Quand vient la fin


Quand vient la fin - Textes courts - Miss Blemish

Crédit Photo : Unsplash

J’ai retrouvé cette photo sur laquelle derrière ce pâle sourire je me découvre si triste. Et cela semble si loin, presque une personne différente dont j’aurais subtilisé les souvenirs. Et pourtant, je me souviens si bien. Ma copie qui se ferme sur des lignes griffonnées en hâte, non relues, bâclées et bientôt dans les mains d’un surveillant trente minutes avant la fin. Le petit lit sur lequel elle s’assoit, la musique qu’elle allume et son corps qui glisse. Ses fesses qui heurtent soudain le plancher puis elle toute entière qui s’écroule. Ce corps qui tressaute longtemps, la porte close, dans la lumière pâle de cet appartement désert. Seule. Corps marinant dans l’eau tiédasse d’un bain accompagné des chagrins de personnages de papier tout aussi désemparés devant leur propre et soudaine solitude. Portable silencieux et mots se dissolvant lentement dans le silence des clapotis plats de son menton gouttant. Tee-shirt blanc s’enfile sur cœur meurtri, chandail gris là où ses bras ont un jour suffi à tiédir la fraîcheur du soir. Corps qui court comme on s’échappe, sourire sur les routes enneigées aujourd’hui ensoleillées. Rues pavées de leurs souvenirs fanés qu’elle évite autant qu’elle les cherche. Instants excavés sur parking désert.

Et pourtant un matin, c’est terminé. Un peu mystérieusement, inexplicablement, l’aboutissement soudain d’un long chemin parcouru à petits pas sur lequel on ne savait pas même qu’on avait marché tous ces mois. Il n’y a plus ni larmes ni tristesse, même le manque de lui a déserté. Le passé récupère son dû, les souvenirs ne sont plus que cela, des souvenirs. Une date, un lieu, un évènement dans une chronologie dont les détails s’effacent peu à peu. Passage de la vie à l’histoire, des sentiments à la mémoire. Et soudain dire « Je te pardonne », tout bas, rien que pour soi, avant de conclure d’un « C’est terminé ». Ouvrir la porte à la fin, la vraie, pas de celle qu’on nous impose. Non, celle que l’on est prêt à recevoir. La fin qui frappe à la porte et s’essuie les pieds avant d’entrer. Celle que l’on prend dans ses bras et que l’on laisse repartir avec tout ce chagrin aujourd’hui étranger dans ses valises. Parce que tout est terminé. 

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