Jeune


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Cet été, mon nouveau et deuxième dermatologue (je n’ai pas le coeur de tourner le dos à ma dermatologue n°1 que j’apprécie malgré la sévère sentence qu’elle a posée en août, sans le ménagement dont j’avais pourtant besoin, d’une acné a priori ad vitam aeternam) m’a dit ceci :

« Vous êtes jeune, vous avez une peau blanche et fine, vous aurez une belle peau, ne laissez pas tout ça vous prendre le dessus »

Hormis qu’il laissait une place à l’espoir et ce peu importe s’il me vendait du vent puisqu’il avait eu l’honnêteté de me dire que ni lui, ni personne ne pouvait prédire l’avenir, dans un sens comme dans l’autre, ce que j’ai retenu c’est ce « vous êtes jeune ».
C’était le 10 septembre et plus aucune goutte de maquillage rayon teint n’a touché ma peau depuis. Ça a été difficile, ça l’est encore, mais je ne veux pas m’appesantir plus longtemps sur l’insatisfaction que j’ai de l’état de ma peau qui a déjà été à l’origine de bien trop de larmes.
Ma peau n’est pas celle des mannequins de magazines, ni des filles sublimes qui peuplent le métro. Mais c’est ma peau. Elle ne m’empêche pas de rire, de pleurer, d’aimer et d’être aimée. Et tant qu’il en sera ainsi et bien, tout ira bien. Everything is gonna be alright. Il paraît qu’en anglais ça rend toujours mieux. Alors peut-être que ça marche mieux aussi ? 

Ce que j’ai retenu, ce qui m’a frappé et ce qui m’a le plus soulagée, d’un poids que je ne me savais pas porter, c’est ce « vous êtes jeune ». Je ne me savais pas cette impression de vieillerie chevillée au corps. Cette impression de chance qui est passée. Cette petite voix qui dit que je ne serais pas danseuse, gymnaste, ou sportive de haut niveau. Pas que je l’aie jamais désiré. Mais le voudrais-je, je ne le pourrais pas. Et il en va de tellement d’autres domaines… Je pourrais faire du sport, danser, réapprendre à faire la roue sur une poutre (oui un jour j’ai su)(il fallait bien que je case ce savoir du temps jadis un jour par ici)(non parce qu’en gym je ne pourrais guère impressionner que vous, ma prof de l’époque… ne plaçait pas grand espoir en moi)(elle avait raison) mais je ne serais jamais une athlète. Et cette sensation est bien un comble lorsqu’on pense que je répète sans cesse à ma grand-mère (qui peint avec talent, justesse et raffinement)(sans avoir pourtant jamais mis les pieds à aucun cours de peinture/beaux-arts & cie) qu’il n’est jamais trop tard. Qu’il suffit de commencer aujourd’hui. Et il y en a des parcours atypiques autour de moi. Cette amie de lycée qui, en grand écart comme moi entre filière L et S, a obtenu son bac S, est partie un an à l’étranger pour préparer le concours d’une grande école Suisse de traduction pour finir par s’inscrire en lycée hôtelier et étudier le droit par correspondance. Et avec succès. (Si) Ou cette autre femme incroyable rencontrée en garde il y a quelques semaines qui, sortant fraîchement diplômée d’une des meilleures écoles d’ingénieurs française, s’est lancée dans des études de médecine et aujourd’hui s’éclate dans ce qu’elle fait !

Pour être honnête, je ne sais pas où va aller ce post. Je n’ai que la constatation qu’à 21 ans (bientôt 22, d’accord) je me sentais vieille. Bloquée. Un champ des possibles restreint lorsqu’en réalité, TOUT est possible. Enfin, sur le papier du moins. Très drôle lorsque l’on sait que je n’ai eu de cesse depuis toute petite de GRANDIR, de devenir adulte, d’avoir des res-pon-sa-bi-li-tés, d’être ENFIN prise au sérieux.

Je ne sais pas bien ce qui m’empêche de me libérer de cette sensation, d’en faire fis et d’aller voguer au vent de mes envies éparses : la peur, la paresse, le confort, ou le besoin d’un fantasme d’ailleurs plus vert là où, en réalité, je suis parfaitement bien où je suis ? Le manque d’assurance en mes envies aussi. Peut-être. Comment savoir si ce que je désire est bien ce qu’il me faut ? J’ai tout autant désiré ce que je suis aujourd’hui que je désire ce que je pourrais être demain. La liberté. Après tout il s’agit de ça. Se sentir libre de faire, de croire, de se tromper. Se dire que c’est possible, que l’on peut, si l’on veut, faire cette chose qui nous donne envie depuis longtemps. Rebrousser chemin et emprunter ce chemin tortueux auquel on avait tourné le dos pour s’en aller vers d’autres horizons. Lâcher du lest envers les idées de sécurité, de retraite, de cotisations, de chômage, d’avenir précaire, de responsabilités, d’obligations, de temps qui presse d’être, d’agir, de se lancer

Pour réaliser mes rêves, je n’ai besoin que d’un clavier et d’un bon logiciel de traitement de texte.

Et rien n’est trop tard, après tout, Garance Doré a « commencé » à 26 ans…

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