Un parfum d’hiver


Un parfum d'hiver - Texte court - écriture - Miss Blemish

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J’avais oublié la neige. La beauté signant l’ hiver qui vous frappe en plein cœur. L’arrivée nocturne avait soustrait à nos regards d’enfants le spectacle du monde mis sous silence. Caché. Nous roulions trop vite dans l’univers qui tournait soudain au ralenti. Grisés. L’agitation fébrile des retrouvailles masquait presque le froid. Presque. Je disparaissais dans l’ancienne habitude. Fondu de deux réalités. Passé, présent, indistincts. Tableau familier, regard nouveau. Pause. Je m’interroge. Tableau nouveau, regard familier ? Non. Le changement, contagieux, nous avait tous atteints. Epidémie bousculant l’ennui. Nul vaccin contre le vertige du monde qui tourne. Je me sentais chez moi là où je rentrais chez vous. Bouleversante confusion. A se sentir si bien entre ces murs j’en oubliais presque que ma vie était là-bas. Mais il y avait la neige. Tout près, dehors. Au royaume de ce que nous ne regardions pas. Trop à voir déjà que cet ici retrouvé, l’habitacle et le bitume suffisaient. Hier soir c’était vrai. Mais ce matin ? Moment où l’abandon fait place à la langueur, le corps encore engourdi de sommeil. De la lumière filtre, vient toquer jusqu’à la porte entrouverte de cette chambre. Accueillante aujourd’hui, elle m’abandonnera aux abysses de l’oubli demain. Rien ne transparaît cependant dans la lumière pâle du spectacle qu’offre l’aube à l’heure où elle n’est plus qu’un souvenir. Réminiscence. Le matin apporte un triomphe facile sur une pénombre factice. Chassée à coup de volets claquant contre la façade. Il paraît qu’il n’est pas de petites victoires. Je saisis celle-ci. Et là le froid. La neige. Quelques traces de pattes.

Un chat certainement. 

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Une bulle


une bulle - Texte court - écriture - Miss Blemish

La porte se ferme. Clac. Le verrou bloqué. L’eau commence à couler sur l’émail blanc, elle chauffe, lentement, bientôt elle brûle. Couche après couche, les vêtements tombent sur le carrelage gris. Une perle renfermant un trésor d’huiles essentielles se dissout lentement. Une douce odeur de thé se répand dans la pièce. Silence. De la buée commence à coller au miroir. La pièce a senti qu’il fallait se mettre au diapason du voile enrubannant le corps frêle. Frémissements. Tremblements. Un pied, puis l’autre, c’est tout entier soudain qu’il glisse, disparaît. A vif. Brûlé. La tête coule sous la surface. Immergée. En apnée. Une pluie de papiers dans l’eau trouble. Les papiers des papillotes. Les mots de Tolstoï se dissolvent. Collent aux mains qui, délicatement, les repêchent. Filets. Doigts écartés. Paumes vers le ciel bouché par un plafond inopportun. Tristesse. Les mots coulent. Le monde pleure. L’eau tiédit. Les pages défilent. Les pensées se délitent au fil des pages tournées. Il manque la flamme vacillante. Celle d’une bougie sur le rebord de la baignoire. Il n’y a plus d’allumettes. La dernière. Gaspillée. Faible lueur. Faible chaleur. Faible étincelle. Soufflées. La mèche et la cire encore entremêlés. Juste le temps d’y penser. Un courant d’air. Le vent du nord certainement.

L’eau est froide. Le corps reste.

Le téléphone sonne.

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Les sourires de la semaine #8


Les sourires de la semaine - Miss Blemish

Crédit Photo : Unsplash

J’ai du ouvrir grand les yeux depuis le 4 janvier. Très grands. Pour arriver à glaner des sourires là où souvent je n’avais qu’une envie : dormir et me renfermer dans ma petite bulle de tristesse. Et vous savez quoi ? Les chagrins n’ont pas réussi à tuer les sourires qui continuent à fleurir envers et contre tout. Cela me demande juste un peu plus d’attention et d’efforts pour les cueillir pour l’instant. Cet article, je ne pensais pas pouvoir l’écrire. Et pourtant, le voici. Je vois donc cette liste comme la plus belle des preuves que la vie continue, toujours, envers et contre tout.

La douche, brûlante, sous laquelle on glisse après un jogging pour trop matinal sous la pluie.

L’odeur des bougies « neutres » d’IKEA, les toutes petites, celles prises au piège dans un réceptacle argenté et qui, supposément, ne sentent rien justement. Que nenni ! Elles laissent quand même flotter une légère odeur, plus que les simples effluves naissant de la cire qui fond. Un parfum de propre peut-être, ou de fleurs blanches, en toute discrétion.

Les petits déjeuners de roi de début janvier : du chocolat chaud et de la couronne des rois au sucre et au safran. Une recette copiée du temps où mon arrière-grand-mère paternelle vivait encore pour une tradition que chaque année ma maman ressuscite à la seule magie de ses mains pétrissant la pâte. Voir le sucre et l’histoire se mêler pour enjôler plus sûrement les dernières papilles récalcitrantes.

Mildred Pierce, cette série magnifique avec Kate Winslet en actrice principale. Et moi, j’aime Kate Winslet. Voilà c’est dit. Non, je ne me suis jamais remise de Titanic. Mais je vais bien, merci.

Cet homme sur le trottoir, attendant que le feu piéton passe au vert, dansant tout en souplesse au rythme endiablé de la musique débitée par son casque hi-tech. Sourire à tant de spontanéité et profiter un peu, par procuration, de l’entrain avec lequel il terminait sa journée.

Un grand chagrin qui aide au « régime ». Comme la preuve qu’il y a toujours quelque chose à tirer de tout ce qui peut nous arriver, de bon comme de mauvais.

Assister en spectateur extérieur aux échanges pleins de la complicité qu’engendre l’habitude entre le chauffeur du bus Genève-Thonon et les travailleurs frontaliers. Me laisser contaminer par leur joie au seuil du week-end.

Tes yeux émerveillés et l’excitation d’un enfant au moment où tu écoutais pour la première fois au stéthoscope mon cœur qui battait.

Un fou rire inapproprié là où les larmes auraient normalement du couler. Dans le train. Sentir soudain les regards tantôt étonnés, tantôt désapprobateurs se poser sur moi. Me mordre les lèvres pour tenter de le contenir. Ne réussir qu’à le faire empirer encore. Peut-être qu’au-delà d’une certaine limite, on ne peut plus qu’en rire. Et c’est tant mieux.

Un livre, La vie d’une autre de Frédérique Deghelt, qui m’a tenu en haleine toute la semaine durant, au point de me faire languir de mes trajets en métro. La chronique arrive et autant vous prévenir : c’est un coup de cœur !

Voir mes bonnes résolutions survivre à la première semaine de mise à l’épreuve. Savourer cette petite victoire en espérant que beaucoup d’autres viendront s’y ajouter. Croiser les doigts et se dire que cette année, c’est la bonne. Mais pas trop fort, de peur que ça ne porte malheur…

Les citations des papillotes… Celle-ci en particulier de Tolstoï « Tout raisonnement sur l’amour le détruit », ou celle-là de Shakespeare « L’espérance d’une joie est presque égale à la joie ». M’étonner une nouvelle fois du pouvoir des mots sur mon sourire.

Offrir des papillotes à tout le monde pour en lire de nouvelles. Et m’émerveiller encore devant la clairvoyance de ceux qui ne sont plus mais dont les écrits eux, sont restés.

Ecrire une vraie lettre. Allez la porter directement dans la boîte aux lettres de son destinataire. Trembler un peu, mais la laisser glisser quand même.

Etre reine chaque fois qu’il y a une fève à trouver dans une galette. Tout le monde trouve ça louche, même moi. Pourtant, parole d’honneur, je n’ai rien fait pour « forcer le destin », croix de bois, croix de fer, si je mens je vais en enfer.

M’acoquiner avec la routine, la surprendre à son propre jeu, la retrouver presqu’avec émotion.

L’odeur du linge propre qui embaume partout dans l’appartement lorsque le linge sèche sur l’étendage.

Danser jusqu’à perdre haleine. Sauter. Se déhancher. Mon iPhone préhistorique pour tout micro.

Une femme dans le métro qui s’est levée pour m’aider à me dégager des sièges, moi et mes sacs de voyageuse du week-end. C’était la première fois que ça m’arrivait et ce « petit rien » de gentillesse gratuite m’a émue. Mieux, elle s’est levée et m’a souri, donnant pour toute réponse à mes remerciements empressés par la sonnerie annonçant la fermeture imminente des portes un « mais de rien » sans voir ce que son geste avait de peu commun dans la jungle parisienne.

Le restaurant du vendredi soir. Des pizzas autour desquelles rattraper toute cette semaine passée séparés.

Partir avec deux livres. Revenir avec 7.

Le lac léman, les montagnes suisses sur la berge opposée et le soleil donnant à la neige garnissant leur sommet la douce teinte rosée de l’aube d’un matin d’hiver. Profiter du spectacle en silence, quasi religieusement. Vouloir taper sur l’épaule de tous les passants pour les inviter à s’arrêter un instant et admirer avec moi.

Un appel. Ma grand-mère. Pour me demander si « tout allait bien ». Et me demander encore par quel sortilège elle arrive à toujours sentir le bon moment pour appeler.

Ma meilleure amie qui reblogue à nouveau. Enfin. Une amie en or toujours présente à mes côtés, pour manger des gaufres au nutella comme pour me tendre les kleenex nécessaires à étancher les gros chagrins. Mais surtout, une fille qui écrit divinement bien.

 

Et vous, cueillez-vous les sourires autour de vous ?

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