Une maison de mai


 

Une maison de mai - Textes courts - Miss Blemish

Crédit Photo : Unsplash

J’aimerais bâtir une maison. Ce foyer qui nous ouvre sa porte comme on lui tend les bras. Je ferme les yeux et je peux presque toucher le crépi blanc cassé. Assagi. Les pointes farouches des façades d’antan contre lesquelles on se râpait les mains et on filait ses bas n’ont plus lieu d’être. Finie la vindicte, bonjour douceur caractérielle. Léger fondu, mince relief, dernière vague d’une vaine résistance. Quelques avancées percent au milieu du toit brun chocolat. Des tuiles plates et alignées, des chambres en mansarde, des volets bleus. Mais pas n’importe quel bleu. C’est vrai après tout, il en existe tant. Mon bleu tire un peu la couverture au gris des jours de pluie. Ni trop clair, ni trop foncé. Plus prononcé que celui du ciel des jours où il fait bon sortir les nappes pour pique-niquer. Moins téméraire toutefois qu’à la tombée de la nuit sur une morne journée d’orage. Un bleu moyen : loin d’Azur, en froid avec Turquoise, boudant Marine, guéri de Cyan. Et pourtant plus que jamais entiché du bois de ces volets bien imparfaits. De ceux qui laissent filtrer, par fins liserés, le soleil d’une matinée d’été. Doux motifs sur les murs d’une chambre ensommeillée. Comptine annonçant gaiement l’heure des croissants et des bisous. Dans le cou. Je vois des rideaux de lin à pois gris, une fenêtre ouverte sur un jardin, des draps froissés et une douce lumière.

J’aimerais bâtir une maison. Une maison de mai.

0 Laisser un commentaire - 0