Belle ?


belle ? - Humeurs - Look - Mode - Miss Blemish

Photos – Alexandra B.

Le jour de ce shooting, mon amour du reflet dans le miroir flirtait avec les bas fonds de l’océan arctique. J’étais à deux doigts d’annuler, certaine que j’allais faire perdre son temps à mon amie, qu’on ne pourrait rien tirer de cette séance, que ce serait terrible, que j’étais bien trop moche et que je ferais mieux de rester au fond de mon lit en attendant que ça passe. On avait pourtant convenu d’un rendez-vous, je devais passer la prendre (et cela tombait drôlement bien car j’avais diablement envie de conduire)(ma conscience écolo s’arrête à cette frontière là, les rares jours où j’ai une voiture à disposition), j’étais prête, elle avait les clés d’un domaine magnifique de la région, et cette tenue c’était maintenant où jamais – le temps étant sur sa phase ascendante côté soleil, chaleur, petites jupettes et petites robettes. 

Nous nous sommes donc retrouvées, je me suis changée en plein milieu des champs (comment ça ? Je ne porte pas une simple petite robe au milieu de la prairie par 12°C ! TOUT se perd). J’ai fait la réflexion à Alexandra que bientôt elle n’ignorerait plus rien de mon anatomie ce qui l’a fait beaucoup rire, mais voilà, quand on fait des photos, nos shootings n’ont rien de ceux hyper carrés des magazines, je suis coiffeuse, maquilleuse, habilleuse, Alex aux photos, à la conception et aux décors, pour tout réflecteur de lumière nous avons les nuages (les plus belles photos se font par temps gris)(en tous cas avec mon teint c’est ce qui le rend le plus lumineux) et pour tout ventilateur, nous avons le vent. En contrepartie nos occasions de rire de bon coeur sont démultipliées (et mon dossier « photos improbables » ne cesse de s’agrandir)(elle m’a cependant promis et je vous en fais témoin que si je mariais Mr Parfait elle garderait le power point de la honte pour notre seul petit comité d’enterrement de vie de jeune fille). 

Nous étions donc dans la prairie. Le souci de ne pas montrer que je mourrais de froid a eu raison de tout le reste et en 25 minutes top chrono, nous avions ce qu’il nous fallait. Il faut dire que nous n’en sommes plus à notre première séance photo avec Alexandra, maintenant on tâtonne moins pour toucher au but recherché, pour rendre l’ambiance voulue, peut être parce que nos idées sont plus précises et que l’on prend d’avantage de temps pour mettre des mots dessus et expliquer exactement le rendu cherché.

Et j’ai reçu ces photos. Je me sentais toujours aussi insuffisante physiquement parlant bien que m’étant donné un bon coup de pied aux fesses pour essayer d’avancer dans la bonne direction.

Arrêter de me dire mille fois par jour « tu es trop moche/nulle/stupide » par exemple.

Sourire au miroir au lieu de l’éviter.

Sourire au miroir SURTOUT démaquillée. Car la réalité est là et c’est cette personne dont il faut apprivoiser le reflet car ce reflet, c’est moi. Pas une autre. Pas de ces choses que je pourrais changer, aussi fort que je le veuille, que je m’entête, que je me déteste, que je me rabaisse et que j’essaie.

On peut choisir de lutter contre un état de fait ou regarder sa peur en face pour l’affronter.

Réaliser que ce qui ne me faisait plus pleurer depuis des mois le faisait à nouveau, et que le physique n’était qu’une excuse, un subterfuge facile pour écouler des peines plus difficiles à affronter. Et qu’en s’y arrêtant cinq minutes et en les analysant, je m’apercevais qu’elles n’avaient plus cours alors même que je les ressassais encore sur le plan du physique.

Et puis il y a eu cette patiente me confiant que tout avait commencé le jour où elle s’était dit que si elle n’était plus « grosse », elle n’aurait plus aucun problème dans sa vie. Combien de fois ne nous sommes-nous pas et ne nous disons pas encore des choses de ce genre ? 

Quand [insérer une cause de complexe] aura disparu, tout ira bien dans ma vie. 

Pourtant, on se retrouve toujours en bout de course face à nous-mêmes et au problème dont le complexe n’était qu’un déguisement : notre difficulté à nous accepter tel que nous sommes, à poser sur nous un regard bienveillant, doux et exigeant à la fois, à nous parler avec fermeté mais sans jamais devenir intransigeant. Nous accorder le droit de n’être pas parfait en tout point et de ne pas faire corps avec notre idéal. Et que ce n’était nullement paresse, faiblesse, lâcheté, juste humain

J’ai donc reçu ces photos. J’avais encore au creux du ventre la peine ressentie ce week-end là, immense au point de ne pas pouvoir souffler mes bougies d’anniversaire devant toute ma famille et de ne le faire qu’en comité réduit, incapable d’affronter l’idée de me tenir debout devant autant de personnes, de devenir le centre de l’attention et de devoir rester là. Tous les regards posés sur moi. Et j’ai regardé ces photos. Et étais-je horrible au point que l’on veuille me jeter des cailloux ou que ma vue soit douloureuse pour mes proches ? Non.

NON

Pourtant l’ai-je vécu ainsi ?

OUI

La beauté, la confiance en soi et en son physique et plus globalement en sa personne car le physique n’est que la composante que ma personnalité se choisit pour exprimer ses doutes là où d’autres doutent de leur culture, de leur intelligence, de leur façon d’être, de s’exprimer, de bouger… est dans la tête. Et si je le savais pour l’avoir déjà expérimenté par le passé ? Oui ! En prenant mon traitement contre l’acné, j’ai vu mon acné disparaître et en rien l’attitude de mes proches changer. Une belle preuve que l’acné qui avait cristallisé tant de doutes, de souffrances et de peurs attirait bien moins l’attention des autres que ce que je croyais. Pourtant, entre savoir une chose, en faire son expérience logique et pouvoir dérouler le raisonnement allant avec et véritablement vivre cette même vérité comme étant une vérité, il y a un monde : la preuve ! Je savais que les gens n’en avait que faire que mon grain de peau soit plus lisse ou moins lisse et pourtant je me vivais encore comme inregardable.

Quand nous avons commencé à faire des photos avec Alexandra, si cela lui offrait un modèle et une tribune pour son travail, c’était d’abord et avant tout pour moi une thérapie. Un peu comme le théâtre pour un timide. Aller au devant de ses peurs, les affronter, et à force de bonnes expériences, les soigner.

Car bien souvent ce que l’on redoute est bien moins redoutable que ce que la peur veut nous faire croire.

Même lors de séances moins réussies, où je me trouvais un peu gauche ou trop réservée, le sourire timide et le visage pâle, je ne me trouvais jamais si horrible que ce que j’avais l’habitude de vivre intérieurement au quotidien. Mais « guérir » un complexe prend du temps et suppose de nombreuses rechutes. Des périodes de mieux, des périodes de bien même, mais des périodes de moins bien, de doutes, de peine. Après tout, on ne rééduque pas son esprit après des années passées à prendre de mauvais réflexes et à construire des schémas de raisonnements erronés par la seule force de quelques exercices. C’est la répétition, l’acharnement et la mise en application jour après jour qui peuvent nous le permettre.

Sur ces photos je me suis trouvée belle. Non je ne dirais pas seulement jolie, je dirais belle. Et avec une majuscule même. Belle. Et ce ne sera pas de la prétention.

Quelle prétention peut-on avoir d’une donnée comme celle-ci sur laquelle nous n’avons aucune prise et qui jamais n’a dépendu en rien de nous ? 

Que mes parents se gaussent que je sois jolie et vous pourrez les dire prétentieux. Après tout ce sont eux qui ont travaillé. Si fierté il y a, cela ne peut venir que d’eux. Non se trouver jolie, se vivre belle ou beau est juste une sérénité, ce rien de légèreté qui permet d’aller vers la vie le pas allant plutôt qu’en guettant de toutes part l’arrivée de coups. Notre apparence physique n’est en rien un indicateur de notre valeur (inutile de s’en gausser donc), juste un élément de souffrance et de doute en moins lorsque nous en sommes satisfaits – ou du moins pas trop insatisfaits. Et dans notre société où les modèles de beauté ne manquent pas tout comme leurs exigences démesurées souvent, cette satisfaction, cette absence de souci vis-à-vis de son apparence est de plus en plus difficile à atteindre, d’où nos complexes s’épanouissant à nos dépens. Et aux dépens de notre bonheur et de notre joie de vivre.

Est-ce qu’aujourd’hui je me sens complètement sereine par rapport à mon physique ? Pas encore… mais je suis certaine qu’avec le temps, ça viendra. Il y a mille autres domaines qui demandent énergie et intérêt que celui de douter sur l’image de soi que l’on expose au monde ! Mais pour cela, il est un travail préalable indispensable et un long chemin à parcourir. En avoir conscience, c’est déjà être sur la bonne voie, non ? [Musique / Sunny – Boney M]

Et vous, comment affrontez-vous vos complexes au quotidien ?

belle ? - Humeurs - Look - Mode - Miss Blemish belle ? - Humeurs - Look - Mode - Miss Blemish belle ? - Humeurs - Look - Mode - Miss Blemish belle ? - Humeurs - Look - Mode - Miss Blemish belle ? - Humeurs - Look - Mode - Miss Blemish belle ? - Humeurs - Look - Mode - Miss Blemish belle ? - Humeurs - Look - Mode - Miss Blemish belle ? - Humeurs - Look - Mode - Miss Blemish belle ? - Humeurs - Look - Mode - Miss Blemish belle ? - Humeurs - Look - Mode - Miss Blemish belle ? - Humeurs - Look - Mode - Miss Blemish belle ? - Humeurs - Look - Mode - Miss Blemish belle ? - Humeurs - Look - Mode - Miss Blemish belle ? - Humeurs - Look - Mode - Miss Blemish belle ? - Humeurs - Look - Mode - Miss Blemish belle ? - Humeurs - Look - Mode - Miss Blemish belle ? - Humeurs - Look - Mode - Miss Blemish belle ? - Humeurs - Look - Mode - Miss Blemish belle ? - Humeurs - Look - Mode - Miss Blemish belle ? - Humeurs - Look - Mode - Miss Blemish

Robe – Banana Republic

Sac – IKKS

Sandales – Ulysses par Sezane

3 Laisser un commentaire - 3