Une bulle


une bulle - Texte court - écriture - Miss Blemish

La porte se ferme. Clac. Le verrou bloqué. L’eau commence à couler sur l’émail blanc, elle chauffe, lentement, bientôt elle brûle. Couche après couche, les vêtements tombent sur le carrelage gris. Une perle renfermant un trésor d’huiles essentielles se dissout lentement. Une douce odeur de thé se répand dans la pièce. Silence. De la buée commence à coller au miroir. La pièce a senti qu’il fallait se mettre au diapason du voile enrubannant le corps frêle. Frémissements. Tremblements. Un pied, puis l’autre, c’est tout entier soudain qu’il glisse, disparaît. A vif. Brûlé. La tête coule sous la surface. Immergée. En apnée. Une pluie de papiers dans l’eau trouble. Les papiers des papillotes. Les mots de Tolstoï se dissolvent. Collent aux mains qui, délicatement, les repêchent. Filets. Doigts écartés. Paumes vers le ciel bouché par un plafond inopportun. Tristesse. Les mots coulent. Le monde pleure. L’eau tiédit. Les pages défilent. Les pensées se délitent au fil des pages tournées. Il manque la flamme vacillante. Celle d’une bougie sur le rebord de la baignoire. Il n’y a plus d’allumettes. La dernière. Gaspillée. Faible lueur. Faible chaleur. Faible étincelle. Soufflées. La mèche et la cire encore entremêlés. Juste le temps d’y penser. Un courant d’air. Le vent du nord certainement.

L’eau est froide. Le corps reste.

Le téléphone sonne.

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