Nos sourires en résistance à l’Horreur


nos sourires en résistance à l'horreur - Paris 13 novembre - Paris is about life - Espoir - Amour - France - Unité - Miss Blemish

Ouvrir les fenêtres sur ma rue silencieuse, laisser l’air frais traverser les murs et s’arrêter sur mon visage enfermé trop longtemps, lever les yeux vers le ciel rose-gris-bleu, sentir l’appartement doucement se remplir de l’odeur chaude des gaufres cuisant lentement et décréter cette version-ci – au citron – ma préférée. Regarder le thé colorer l’eau chaude, m’asseoir pour méditer, aimer, porter de l’écru, du blanc cassé, m’étirer, joindre mes mains sur ma poitrine pour prendre quelques poses de yoga et retrouver l’équilibre qui vacille sitôt mes yeux fermés. Enlacer l’amoureux et chuchoter des Je t’aime qui disent à quel point c’est bon, à quel point je suis reconnaissante de pouvoir être là maintenant dans tes bras, ensemble et en vie. Remplir d’eau fraîche le vase des roses offertes vendredi à l’heure de se retrouver après plusieurs jours séparés, sentir – combien de fois – les larmes monter devant la démonstration de ce que l’Homme a de plus beau après ce qu’il a de plus laid. Ramasser des feuilles dans la courte allée de l’immeuble sur les branches lourdes, les glisser entre les pages sous les encyclopédies pour bientôt les retrouver séchées. Se retrouver entre amis, ouvrir du vin, laisser la musique combler nos silences désemparés.

Aujourd’hui où les sourires peinent à se frayer leur chemin entre les larmes, je les ai remis tout au centre, je leur ai laissé, non sans difficulté, la place d’exister. La douceur en rempart, en résistance, en acte posé consciemment face à l’horreur, face à la peur. La peur a été le mandat de tous les oppresseurs que nos civilisations humaines, de tous temps, aient connus. Et lorsque l’on regarde l’Histoire depuis nos positions, on se demande souvent « Comment ? », comment une si infime poignée de gens a pu faire pour victimes des milliers d’autres, opprimés. C’est ce que fait la peur : elle sclérose, divise et oppose, elle arrache aux mains des victimes la faculté de s’unir, de se rassembler, de se soulever en des heures où il est impossible de fédérer à large échelle sans outil pour communiquer. Cependant aujourd’hui, Internet nous a affranchi des frontières géographiques et nous permet à tous de ne plus vivre nos drames isolés mais tous ensemble rassemblés. Internet a permis à la solidarité de s’organiser aux heures les plus sombres pour sauver et secourir le plus grand nombre. Internet nous a permis de nous sentir moins seuls, de nous sentir unis, soutenus, aidés et aimés, par-delà les frontières. Et unis, la Peur n’a plus d’emprise. Aujourd’hui où hier cet ici me semblait si loin, je le retrouve plus que jamais empli de sens et d’importance puisqu’il représente toutes les petites choses qui font sourire la vie. Tout ce qui vendredi a été frappé d’horreur : Rire, se retrouver, partager, cuisiner, créer, rêver, espérer, aimer.

Aujourd’hui où à l’extérieur la paix est ébranlée, la cultiver en nous et entre nous ne m’a jamais semblé avoir plus de sens et d’importance. L’heure est à apprendre pour de bon la tolérance, à comprendre l’autre au-delà de ses infimes différences, à ne pas juger celui qui à besoin de se taire lorsque l’on a besoin de parler, à respecter la manière dont chacun vit, tremble, aime, prie et espère. À lâcher prise avec nos certitudes et laisser à chacun la place d’être ce qu’il est, tel qu’il est. Ceux qui râlent, ceux qui bousculent, ceux qui rient, ceux qui pleurent, ceux qui se taisent, ceux qui s’enferment, ceux qui ont peur, ceux qui espèrent, ceux qui essaient de faire « comme si » et ceux qui n’y arrivent pas. Il est l’heure de relâcher poings et mâchoires et d’ouvrir nos bras. D’aimer plus loin et plus fort que soi, de comprendre que nous ne gérons pas tous nos défis, nos peines et nos joies pareillement et que pourtant, à l’arrivée, l’humanité est unité.

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