T’appellerais-je Christophe ou Rémy ?
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Vendredi. 16 h. RER B. Bondé. La presse anonyme des voyageurs m’emporte loin de la porte, au cœur de la foule. Quelques injonctions montent, nous invitant à nous rapprocher encore. Cohabitation forcée. On pousse. On se décale. Le voyage ressemble soudain à une partie de twister. Ecartelée. On se serre sur la dernière parcelle de barre laissée libre à nos mains en mal d’appui. Cinq centimètres et de la stabilité pour trois. Les portes se ferment et je te vois pour la première fois. Je ne sais plus qui de tes yeux, de tes pommettes ou de tes cheveux me saisissent en premier. Un mélange des trois à la fois. Un livre dans ta main. Tordu. La couverture cornée. Repliée. Puis à nouveau ton visage. Je te souris. Aujourd’hui je souris à tous. Mais toi, j’ai encore plus envie de te sourire qu’aux autres. Tu me regardes. Je te fuis. Fausse timidité. Convenance. Appréhension qui colore les joues et glisse un trouble dans les yeux. Lire. Je sens pourtant sur mes lèvres le fantôme de ce sourire. Vivant. Tes yeux posés sur moi. Les portes s’ouvrent à nouveau. Les gens descendent. Toi aussi. Je frémis. Tu remontes. Tu te rapproches. Je te tutoie déjà en pensée alors que je ne te connais pas encore. Une familiarité dans ton visage. Je songe à cette barbe de baroudeur qui barre tes joues. Christophe. Il faut bien mettre un nom sur un souvenir. C’est ainsi donc que je t’appellerai. Je pense à tes baisers. Ils auront la même intensité que les siens. Au moins. Il faut dédaigner le rasoir pour réussir à ce jeu-là. Si je n’imaginais pas ton prénom avant d’être mise dans la confidence, jamais plus je n’aurais la liberté nécessaire à m’y amuser. Influencée. La connaissance barrant la route à l’imagination. Je souris. Je relève la tête. Tu me regardes. Nos yeux se perdent mais tu te rapproches encore. Intimidée. Cette tension parmi la foule. Possible. A qui me fais-tu donc penser ? Un esclandre. Une histoire de proximité. De bigorneau et de rocher. Ton rire. Ma réponse. Gérald de Palmas. Plus jeune. Avant. Ta nuque arquée, tes yeux fermés dans cette expression rieuse prenant ses quartiers sur ton visage. Creusant tes fossettes. Tes lèvres. Mon arrêt. Pas le tien. Je descends. Tu ne me retiens pas. Il ne faut pas tout gâcher. Pas de café. Pas de suite.
Juste le charme suspendu d’un instant.
En funambule.
Crédit Photo : Ce que tu lis
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jan 23, 2013 @ 14:30:12
Tes billets sont touojurs une perle de douceur… chaque fois que je te lis c’est comme être enmitoufflé dans une couette chaude.
Donc voici ce qu’il se passe dans la tête d’une nana dans les transports en commun! Tu fais bien de souligné le terme « fausse timidité » je l’ai déjà remarqué votre regard fuyant même si il y a une attirance!
jan 25, 2013 @ 20:34:19
Ah mais ça ne serait pas drôle si on se dévoilait tout de suite… ;)
Merci pour ton petit mot, il m’a touchée.
Bises
août 15, 2013 @ 15:41:41
C’est encore une vague de douceur qui sort de ce billet et cette sensation d’avoir deja vecu, cette attirance, cet arret qui n’est pas le sien, sortir, se retourner une derniere fois, il ne nous rattrape pas, on part digne et fiere, suspendue a cet instant de flottement qu’on vient de vivre, ce sourire aux levres. Si on doit se revoir, on se reverra. Sinon tant pis, c’etait beau. Il faut prendre ce que la vie a nous offrir sans trop de questions, sans trop d’apprehension et sourire, sourire alors que notre arret n’est pas le meme, sourire a ce jeune homme qui nous redonne un peu de confiance.