Fragments | Négociations


Fragments négociations - textes courts - Miss BlemishParfois la tristesse est si grande. Elle est là, imposante et boursouflée, irréelle, quasi saugrenue. À autant s’étendre, géante de chiffon désarticulée ; soudain, ridicule. 

La raison se cogne aux abysses et à l’obscurité, si dense. 

Voilà où nous en sommes. Un cœur d’humaine que le présent contredit. Tellement sûr du bonheur qui nous attendait qu’il s’accroche à sa promesse. Qu’il bataille avec les faits. Il les déforme et les excuse. Il dit de ça je pourrais m’accommoder et l’impardonnable le pardonner. Ta chaleur, ton odeur, voilà de quoi laver toutes les méchancetés. 

Le cœur, la tête, le corps, tout est plein du ronron de ces négociations. Les écrans tout contre la peau, attendant la vibration qui viendrait clore le silence, laver l’attente et consoler les espérances. Là-haut, ça rêve d’une volte face grande comme un vertige, d’un dénouement qui ferait mentir le passé. Ça rêve d’une réalité qui ne soit pas celle qu’elle est. Ça rêve d’un Toi tel que je l’avais imaginé. 

Là-haut est un caprice qui ne supporte pas de s’être trompé.

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Fragments | Le chalet


Fragments - textes courts - Miss BlemishBientôt la limite de ma résistance à la douleur sera atteinte. Le silence et la distance m’éloigneront de toi pour de bon. Un peu de tristesse collante me poursuivra peut-être encore un temps, le temps de l’oubli des espoirs déçus. 

J’ai le cœur lourd de la chance que tu ne nous auras pas accordée de nous rencontrer. Une poignée de préjugés et voilà que chacun à notre manière nous avons laissé la peur triompher. Je ne suis plus la seule qui reste au chalet lorsque les autres vont skier, tu m’as rejointe sur le canapé.

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Ecrivaine


Ecrivaine - Miss Blemish

J’aimerais vous raconter une histoire de synchronie. Nous sommes en janvier 2019 et ce mois-là, je fais 2 choix apparemment anodins : je m’inscris au groupe d’auto-coaching d’Esther Taillifet dont j’écoute le podcast Se Sentir Bien assidûment depuis son démarrage en septembre 2017 et je choisis mon costume pour une soirée d’anniversaire qui a pour thème « incarner son rêve ». 

Dans le métro ce matin je réfléchis à cette fête à laquelle je suis invitée le mois prochain et dont le thème est « incarner votre plus grand rêve ». À quoi ressemble une écrivaine ? 

Si l’on s’en tient aux clichés, je ressemble déjà beaucoup à l’image romantique que l’on peut s’en faire. Lunettes de la forme adéquate pour l’époque, physique inoffensif, tote-bag en sac à main avec toujours dedans un livre, un carnet, un stylo complété par un style vestimentaire très American vintage like, je coche toutes les cases de la représentation des autrices en herbes dans les séries télé. Fake it until you make it*, message reçu 5/5. 

Sauf que, regardons la vérité en face, on est toujours un peu déçu par l’invité qui clame fièrement en entrant s’être « déguisé en lui-même ». Je ne peux donc pas m’en tenir à ce qui fait illusion au quotidien et m’achète le temps nécessaire à ne plus seulement avoir l’air mais aussi la chanson.

C’est dans le métro ce même matin que me vient l’idée d’écrire un vrai livre, pour la fête, et de rompre ainsi cette trêve de presque deux ans sans écrire de fiction. Et si vous lisez ces lignes, c’est que j’ai mené ce projet à bien.

Et puis, Esther nous propose un exercice : faire comme si nous étions déjà ce que nous voulons devenir. Ce grand projet, ce grand rêve, s’est déjà produit. Comment agit et quelles décisions prend cette personne qui a le quotidien que l’on se souhaite ? Et effectivement, on ne prend pas les mêmes décisions une fois à la tête de l’entreprise qu’on rêvait de créer ou une fois écrivaine à temps plein. 

Et donc, en janvier 2019, je fais comme si. Comme si j’étais écrivaine. Et je commence l’écriture d’un roman avec plus de fluidité que je n’en ai jamais expérimenté. Ce roman n’a pas connu plus que les quelques pages nées en une poignée de jours d’assiduité mais l’état d’esprit a perduré. Ça fait déjà longtemps qu’en coulisses je prépare le terrain. J’écris, je crée ce blog, je lis, j’essaie, mais c’est en catimini, jamais vraiment une priorité, jamais vraiment un destin auquel j’ose croire. Pour moi on devient écrivaine par l’extérieur, comme on adoube un chevalier, on ne peut pas en décider seule. Mais soit, faisons comme si. Et, je le fais. Je vais à cette soirée et je suis une écrivaine.

Et puis, mi-février 2019, une éditrice m’envoie un mail, elle travaille chez Larousse, elle me propose d’écrire l’un de leurs futurs titres. La suite vous la connaissez, elle sera la genèse de Batch cooking mode d’emploi dont je vous raconte l’histoire ici

Me voilà donc autrice. Mais pas encore écrivaine. Non les écrivains écrivent de la fiction – d’où me vient au juste cette catégorisation, je ne le sais pas très bien. Mon livre sort, je le vis étrangement comme un deuil, comme une séparation d’un compagnon avec qui j’ai passé les 9 derniers mois – et quels mois ! Et puis il y a la pandémie. 1 an quasi jour pour jour après le début de cette folle aventure je dois renoncer à l’écriture de mon second livre, pourtant sur un sujet taillé sur mesure, parce que j’ai une thèse à écrire. Décision raisonnable mais pas vraiment la décision qu’aurait prise une écrivaine. Ok. Ok je me consacre à ma thèse mais je m’offre 6 mois de disponibilité ensuite pour écrire. Ça c’est une décision d’écrivaine ! Et puis il ne suffit pas de le fantasmer, faut se mettre devant son clavier et y aller. Je commence le programme The Artist Way de Julia Cameron qui requiert une écriture quotidienne et je m’y tiens. 

A l’automne 2020, une poignée de semaines avant que ne commence ma disponibilité je publie une série de textes. Du courage, les ruptures silencieuses, lignées de femmes. Et là, c’est ma propre mère qui me dit que je devrais en faire quelque chose. 

Je continue à écrire parce que je suis en miettes face à l’échec immense que ça représente d’avoir échoué à construire quelque chose de beau avec quelqu’un qu’on a profondément aimé et que c’est ce que je fais lorsque j’ai du chagrin. Et je ne sais pas, je le fais comme si j’y croyais à la valeur de ces textes, j’y vais comme si j’allais vraiment le proposer, comme s’il allait vraiment être publié. Je le monte, je l’illustre, je l’envoie à mes relectrices et à la maison d’édition à laquelle je pense par l’intermédiaire d’une bonne fée – les belles synchronies d’internet. J’y vais en apnée. Mi janvier 2021. Pire j’en parle. Je partage les étapes alors que là vraiment, rien n’est signé, rien n’est concret, c’est dans ma tête et seulement là ce projet. 

Et puis une fois envoyé, c’est le précipice. « Pour qui tu te prends avec tes textes insignifiants ? » Je ne dors plus. Mais vraiment plus. Alors je vais chez des ami.e.s. Des amis de l’appartement duquel on voit le ciel. Des amis qui montent leur entreprise et prennent des décisions d’adultes, des décisions qui font peur. J’écris pour le site de leur marque. J’écris le roman que j’ai commencé 2 jours avant d’envoyer « Un Chagrin ». Je reste toute la journée devant mon traitement de texte. Pas de distraction, pas de ménage, de lessive, de courses ou je ne sais quelle autre pseudo-urgence qui phagocytent les journées et pèsent lourd sur nos épaules. Je me remets à méditer avant d’aller me coucher parce que là je me fais des noeuds au cerveau, je sombre dans le chagrin de l’histoire que je raconte. Et ça marche, je vais mieux. Je rentre à Paris. 

Et je reprends comme si. Mieux, je décide que si Un Chagrin est publié, je prolongerai de 6 mois ma disponibilité pour terminer mon roman, celui que j’ai pour l’instant appelé « Manger ». 

Voilà des décisions d’écrivaine. J’ai toujours autant l’air mais je travaille fort pour y ajouter la chanson. 

Merci à mes Patreons qui me soutiennent financièrement et me permettent d’être davantage présente au partage de tout ça ici. Si vous aussi vous voulez me soutenir à raison d’1€/mois, ça se passe par là. Et c’est une décision d’écrivaine ça aussi; l’entête de ma page dit « Célie is creating books »

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