Rentrer à la maison


Rentrer à la maison - Slow living - Miss Blemish

Rentrer à la maison a toujours un goût particulier, une texture, des odeurs, de l’impalpable en pagaille, des bouts de riens qui pourtant mis bout à bout ont tout de signifiant. C’est cette marche de l’escalier qui craque, le moelleux du canapé qui demande quelques minutes pour ajuster au mieux sa position, l’odeur des couvertures, de l’air et des coussins, le bruit de la télé en fond qui dans cette maison n’a rien d’agaçant, c’est un chuchotis qui accompagne et trompe la solitude. C’est la petite lumière allumée une fois la table désertée, celle qui annonce les dernières heures de la journée arrivées, c’est le bruit des aiguilles à tricoter, du verrou de la porte de la salle de bain, des pas sur le parquet, des « à table » de bas en haut, des « j’arrive » de haut en bas. C’est la lumière qui clignote par intermittence au dessus du plan de travail, les lanternes qui bringueballent au rythme du vent, dehors et la tisane aux épices et au gingembre. C’est savoir exactement quelle est la serviette la plus moelleuse et qu’il y a toujours des brosses à dents neuves dans le placard sous le lavabo. C’est le miroir de la salle de bain dans lequel on se voit un peu trop bien, l’odeur du pain grillé le matin et le réveil éteint, remplacé par l’ouverture automatique – huit heures – des volets sur le jardin. C’est l’odeur de l’air en hiver, une odeur de bois fumé-mouillé contrastant avec l’air très sec qui vient faire fumer les bouches et les mains se frotter. Ce sont mes affaires qui retrouvent leur place dans la chambre abandonnée, manteau et sac sur le siège du bureau, clés posées sur la commode, valise éventrée sur le parquet. Et à chaque fois ce dilemme qui veut que cela ne vaille pas la peine de la défaire pour en re-remplir les étagères mais ce besoin pourtant de le faire pour se sentir « rentré » vraiment. 

Rentrer à la maison, c’est sentir combien l’équilibre des liens qui nous unit à ceux qui nous sont proches, famille et amis, est solide, fragile, simple et compliqué à la fois. Comme parfois un rien devient une montagne et comme parfois une montagne est franchie en un rien. C’est l’impuissance parfois de ne pas savoir ou s’autoriser à  exprimer suffisamment bien ce qu’il y a au fond de soi. C’est un doux-amer qui rappelle les kilomètres qui séparent et donne aux moments partagés une urgence, celle d’en profiter, celle de se rappeler qu’ils sont comptés mais aussi qu’il n’y a qu’un train, un avion ou quelques heures de voiture pour en recréer demain. Rentrer à la maison c’est faire grandir à chaque fois en soi le projet de rétrécir les distances demain mais aussi de faire ses propres choix. D’aimer sans s’oublier ni se renier et la possibilité aussi de choisir ses batailles, même autour de la table familiale. C’est se rapprocher et s’éloigner tout à la fois. C’est accepter de parfois poser sur les gens que l’on croyait connaître, un regard différent. Et que parfois « les gens » ce soit soi.

Rentrer à la maison - Slow living - Miss Blemish
Rentrer à la maison c’est un peu tout ça et c’est drôlement bon.
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