Penser le monde, épisode 2 | Comment la philosophie peut nous sauver de Fabrice Midal


Penser le monde podcast | Sociologie et société - Miss BlemishUn nouvel article pour un nouvel épisode de Penser le Monde ! Dans ce nouvel épisode je vous parle de Comment la philosophie peut nous sauver écrit par Fabrice Midal, publié en 2015 et découvert grâce à la newsletter d’Anne-Solange Tardy « Pochette Surprise » (à laquelle je vous conseille de vous abonner, elle est très chouette). Je vous laisse avec l’épisode, j’espère qu’il vous plaira !

Les citations de l’épisode

« Il existe un malentendu chez tous les êtres humains : la tendance à être occupé par des choses diverses au point d’oublier l’essentiel. Pris par diverses obligations, par des devoirs qui se superposent à d’autre devoirs, rongés par l’habitude, nous sommes étreints par une sorte de routine, sans même nous en rendre compte. Du coup, sans que nous comprenions vraiment pourquoi, nous ne sommes pas heureux. L’ampleur de notre existence nous fait défaut. Nous sommes à l’étroit, dans un vêtement trop ajusté. Nous sommes à côté de nous-même. »

« Comment retrouver le sens d’une action éthique ? Il faut commencer nous dit la philosophie par retrouver le sens d’une action désintéressée. Faites quelque chose pour aucun calcul. Prenez le temps, chaque jour, de penser à faire un geste gratuit pour que l’humanité soit préservée. La formulation semble un peu emphatique mais elle a beaucoup de sens. Faire cet effort nous confronte à la tendance de vouloir être uniquement efficace. C’est souvent sans méchanceté que nous oublions cette dimension éthique, pris par ce que je nomme la « dictature de l’utilité » et l’obsession de tout gérer. Or si la gestion n’est pas sans efficacité, le prix de cette efficacité est de priver notre action de toute humanité. Quand un sportif se dope, quand un médecin considère un symptôme et non plus un être humain, quand un directeur des ressources humaines traite les dossiers de ses effectifs comme un stock, ils aliènent l’humanité. »

« Mais, et j’espère que ce sera le coup de grâce contre cette fausse conception de la philosophie, Platon comme Aristote affirment que la philosophie naît d’un pathos particulier qui la détermine d’un bout à l’autre, à savoir l’étonnement. On n’est pas philosophe parce qu’on fait des calculs rigoureux et indiscutables, mais parce que l’on est frappé de surprise et d’émerveillement par quelque chose. Pour nous c’est tout à fait contradictoire. Soit nous sommes dans le pathos, soit nous sommes dans la raison, il faut choisir ! N’est-ce pas l’évidence même ? Eh bien pas pour Platon ni pour Aristote qui n’ont pas encore déchiré l’être humain entre sa pensée d’un côté et son sentiment de l’autre. Pour eux le pathos n’est pas entièrement compréhensible à partir de ce que nous nommons de façon étroite le sentiment – il désigne la manière dont nous sommes posés, à un moment donné, dans l’existence. Il ne répond pas à nos distinctions communes entre émotion et pensée, corps et esprit, raison et irrationnel. Le pathos est la mise en mouvement de notre être tout entier. Et en ce sens il peut être source d’une profonde pensée et de l’exigence la plus raisonnable qui soit »

« Autrement dit, cette intelligence de la situation repose sur le savoir que, pour tout être humain, il n’y aura jamais de certitudes ou de manuels de comportement. Notre fascination pour les résultats de la science nous conduit à déconsidérer cette connaissance si profondément humaine sous prétexte qu’elle n’est pas déterminable mathématiquement ni sujette à prédictions. Fascinant paradoxe : nous comprenons habituellement l’éthique comme ce qui, reposant sur une réflexion rationnelle, pourrait nous donner une assurance indiscutable. Or c’est exactement le contraire : l’éthique nous engage à nous relier le mieux possible avec intelligence à une situation par définition unique. Et les grands actes de résistance, par exemple contre le Nazisme par ceux qu’on appelle désormais les justes, n’ont pas été des actions longuement réfléchies à l’aide de calculs rationnels. Ils ont été une réponse à un appel irrépressible : « je ne pouvais pas faire autrement » qui s’accordait à la vérité de la violence du temps. Nous croyons que la morale consiste à suivre une loi extérieure nous disant si telle action ou telle autre est juste : elle est, affirme Aristote, la découverte de la loi qui nous est propre. L’éthique ne nous est pas une loi externe elle est ce qui nous accorde, nous et nous seul, à ce moment précis, au monde. Tel est ce que l’on désigne en vérité par sagesse : le fait d’être juste dans les situations les plus concrètes de la vie quotidienne. »

« Nous devons surmonter cette crispation sur des idées auxquelles on s’identifie aveuglément et reconnaître la relativité de nos jugements. Il existe d’autres perspectives que les nôtres. Le reconnaître n’est certes pas facile mais c’est une exigence éthique primordiale. Nous devons assumer la limite de notre propre pensée. Voilà bien ce qui est le plus souvent insoutenable. Nous préférons tout perdre et tout détruire plutôt que de devoir abandonner l’idée que nous nous faisons de nous-même. Nous croyons, sans vraiment nous en rendre compte, qu’en ne défendant pas notre point de vue jusqu’au bout nous allons perdre notre identité. Or justement comme le souligne Montaigne, la tolérance est un héroïsme qui implique de reconnaître l’absence d’identité fixe de quoi que ce soit et au premier chef de notre existence. Tout est ouvert, changeant et en relation. »

« Reconnaître l’autre ne consiste nullement à le respecter dans sa différence selon une formule convenue et à la mode, mais à accepter que nous n’ayons pas un point de vue indiscutable sur quoi que ce soit. Je crois même que là est l’épreuve philosophique dans toute sa grandeur. Il n’est pas légitime de penser ce qui nous est inconnu à partir de ce que nous savons déjà. Mon cas particulier ne peut pas tout expliquer, tout justifier, me permettre de tout comprendre. « Je n’ai point commis cette erreur commune de juger d’un autre selon ce que je suis » nous dit Montaigne. Il faut accepter d’entrer dans l’inconnu qu’est la perspective de l’autre, en mesurant que notre compréhension en est probablement limitée. La vérité ne se possède pas, elle s’éprouve, chaque fois à neuf, de manière restreinte et nécessaire limitée. »

« Comment sortir de cette impasse ? Comment accepter la limite propre à toute connaissance ? Cette exigence, souvent comprise comme un relativisme, apparaît comme une invitation à accepter une certaine irrésolution. Or elle est, au contraire, un héroïsme. » « Le souci de soi a fait découvrir à Montaigne le fond véritable de la tolérance : non pas accepter toutes les idées qui existent, mais, en entrant réellement en amitié avec soi, n’avoir plus besoin d’avoir toujours raison et laisser ainsi place pour autre chose que soi. Sur cette base, il devient légitime de défendre ses idées et de s’opposer à celles qui semblent injustes. »

« Nous retrouvons ici cette découverte dont j’ai à plusieurs reprises témoigné : la philosophie ne consiste pas à apprendre des choses, à emmagasiner des connaissances, à apprendre une leçon puis une autre mais à être pris d’un désir qui vous fait regarder autrement tout ce qui est. Vous étiez tranquille et d’un seul coup tout vacille ! Vous brûlez d’un désir intense de mieux voir.»

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J’espère de tout coeur que cet épisode vous a plu, n’hésitez pas à me dire en commentaire ce que vous en avez pensé et si vous voyez des choses qui pourraient être améliorées, je suis preneuse de tous vos conseils !

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Penser le Monde, un podcast


Penser le monde podcast | Sociologie et société - Miss Blemish

La semaine dernière, je me suis lancée à pieds joints dans une nouvelle aventure, loin de ma zone de confort et pleine d’inconnues. J’avais envie depuis longtemps de pouvoir partager avec vous les livres qui font passer mes trajets de métro quotidiens à une vitesse folle, leur rendent un peu d’intérêt et de sens mais surtout ouvrent mes écoutilles sur d’autres possibles à penser. Seulement j’avais envie de partager ça avec vous comme je le partage avec mes proches à qui je prête et offre des livres en leur promettant que si, si, ils devraient trouver leur bonheur dans la lecture de ces quelques pages. J’avais envie de rendre accessible la lecture à qui n’aime pas particulièrement ça, n’en a pas l’envie ou le temps. C’est ainsi que loin des articles que j’ai pu écrire ici à ce sujet, le format audio s’est imposé et Penser le Monde est né : un podcast dédié aux livres qui interrogent la société.

La semaine dernière j’ai donc appris comment monter une vidéo-audio avec un logiciel de montage et une photo, un truc tout simple et pourtant tout inconnu aussi, j’ai uploadé mes deux premières vidéos sur ma chaîne Youtube et c’était fait, ma voix appartenait désormais aux méandres d’internet.

Pour chaque épisode de Penser le Monde, j’écrirai un bref article pour partager ici aussi les épisodes et surtout vous donner les références et les retranscriptions des citations utilisées dans l’épisode. Pour l’instant, j’imagine un rythme de publication d’un épisode tous les 15 jours avec une première saison de 10 épisodes. Tout ça est très arbitraire, il fallait choisir un rythme alors allons pour celui-là, on verra bien si c’est le bon ! Je ne suis pas encore fixée sur le jour de sortie des épisodes, je pensais au samedi, jour de désert de contenu sur les internets, dites moi en commentaires si vous validez cette idée. 

Je vous laisse avec la vidéo d’introduction du projet (j’ai un sourire grand comme ça d’avoir réussi à l’intégrer à cette article) et vous dit à très vite dans l’article dédié au 1er épisode ! J’espère de tout coeur que ce projet vous plaira et que vous y trouverez de chouettes idées de lectures pour vous comme pour vos proches. J’ai hâte de partager tous ces livres que j’ai tant aimé avec vous ! 

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Ma mini bucket-list 2019


Confusément, je savais que je ne ferais pas de long bilan 2018 ici. S’il me faut toujours quelques semaines pour mettre en mots les mois passés, cette fois-ci la tâche est plus ardue encore. 2018 a été une année de croissance et n’a souvent pas été simple à traverser. En rentrant à pieds joints dans la vie active, je me suis retrouvée submergée, intimidée comme jamais encore auparavant par la montagne à gravir, tremblante et pleine de doutes. Il a fallu la force de bien des mains tendues pour me sortir des labyrinthes de questions sans réponses dans lesquels je m’étais perdue. Et peu à peu, j’ai pu retrouver mon chemin sans tout arrêter, sans rien abandonner mais sans me trahir non plus. L’apprentissage du juste milieu, de mes limites respectées et d’un équilibre mieux géré sera sûrement long encore mais ça va mieux et c’est déjà inespéré. 

En 2018 j’ai retrouvé le plaisir de la lecture et au fil des essais dévorés, vu mes perspectives s’ouvrir sur milles possibles à penser. J’ai continué à cheminer dans les combats qui me sont chers, du féminisme à l’écologie en passant par l’antispécisme. Je suis ainsi devenue officiellement végétarienne, ce pas que j’avais tant de mal à franchir tant je redoutais d’imposer cette conviction à d’autres qui n’avaient rien demandé. D’avoir fait ce changement si progressivement, j’ai finalement découvert qu’il était possible que cette question ne soit pas source de jugement ni d’exclusion ni de conversations qui dégénèrent mais au contraire d’échange et de bienveillance.

En 2019 j’ai donc envie de continuer à lire-lire-lire, à visionner milles et uns cours en ligne pour découvrir les domaines que je n’ai pas eu la chance d’explorer durant mes études, de me former à l’instruction du protocole MBCT (protocole sur 8 semaines consacré à la méditation de pleine conscience) et surtout, de continuer à écrire. Car mi février s’est passé quelque chose d’incroyable, une maison d’édition m’a contactée pour un projet de livre.

Si je ne serais pas l’autrice de ce dernier – certains aspects du projet étant incompatibles avec des valeurs qui me sont chères – ce mail a créé une brèche, une étincelle murmurant que ce rêve que je croyais si lointain et inaccessible pourrait peut-être un jour devenir bien réel. J’ai donc continué à écrire et le week-end dernier, proposé un projet dont je pourrais embrasser chaque parti pris à une maison d’édition dont j’admire le travail et les engagements. Si cette fois ne sera peut-être pas la bonne, porter ce projet même rien que pour moi me remplit de joie (je partagerai le PDF avec vous s’il ne trouve pas preneur pour une version papier).

En 2019 j’ai donc envie… :
* De découvrir Stockholm, voyage que je n’ai pas pu faire en 2018
* D’écrire ce livre qui me tient tant à cœur
* De renouer avec l’écriture de fiction
* De me frotter au dessin de motifs végétaux car faire des choses de mes mains me manque et je n’ai plus aucun projet meuble-à-retaper dans les cartons
* De respecter mes limites et prendre soin de moi
* De faire la partie 2 de la formation à l’instruction du protocole MBCT
* De trouver le master 2 de mes rêves

Et vous, qu’avez-vous choisi pour votre bucket list 2019 ? 

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