Tum-ta


Tum-ta - texte court - Miss Blemish

J’ai la plus petite des maisons, juste un creux entre deux bras. Ni trop grand, ni trop petit, un qui m’enveloppe entière, un plaid sur deux épaules non plus frêles mais ajustées. Juste à la bonne taille. Et si l’on y réfléchit bien, ici, il ne manque rien. Le chauffage est centralisé et de jour comme de nuit, un petit troubadour joue du tam-tam. Il me suffit d’y poser mon oreille pour entendre battre, sourde et régulière, parfois quelque peu pressée, cette tendre musique sur laquelle quelques hérétiques ont tant écrit qu’ils en ont oublié de décrire toute la poésie. Tum-ta, tum-ta, tum-ta. Le genre de préoccupations de ceux que l’on moque d’en haut, là où l’on a remplacé la musicalité d’une langue que tout le monde comprend par un charabia de gens importants. On m’avait vendu un bonheur donnant sur Seine, parquets vernis et hauts plafonds, scintillements de la tour Eiffel en arrière plan, ce bonheur qui se transpire et s’achète, durement. Un bonheur à six zéros, badgé de rouge et emballé dans perles et soie. Et voilà que frappe, lentement – tum-ta – la vie à la porte de rêves de carton pour m’offrir une vraie maison. Une qui n’est pas bâtie d’argent et n’a d’autre adresse que la main qu’elle se choisit pour port d’attache. Apatride. Se pourrait-il que le bonheur n’ait d’autre maison que la simplicité de deux bras enroulés autour de soi ? Je laisse à d’autres mes maigres jetons pour ne garder que ça, viens, gardons seulement ça, le reste… peut-être… le reste un jour viendra embellir la vue depuis la fenêtre d’une maison construite à la seule force de soupirs partagés. Si simple, si suffisant. Tout en deux battements seulement.

Tum-ta, tum-ta.

Parfaitement accordés. 

Laisser un commentaire - 1