Nos rêves peuvent-ils changer ?


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Mardi, midi presque treize heures, je sors du metro avec ce livre qui m’accompagne partout – un livre de chevet, de transports, de chaque minute glanée à la vie qui s’est trouvée bien des choses pour être occupée – à la main. Ses cents premières pages dans lesquelles mes doigts se sont glissés pour ne pas perdre le fil ont suffi à faire naître la certitude qu’il s’agirait-là d’un livre-étape : un de ceux qui bousculent le chemin et nous poussent un peu plus loin, un de ceux qui nous donnent les armes que les autres – soi-même ? – nous refusent pour se mettre enfin à travailler activement, efficacement à la réalisation de nos rêves.

A lui et cet autre qui l’a précédé je dois l’envie de rouvrir cette catégorie – Et soudain prendre le risque – et celle de partager avec vous le fruit de mes recherches – les questionnements, les avancées – car je suis certaine qu’il y a énormément à apprendre de cet échange autour de la manière dont s’y prendre, pour faire vivre enfin ses passions. Ces livres, je sais que je vous en parlerai, mais pas tout de suite, pas avant d’avoir établi la feuille de route des chantiers qui m’attendent. Et pas avant de les avoir finis (aussi).

Mais si je vous parle de tout ça aujourd’hui c’est parce que depuis quelques temps, il y a dans mon absence d’histoires à raconter, une question qui revient, une de celles qui creusent le ventre et font se tordre les mains : Nos rêves peuvent-ils changer ? Et mardi midi-presque-treize-heures – alors que je marche un peu trop vite sur le quai – je réalise soudain que la réponse se trouvait tout ce temps, juste là, sous mon nez.

Non, mon rêve n’a pas changé, mon rêve a été exaucé :

« Ton plus grand souhait ? » me demandait L. il y a maintenant deux ans dans l’une de ces listes de questions auxquelles on soumet ses blogueurs et blogueuses préférés.
« Écrire et être lue. […] » avais-je répondu.

En passant les tourniquets j’ai réalisé que oui, aujourd’hui, j’écris et je suis lue. Par vous. (MERCI !) Ce n’est pas mon rêve qui a changé mais ma projection souriante de ce qu’il signifiait qui n’avait pas prévu cette manière-là de le faire exister. Cette manière si naturelle, si ancrée à ma vie qu’elle avait complètement échappé à ma vigilance et expliquait en partie pourquoi l’urgence d’écrire avait disparue. Il n’y a plus d’urgence car aujourd’hui j’écris au quotidien : grâce à ce blog. Dans ce qui ne devait être qu’un pas, un média, j’ai trouvé la manière d’écrire, de créer, d’inventer qui me convient. Dans les mots de mon rêve d’alors, il y avait pourtant déjà cette simplicité qui ne se connaît pas la gloire des prix, du papier de nos mots imprimés, des librairies dans lesquelles d’un hasard on peut se trouver au creux d’une étagère ou des mains de cet autre-là qui emporte un bout de nous – cette histoire – avec lui. Mais c’est un peu comme ça – n’est-ce pas ? – qu’il en va avec les rêves brumeux, on colle sur soi le succès des autres, on sourit à des « et si ? » jusqu’à trouver notre propre voie, notre manière singulière de faire tout à fait la même chose, tout à fait différemment

Cela vous est déjà arrivé vous aussi de ne par voir, de chercher ce qu’il y avait juste sous votre nez ?

Et hier soir, je suis tombée sur ce TED talk d’Elizabeth Gilbert, l’auteure du best-seller Mange Prie Aime – Success, failure and the drive to keep creating (Succès, échec et comment continuer à créer – à peu près…). Je vais résumer son message grossièrement au cas où – là maintenant – vous n’auriez pas les moyens, l’envie, le temps de regarder la vidéo entièrement mais peut-être plus tard, retournez-y, la traduction en a été faite en bien trop de langues pour que je puisse les lister – il suffit de cliquer sur l’onglet « Transcript » dans la barre sous la vidéo pour y accéder (vous trouverez par ici la version en français)

E.G nous dit qu’après ce best-seller – malgré sa joie et sa reconnaissance immense pour ce qui lui arrivait grâce à ce livre – elle s’est trouvée dans une impasse. Son prochain livre décevrait forcément : ceux qui l’avaient adoré comme ceux qui l’avaient détesté. La tentation d’arrêter et s’en tenir là l’a effleurée pourtant, elle n’avait pas le coeur de renoncer à sa vocation. Elle voulait trouver un moyen de renouer avec l’inspiration, de faire survivre sa créativité malgré le succès. Elle se sentait soudain à nouveau proche de l’écrivaine jeune et non publiée qu’elle avait été. Comment se faisait-il qu’en ayant connu un si gros succès elle se retrouve dans une position similaire à celle qui était la sienne lorsque les refus lui étaient quotidiens ?

Elle l’explique par l’écart en lequel ils consistent tous deux avec la vie normale, attendue et rassurante – la mer calme. L’échec comme le succès sont aux extrémités de ce continuum qui connait en son centre « la norme ». Et si la société en conçoit l’un comme « bien » et l’autre comme « mal », ce qu’elle appelle le subconscient, lui, ne fait pas la différence et ne vit que cet écart immense, ce bouleversement, par rapport à la norme. Elle a trouvé les armes qui lui ont permis de renouer avec sa créativité dans les leçons apprises de ses années de jeune écrivain non publié et rejeté, lorsque souvent elle a songé face à cette souffrance-là d’abandonner et où toujours la réponse a fini par être :

« Je n’abandonnerai pas, je rentre à la maison. […] Rentrer à la maison ne voulait pas dire rentrer chez mes parents à la ferme. Rentrer à la maison voulait dire revenir à l’écriture parce qu’écrire était mon chez moi, parce que j’adorais écrire plus que je ne détestais l’échec, ce qui veut dire que j’adorais écrire plus que mon propre égo, ce qui en fin de compte veut dire que j’adorais écrire plus que moi-même. […] Chez vous, c’est tout ce que vous aimez dans ce monde plus que vous ne vous aimez vous-même. […] » 

« Chez vous, c’est ce à quoi vous consacrez votre énergie avec un tel dévouement que le résultat final devient sans importance. »

J’ai terminé le visionnage de cette vidéo en larmes, un grand sourire sur les lèvres et toute la reconnaissance du monde pour cet auteure dont le livre a conduit à la naissance de mon film-réconfort préféré. J’écris. C’est insuffisant, c’est imparfait, cela fait des années que je le fais et pourtant, comme elle, je continue. Parce que l’important n’est pas la portée, le succès, les portes qui s’ouvrent ou qui se ferment, l’important c’est que ça existe. Tout simplement. L’écriture est mon « chez moi ». Et si elle parle de l’écriture, elle pourrait parler de n’importe quoi d’autre. Si vous voulez écrire, écrivez. Chanter ? Chantez. Danser, créer, inventer, piloter, voyager, étudier… faites-le. N’ayez pas peur du petit, de l’insuffisant, du relativement mauvais du début. Osez. Prenez le risque de commencer aujourd’hui à faire ce que vous voulez voir faire partie de votre vie. Même si ce n’est que pour vous, en secret, l’important c’est que cela existe et que cela vous rendent heureux. Il n’y a rien de mieux en ce monde qu’un progrès – même le plus infime – dans le domaine qui nous plaît. Camille me disait l’autre jour : on peut changer de rêve mais pas parce qu’il est trop gros, trop impressionnant. Et je ne pourrais être plus d’accord avec elle. Car il se pourrait bien que votre rêve n’aie pas la même échelle que celui de votre voisin ou de ce modèle qui vous fait trembler d’essayer. Il se pourrait que comme je m’en suis aperçue il y a deux jours pour moi, le réaliser ne prenne pas du tout la forme de ce que vous aviez projeté et que le chemin jusqu’à lui soit bien plus court que vous ne le redoutiez. Il se pourrait aussi que la route soit tout à fait aussi longue que ce que vous aviez escompté mais que le bonheur de faire ce que vous aimez gomme les échecs et les difficultés. Alors, si vous ne deviez retenir qu’une phrase pleine de courage et d’espoir de cet article, ce serait la sienne – celle de conclusion – un mantra à garder près de soi et à marteler à chaque fois que l’on essayera de vous décourager – car on le fera : 

« La seule chose que vous avez à faire est identifier la chose la plus précieuse, celle que vous aimez le plus, de construire dessus votre maison et de ne plus en bouger. »

Et vous, c’est où, votre chez vous ?

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