brouillons de mails me procure un format adapté qui me permet d’avoir une vue d’ensemble de ce que j’écris malgré l’écran réduit – par rapport à celui d’un ordinateur par exemple… et les textes enregistrés sur mon téléphone sont disponibles depuis n’importe quel ordinateur avec une connexion internet. Il est donc facile de les retravailler, de les éditer, de les transférer sur WordPress.

Les inconvénients

Je vous avoue que j’ai eu beaucoup de mal à en trouver des convaincants pour moi mais je retiendrais celui-ci : l’écriture a pris la place de la lecture. Avant je lisais beaucoup, aujourd’hui j’écris beaucoup… cette nouvelle manière de concevoir et de vivre mon écriture n’y est pas pour rien cependant je ne crois pas que cela en soit 100% responsable. Je prends moins de plaisir à lire des romans en ce moment, pourtant la lecture garde une place de premier choix dans mes loisirs car je passe mon temps à lire des articles, des blogs, faire des recherches… peut-être ai-je juste moins de place pour la fiction ces temps-ci…

Note : c’est volontairement que je ne cite pas la marque / le modèle de mon téléphone – low cost – car là n’est pas « l’enjeu ». N’importe quel smartphone fera l’affaire si vous avez envie d’essayer :)

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Et toi, quels sont tes rituels autour de l’écriture ? Un lieu, un objet, un outil dont tu ne peux plus te passer ? Qui a tout changé ?

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Ce sport étrange de courir après les mots


Cet amour étrange de courir après les mots - Brèves - Journal d'écriture - Miss Blemish

Matin gris, aurore tombante, lumière rasante, j’ai ressorti les pages, les livres, les articles et les poésies. Le corps enseveli de mots et de plaids chauds, la laine à même la peau, j’ai relu les phrases, interrogé le sens, humé le ténu, dénoué la structure, relié les points à la recherche du petit écusson doré signant les univers. J’ai dénoué les mots jusqu’à laisser apparaître le fil presqu’imperceptible qui, tissé avec patience, douceur et attention, fait naître le fin maillage de sonorités – assonances, dissonances – de rythme et d’idées, pour remonter à la source, retrouver la racine, l’ancre du génie.

Toute petite déjà, je sondais nos plumes. À l’heure où nous apprenions à peine l’alphabet, je ne m’intéressais pas encore à la beauté sonore des mots qu’elles alignaient mais à la régularité légère des lettres qui en naissaient. Avec mon stylo à plume jaune décoré de fleurs blanches et roses, CE2, je réapprenais les yeux fixés sur mon modèle à le tenir le pouce par dessus tous les autres doigts, la main contorsionnée, la paume endolorie pour des journées nombreuses avant que du geste, je maîtrise tous les aspects. J’aimais la bizarrerie de cette singularité qui – nous deux dans la même classe – en perdait ses traits pour cinq années.  
En sixième j’essayais – en vain ! – de laisser dériver un peu plus ma main. Elle avait perdu de son habilité plastique et devant l’écriture tremblotante de mes premiers essais ratés, les prémices des premières courbatures, j’abandonnais rapidement la pose pour les détails qui faisaient de chaque lettre de mon nouveau modèle – queue de cheval, stylo plume rouge à pois blancs – une originalité face aux codes inscrits de grande instance dans les manuels chapeautés par Ratus. Des A en lettres d’ordinateur abandonnant la boucle ronde et lisse pour devenir une cerise alambiquée, le manche d’une canne, un renflement sur le côté. Des j et des g dont on gomme la première partie de la boucle, l’arrondi, pour ne garder qu’un trait vertical et un arc jeté. La rébellion par l’écrit – les cris – l’entrée dans l’adolescence.

Mais cette fascination pour l’écrit est née bien plus tôt encore, avant les cahiers, les taches d’encre, les genoux écorchés, les premiers pas balbutiants dans la cour immense aux tilleuls si grands alors que pour en voir le sommet il fallait plier le cou et lever les yeux très fort. Chaque soir, depuis mon premier souvenir – et ce rituel, j’en suis sûre, devait avoir commencé bien avant – les dernières minutes de veille de la journée étaient peuplées des histoires rangées dans la grande bibliothèque blanche. Avec les chats bleus, les mouches qui s’appellent Patouche et les forêts peuplées d’animaux sachant parler, je découvrais le monde merveilleux des livres, de l’imaginaire et des voyages qui ne demandent pas d’essence. Bien vite les premières punitions, soirs de « on éteint la lumière » et de « on règlera nos comptes à la maison », me chuchotaient au creux d’oreille « par n’importe quel moyen, trouve à maîtriser la science de déchiffrer les mots ».

Les lettres à ma main domptées, les mots à mes yeux dénudés des voiles derrière lesquels ils s’étaient déjà bien trop longtemps cachés, je pouvais commencer à essayer. Combiner, associer, séparer, assembler, faire danser, sauter, rouler, jouer avec sens, genres, styles, mémoire. Ce que je ne savais pas alors que j’alignais les premiers mots des premières histoires c’est qu’en commençant à écrire, je commençais à chercher. La forme avait été affaire d’enfance, de personnalité qui se construit, de geste qui se mûri, écrire serait la recherche de toute une vie.

Par le petit matin gris, le corps plein de la chaleur de la laine, dans l’appartement résonne un bruit factice de pluie. Je lis, j’écris. Je cherche tout en sachant l’éphémère de mes réponses d’aujourd’hui.

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Fragments épars, morceaux de vie


Fragments épars, morceaux de vie - Livre - Ecriture - Miss Blemish

J’ai eu une idée de livre. Depuis la première histoire que j’ai écrite – dans un style approximatif dirons-nous – en fin de 5ieme, je devais donc avoir 13 ans, je n’ai jamais connu de période sans quelque chose en cours. Il y a eu une fresque familiale un brin dramatique, une femme confrontée à des secrets de famille et d’État, un couple volant en éclat sous le coup d’une nouvelle terrible et  venant menacer ses bases, ses fondations. Il y a eu des début avortés, deux autres histoires de couple, un suicide, quelques phrases éparses sur des documents Word abandonnés.

À me frotter ainsi avec tant d’insistance à l’écriture j’ai expérimenté contre tout ce que l’on dit d’elle, qu’elle n’a rien d’inné et demande travail, rigueur, douleur. On n’écrit pas comme on respire et lorsqu’on essaye le résultat souvent n’est pas bien probant. L’inspiration, lorsqu’on la courtise nous dédaigne, lorsque l’on se rend disponible nous snob, lorsque l’on la délaisse nous harcèle.

Alors j’ai eu une idée de livre. Un livre qui raconte l’infime. Un livre pour répondre à ma peur d’oublier. Un livre qui nous raconte, qui vous raconte, qui dit tout sans rien laisser voir, qui vous laisse seul maître à bord. Un livre sans histoire et qui en raconte mille pourtant, pour chaque page ses petits trésors, vivant pour eux mêmes, par eux-mêmes, continuité d’un début, suffisants par eux-même pourtant. J’ai une idée de livre. Il n’y a plus qu’à l’écrire. 

Ce sont les balbutiements d’un nouveau projet enivrant, palpitant et ma peur est à l’égale de mon excitation, de mon envie d’y croire. Je sens que ce ne sera pas ce que l’on attend forcément d’un livre et pourtant je sens que je suis proche de ce que je veux dire, ce que j’essaie de dire via ce blog, ce qui me plaît dans l’écriture, ce que je trouve magique en elle. Et j’avais envie de partager ce début avec vous. Parce que, peut-être, il n’y aura pas de fin où tout vous livrer, alors autant déjà partager ensemble la magie du début non ? Et puis, pour tout vous dire, je vais avoir besoin de vous pour y croire les jours où je n’y croirai plus, pour partager les doutes, les petites victoires, l’euphorie d’une phrase qui sonne bien et dit tout ce qu’elle a à dire.

J’ai envie de partager cette aventure avec vous. Vous venez ? 

*

Et parce que je les aime, parce qu’ils ne vont nulle part tous ces fragments sans début ni fin, un peu comme ce livre que je débute, je vous les livre avec l’impression qu’ils illustrent à merveille, je crois, le chantier qui a commencé en moi. 

*

Nulle goutte n’avait plus le pouvoir d’atteindre ce corps pourvu de vie mais dépourvu d’âme. Je n’étais plus, j’affleurais.

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Vertige. Partout les terres défilent, mon horizon volé. Il fallait avancer jusqu’au bord, jusqu’au seuil pour comprendre qu’il n’y avait nulle particule en moi souhaitant sauter, qu’un mirage chimérique, un précipice. Tentation. Je découvrais la fin des possibles dans ce seul oui auquel j’aurais pu, d’un égarement, dans une hâte insensée, effrayée, consentir de mon plein gré. Consentir à effacer son futur par simple peur de le vivre, avec ses doutes, ses inconnues, tous ses hasards et ses revers. Choisir. Comment ? Décider. C’est pourtant si simple lorsque la vie s’y prête. Oui. Un oui sincère, aimant, plein et aveugle.

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L’étincelle du désir ravivé par mes pleins et mes déliés, à l’heure où la respiration se fait courte et la brûlure certaine.

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Sur moi la fraicheur du coton, enveloppée par l’odeur de lessive que mon corps tout entier reconnaissait comme sienne, je me glissais sous la couette épaisse de ce lit que nous partagions depuis à la fois toujours et hier.

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La fragilité dénudée

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Nul ennui dans le ciel de nos amours, la vie est douce lorsqu’on sait qu’on la partagera si bien. Aujourd’hui comme un vœu mettant des mots sur la douce espérance de tous les jours se réveiller à tes côtés, je fais mon plus beau pari, le plus risqué, et pourtant si sûr à tes côtés.

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Et il y a des secondes fois qui ressemblent à des premières, la première de toutes les nouvelles fois qui se profilent vers l’horizon que l’on se souhaite. Et il y a ces instants, fugaces, où cela fait pause, où une image se fixe, où, avec une étrange clairevoyance soudain la scène qui se joue colle avec ce que vous espériez que votre futur soit. Ces instants où le futur est devenu présent, où l’impression que ce soit là le début de votre vie titille vos entrailles. Le début d’un chapitre, avec beaucoup d’espoir, beaucoup de joie, beaucoup de bonheurs derrière et devant soi.

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