Cloud Atlas, un chef d’œuvre, un coup de cœur, un coup de poing

« Au crépuscule, la neige ressemble à du lilas flétri : pure consolation. »
Cela faisait longtemps qu’un film ne m’avait pas autant marquée (bon, ok, le dernier c’était Lincoln)(soit en janvier)(mais pour les besoins de ma phrase d’accroche, on fera comme si l’hiver était une période fort éloignée). Toujours est-il que je suis ressortie chamboulée, horrifiée, émue, touchée et tous adjectifs associés et qu’il m’a fallu plusieurs jours pour que cette sensation bouleversante ne s’estompe. Ce film a soulevé tant de questions que le lendemain matin à la première heure je me procurais le livre dont il est l’adaptation pour étancher ma curiosité et trouver matière à combler les espaces.
A travers les époques, de la colonisation à un futur aux allures de science-fiction prenant pourtant pour beaucoup les traits des us et coutumes de notre civilisation de consommation, ce film retrace le destin de personnages marqués par une tache de naissance singulière : une étoile filante.
"Cloud Atlas" interroge en profondeur le sens de la vie et combien les choix que nous faisons peuvent infléchir le cours de notre propre destinée. A chaque époque ses défis, ses failles et ses forces. On s’amuse à chercher sous les travestissements successifs les traits des acteurs qui reviennent à chaque époque incarner un personnage différent. Je ne vous mentirai pas, au début il faut s’accrocher car les scènes s’enchaînent rapidement en faisant s’entremêler époques et personnages avec lesquels nous ne sommes pas encore familiarisés. Puis, très vite, on se prend au jeu, on reconnaît les traits derrière les costumes changeants, on fait les parallèles entre tous les personnages incarnés par un seul et même acteur nous permettant de prendre la mesure du fossé qui les sépare.
Ce film montre l’horreur dont l’Humanité est capable, les dérives que nous pouvons connaître à notre petite échelle comme celles pouvant affecter toute une civilisation jusqu’à la couler. Mais c’est aussi l’histoire de personnes qui luttent. Toutes. Que ce soit pour l’argent, pour la gloire ou pour leurs convictions, bonnes comme mauvaises. Hommes et Femmes qui feront changer le cours des choses, dans leur vie et parfois même dans celle des autres. Il y a du courage, de l’humour et de l’amour aussi. Celui qui naît là où il ne devrait pas, amours contrariés, épistolaires, interdits, amours qui résistent au temps, à la distance, amour qui mue mais ne meurt pas, amour improbable, amour valant tous les sacrifices. Il y a des mains tendues que l’on n’espérait plus de ceux dont on n’attendait rien, des coudes qui se serrent, des tranchées qui se creusent à la force de plusieurs poignets. Des causes perdues pour lesquelles on lutte tout de même en espérant qu’un jour le message envoyé éveillera les consciences et fera de ce sacrifice l’aube de la victoire.
Ce film est un message d’espoir poignant montrant des Hommes qui se relèvent et croient encore malgré la chute, l’injustice qui frappe parfois et la barbarie qui trouve toujours quelques estomacs pour incarner ses soldats. Toutes les personnes de ma connaissance ayant pris place dans une salle pour le voir en sont ressorties conquises et chamboulées. Il est très dur de rendre hommage à ce film dont l’esthétique et la réalisation flirtent avec la perfection et bien plus encore à un univers aussi complet et fouillé mais je ne peux que vous inviter encore une fois à aller le découvrir car vous en ressortirez différents, grandis.
Edit : et aux amateurs de belles et touchantes histoires d’amour, ce film détrône à mon sens par l’une de celle dont il est le théâtre Roméo & Juliette...
« Effets secondaires » un thriller psychologique haletant
« Le comportement du passé indique le comportement du futur. »
Emily (Rooney Mara), jeune femme dépressive, se retrouve confiée aux soins de Jonathan Banks (Jude Law), un psychiatre, après une tentative de suicide. Mise sous antidépresseurs, les effets secondaires ne tardent pas à apparaître et lors d’une crise de somnambulisme causée par son traitement, elle tue son mari. Commence alors une longue descente aux enfers, elle accusée du meurtre de l’homme qu’elle aimait, lui soupçonné de négligence et d’erreur médicale.
Au-delà de la tête d’affiche plus que prometteuse (nous ne reviendrons pas sur la présence de Jude Law au casting), c’est un véritable thriller psychologique qui a fait frémir toute la salle que nous offre Steven Soderbergh. Avec art et justesse, il a su retranscrire à l’écran la souffrance de cette jeune femme ne sachant à quoi se raccrocher pour ne pas sombrer, aux prises avec sa tristesse comme dans des sables mouvants. Alliant une esthétique sobre faite essentiellement de tons neutres et plats en parfait accord avec l’état d’esprit d’Emily, c’est une toile subtile dépeignant la dépression que la première partie du film retranscrit. Cependant, d’une fresque quasi documentaire sur cette maladie il a su tirer une véritable intrigue, faire naître des personnages à part entière et soulever des problèmes de société. Quelle part de responsabilité dans ce meurtre tragique pour la patiente, le médecin et l’industrie pharmaceutique ? Couvert d’opprobre, Jonathan Banks délaissé par les siens, démarre une enquête pour comprendre ce qui s’est réellement passé.
Je ne vais pas y aller par quatre chemins : j’ai adoré. Ce film, finement réalisé, est prenant, profondément dérangeant mais surtout bouleversant. Le réalisateur nous mène par le bout du nez et réussit à nous surprendre, à se jouer de nos préjugés et de nos conclusions toutes faites. Il nous emprisonne dans son histoire cauchemardesque et on se surprend à rester quelque peu crispé sur son siège, attendant le dénouement avec angoisse.
Une vraie réussite pour un film excellemment bien ficelé.
Populaire : LE film.
Un générique à la Hitchcock, une esthétique ad’hoc et nous voilà plongés instantanément dans la toute fin des années 50. Rose Pamphyle, héroïne de Populaire, ne rêve pas de Maurice, le fils du garagiste et accessoirement le meilleur parti du village que son père projette de lui faire épouser, non, comme toutes les jeunes filles de l’époque, elle aspire à la modernité d’un poste de secrétaire. Sauf que, contrairement à ses concurrentes, Rose pourtant par ailleurs toute en maladresses a un talent : elle tape à la machine telle une furie. Potentiel que son patron Louis Echard, incarné par Romain Duris, s’entend bien d’exploiter pour faire d’elle la future championne de la rapidité dactylographique. Commence alors un entraînement digne des plus grands sportifs pour la jeune fille en même temps que naît une complicité sur fond de relation « amour-haine » entre les deux personnages qui trouvent un malin plaisir à se lancer toujours dans des joutes verbales sur fond de provocation.
Je suis allée voir ce film sans rien en savoir ni même en avoir vu aucun extrait. C’était donc une découverte pleine et entière. Contrairement à ce que le speech pourrait laisser croire, l’intrigue n’est pas aussi simplette (simpliste ?) qu’il n’y paraît. D’un sujet plutôt banal, le réalisateur Régis Roinsard a réussi à faire émerger de vrais personnages avec une profondeur et une sincérité qui donne corps à l’histoire qu’il s’entend de nous conter. On se prend d’une profonde affection pour cette Rose d’une crédible maladresse. Croire aux pieds qui s’emmêlent et aux feuilles qui voltigent apporte une réelle fraîcheur à ce film et le fait s’éloigner des plus sûrement du trait gras de la farce.
Une comédie certes, mais une comédie qui parle de l’après-guerre, des choix que l’on fait pour ceux qu’on aime ou plutôt que l’on croit faire pour eux, des sacrifices, de la famille, du rang et du statut social, de l’orgueil, de la gloire et du bonheur qu’on en tire, de l’amour naissant, contrarié, qui bouleverse et fait tantôt des nœuds à l’estomac tantôt s’envoler une nuée de papillon (je reprends cette image que j’abhorre, à quoi ne serait-on pas prêt pour se faire comprendre…)(vous avez 4 heures), des mots que l’on regrette d’avoir prononcé sitôt ont-ils été formés, de l’amitié, de l’entraide, de la ténacité qu’il faut pour aller jusqu’au bout de ses rêves.
J’ai aimé l’horizon que ce film rend au pardon. Le fait que parfois, des excuses sincères suffisent à effacer les blessures et les vexations, les regrets et les remords. Comme si blesser n’était pas une fin en soi, que l’on pouvait également se retourner pour effacer l’ardoise.
Mais bien plus encore, j’ai été prise au jeu. Derrière Rose j’ai tremblé. A chaque étape. J’ai fait mes pronostics, tenté de deviner la « morale » que ne manquerait pas de donner à l’histoire en bon cinéaste français le réalisateur. Et j’ai été surprise. J’ai été prise de cours, étonnée. Un bon coup de pied aux fesses de mes préjugés. C’est peut-être d’ailleurs ce que j’ai préféré : la tension que Régis Roinsard a réussi à instaurer à coups de scènes de joutes dactylographiques merveilleusement filmées, étourdissantes. Le bruit des doigts fous sur les claviers bien plus sonores qu’aujourd’hui, le coulissement strident accompagnant les retours à la ligne dans de grands mouvements d’épaules des concurrentes, les regards fixes, déterminés, les intimidations, la panique des changements de feuille et le crissement du rouleau qui se referme tel un étau sur la nouvelle prisonnière de la machine à écrire.
Ce film aurait pu être d’une banalité sans nom et pourtant son traitement, son esthétique parfaite, le jeu des acteurs tout aussi convaincant, avec une Françoise Déborah merveilleuse en Rose Pamphyle, en a fait une petite perle qui m’a définitivement fait passer un excellent moment. Un Beau film, dans le sens noble du terme.
Et, accessoirement, le film qui vous fera aimer Romain Duris, à n’en point douter.
Sceptiques, courrez !




























