Contre les armes, ouvrons nos livres


contre les armes, ouvrons nos livres

J’ai acheté mon premier Modiano un jour de deuil national après le silence, à l’hôpital, dans le bureau étriqué aux murs saumonés des infirmières, après un pot de départ où les au revoir avaient un petit goût d’adieu. Nous nous sommes retrouvés sur la courte place comme nous avions dit que nous le ferions avant la haine aveugle, avant les tirs, avant les pleurs. Contre ma peur, nous avons franchi les portes du centre commercial, déambulé comme en errance, regardé des étiquettes, soulevé des piles de vêtements, reposé la plupart, essayé sans savoir. Il manquait le coeur, l’envie, la légèreté. Il manquait tout, sauf nous. Dehors. Parce qu’il y avait urgence : il fallait vivre, museler la peur à un coin obscur de nos têtes. Nous nous sommes finalement séparés et je me suis retrouvée seule au milieu des livres dans une Fnac, protégée par le plus grand des remparts. Et j’ai acheté mon premier Modiano – Le café de ma jeunesse perdue – Modiano que j’avais tant croisé depuis quelques jours que je ne pouvais retarder plus longtemps notre nécessaire rencontre. Et c’est en vous écrivant que je m’aperçois que ce choix anodin, presqu’aléatoire, avait sûrement été décidé de grande instance dans cette période où vieillesse et oubli nourrissent la majorité de mes angoisses et réflexions. Acheter ce livre, c’était rattraper l’avant et cette résolution pleine de sens de Solange, plus de culture pour 2015, qui m’avait donné envie de la suivre et d’essayer. Elle nous disait ce que j’avais entendu mille fois mon père me répéter lorsque j’étais petite :

« Ce que nous avons dans la tête, personne ne pourra jamais nous l’enlever ».

Et cultiver ce petit trésor en nous, qu’aucune arme, aucune menace, aucune trahison ne saurait nous retirer me paraissait soudain, la meilleure chose à faire. 

Lire, écrire, aimer, tendre la main, sourire, VIVRE.

 

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