Les émotions du dérèglement climatique, histoire d’un second livre chez Flammarion


Les emotions du dereglement climatique Celie Massini

« Selon la commission scientifique UCL-Lancet, le dérèglement climatique sera la plus sévère menace du 21ème siècle sur notre santé. »

Voici la première phrase de ma thèse de médecine. On pourrait dire que l’histoire de ce livre commence ici, en janvier 2019, quand je prends place dans le bureau du Professeur Pelissolo pour lui parler du sujet que j’aimerais explorer pour ma thèse de médecine : les impacts du dérèglement climatique sur notre santé mentale. Mais comme il en va de tous les sujets de recherche, son histoire commence bien avant. 

Comme pour beaucoup de français.es, c’est le film Demain qui marque l’avant/après décisif de ma prise de conscience sur l’état du monde vivant. Il dit le vertige mais aussi et surtout, les fruits que peut récolter l’initiative individuelle, locale et collective de petite échelle. Empouvoirée, je me mets à lire tout ce qui touche à ce sujet, tirant un fil d’une pelote qui n’en finira plus de se dérouler, ouvrant toujours davantage de volets d’un problème tentaculaire. Plusieurs années de lectures plus tard, je tombe sur quelques lignes d’un livre de Pablo Servigne : non content de menacer notre avenir, le dérèglement climatique impacte aussi notre santé mentale au présent. Et plus encore : des chercheu.r.se.s s’intéressent à ces phénomènes d’abord découverts parmi les populations les plus précocément et sévèrement touchées par les modifications de la biosphère. Domaine de recherche en plein essor, encore en friche pour une bonne part et en lien direct avec mon métier de psychiatre, je sais que c’est sur ça que je veux travailler. L’histoire de ce livre commence donc dans le métro, quelques stations avant Créteil sur mon trajet quotidien pour l’hôpital Albert Chenevier. 

À partir de janvier 2019 et sous la direction du Professeur Pelissolo, je me mets à rassembler tout ce que la littérature scientifique et généraliste sait de l’impact du dérèglement climatique sur notre santé et notre bien-être psychique. Ces recherches me demandent un peu plus d’un an de travail* de sorte que je commence la phase de rédaction et de synthèse de l’ensemble de ces données au printemps 2020 alors que nous vivons en France un premier confinement visant à endiguer une pandémie mondiale. Soudain pour nous qui habitons des zones tempérées encore relativement épargnées par les effets directs du dérèglement climatique, voilà que ce que nous ne connaissions que par l’entremise de données papier ou de reportages lointains vient faire basculer du tout au tout nos quotidiens. La déforestation, la destruction des habitats naturels d’espèces sauvages créant une proximité Homme-animal inédite, l’émergence de nouveaux agents infectieux, ce ne sont plus seulement des mots et une incitation à changer de fournisseur de pâte à tartiner  : c’est là et c’est grave, vertigineux. Nous vivons à l’échelle mondiale ce qui n’avait jusqu’alors été expérimenté par les Humain.e.s que sur des territoires délimités. Je fais un burn-out ce printemps-là. 

Novembre 2021 et alors que nous sommes à nouveau confinés depuis quelques jours, je soutiens ma thèse à huis clos. La fête ne ressemblera pas à ce que j’avais imaginé mais il y a du champagne et une médaille de bronze comme un encouragement à publier ce travail, ouvrant par-là même un tout nouveau chapître, celui du livre que vous tiendrez 10 mois plus tard entre vos mains. Un livre écrit à 4 mains avec le Professeur Antoine Pelissolo dans la suite logique de ce travail de thèse mené ensemble. 

Ce livre a donc eu de multiples naissances et déjà de multiples vies avant sa plus décisive : celle qui commence aujourd’hui avec vous. Je me sens comme le parent au seuil de la classe de maternelle à laquelle il confie pour la journée son enfant : « Les émotions du dérèglement climatique » a vécu jusqu’ici en moi et il est temps qu’il s’en aille découvrir le monde. 

Dans ce livre vous découvrirez ce que l’on sait, aujourd’hui, de l’impact du dérèglement climatique sur la santé mentale humaine. Ses effets au quotidien, ceux qui existent que l’on ait conscience ou non des bouleversements en cours, et ceux qui émergent chez nous qui nous inquiétons de l’état du monde. Il est aussi une nouvelle pierre à l’édifice maintenant bien construit qui clame l’urgence d’agir et ce, sans faire peser le poids du changement uniquement sur les épaules des individus seuls. Si le changement ne peut se faire sans nous, il ne peut pas davantage se faire sans les mégas-structures qui font de nos sociétés ce qu’elles sont. Elles doivent prendre leur rôle de facilitateur des changements nécessaires pour que nous puissions à l’échelle individuelle retrouver une plus saine mesure de nos responsabilités et avec elle, un peu plus de sérénité. 

J’espère de tout coeur que ce livre vous intéressera, qu’il éveillera votre curiosité, votre désir d’agir mais aussi qu’il pourra se faire l’écho d’émotions sur lesquelles vous n’avez pas encore pu mettre de mots. J’ai hâte de lire vos réflexions à son sujet…

Vous pouvez commander votre exemplaire (en format papier ou numérique) en cliquant ici

*Les thèses d’exercice de médecine ne bénéficient pas d’un temps universitaire dédié : leur composition se réalise en parallèle de notre travail à temps plein à l’hôpital, d’où des délais parfois longs pour les mener à bien.

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Fragments | Après l’hiver


après l'hiver fragments miss blemish

Je m’en suis aperçue ce matin. Assise à la table du petit-déjeuner juste avant de partir prendre mon train, la peur n’était plus là. Il y avait pourtant ce message envoyé la veille au soir qui n’avait toujours pas reçu de réponse ou encore ces postes auxquels j’avais postulé et dont j’ignorais lequel me choisirait. Les lendemains n’étaient pas plus certains qu’hier mais j’avais le cœur serein ; une mue qui touche à sa fin. Depuis l’été je m’étais lentement délestée. J’ai quitté, terminé, commencé. Plus d’engagements en attente contractés sous une autorité supérieure, ils avaient été honorés et là, ce matin, je réalisais que j’étais libre, enfin. J’étais et j’étais bien. Et parce qu’ici nous étions en paix alors le reste pouvait se décliner dans ses infinies possibilités, j’y survivrai. Je pouvais t’aimer quand bien même je ne te reverrais plus jamais. Je pouvais voyager quand bien même personne ne m’accompagnerait. Je pouvais écrire maintenant que j’étais diplômée. Je pouvais prendre des risques puisque c’est moi désormais qui les assumait. J’avais grandi et ce n’était pas grave. Au contraire c’était même plutôt bien.

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Fragments | L’à venir


l'à venir - fragments - miss blemish

J’essaie d’imaginer ces mots imprimés sur le papier, chacune des étapes depuis l’écriture jusqu’à la lecture – rencontre de deux intimités. J’essaie d’imaginer ce matin où ouvrant ma boîte mail comme chaque matin, geste anodin, je trouverais caché entre les newsletters quelques phrases qui feraient de moi soudain une écrivaine bientôt. Un message qui dirait des mots que je peinerai à croire mais peu importe, ils déclencheraient rire et larmes comme s’ils étaient vrais. J’essaie d’imaginer l’éclosion subtile de ces textes bruts sous le regard attentif de ceux qui les amènent au monde. Une histoire de virgules, d’épure, un peu de grandiloquent gommé pour autant de justesse gagnée. J’essaie d’imaginer l’émotion, le cœur battant, les mains moites tapant des messages trebuchants parce qu’écrits à toute allure et eux me disant, Célie ralentit, on ne comprend pas ce que tu dis. J’essaie d’imaginer mon nom posé sur mes mots posés sur le papier posé sur vos étagères. C’est beau. Le grain est fin sous mes doigts, l’encre anthracite et sur la couverture on distingue un jeu subtil de textures. Peut-être le titre a-t-il changé ? Certains textes ont été ajoutés, d’autres raccourcis ou supprimés. Je fais confiance. J’essaie d’imaginer la première fois que je le tiens entre mes mains, ce livre que je me souhaite à chaque anniversaire au moment de souffler sur les bougies toujours plus nombreuses. L’instant où tellement présent je n’ose pas l’ouvrir de peur de rompre le charme ou que le résultat ne soit pas à la hauteur du rêve exaucé. J’essaie d’imaginer comme il vous rencontre et ainsi accueilli, le césame qu’il devient de ne plus vivre qu’écrivain. J’essaie d’imaginer un prix littéraire parce que c’est doux d’être reconnue par celle.u.x que l’on espère devenir ses pair.e.s et puis aussi parce que ce sont quelques années à vivre ce rêve, offert. J’essaie d’imaginer tout ce qu’il y a de plus fou, souvent le soir devant le miroir, et je trépigne et je danse et je ris, je sautille comme devant la plus incroyable surprise, et à cet instant j’y crois vraiment. À cet instant c’est comme si tout ça était déjà arrivé, comme si j’y étais, là, dans ce restaurant où l’on remet le Goncourt chaque année et si vous pouviez voir comme je suis élégante, vous seriez époustouflés. Oui, à cet instant, je suis. Extatique et pas du tout ancrée, heureuse tout simplement. L’espace d’un instant, tout ça devient ma réalité. 

J’essaie d’imaginer parce que la joie n’est jamais si grande que dans les coulisses. Juste avant. Là, elle a tout l’espace pour s’étendre et connaître tous les destins possibles. Elle cartographie l’à venir. Elle prépare au tourbillon. Nécessaire et contagieuse, elle est ce qui fait qu’on devient. Plus ce que ça : en sa présence on est déjà.

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