Les trois lumières


« Sous l’odeur de pâtisserie, un désinfectant, un produit javellisé pointe. Elle retire du four une tarte à la rhubarbe qu’elle pose sur le plan de travail pour la laisser tiédir : du sirop bouillonnant prêt à déborder, de fines feuilles de pâte sculptées dans la croûte. Un courant frais souffle par la porte mais ici tout est chaud, tranquille et propre. De grandes marguerites sont immobiles comme le grand verre d’eau dans lequel elles se dressent. Il n’y a de traces d’enfant nulle part. »
 
La jeune fille se voit débarquée, après l’office du dimanche, dans cette ferme tenue par un couple qu’elle ne connaît pas. Son père est pressé, désinvolte, sa mère enceinte, de nombreux frères et sœurs sont encore à la maison. Ainsi passera-t-elle l’été ici. Comme cette jeune fille, le lecteur ignore tout des raisons de sa venue, des liens exacts qui unissent sa famille à celle de ces fermiers, les Kinsella, tous prêts à l’accueillir. Dans cette ferme, elle va découvrir une nouvelle manière de concevoir la vie sous les regards bienveillants de ces parents de substitution qui ne la considèrent pas vraiment comme une enfant.
 
Avec un style épuré collant à la jeunesse de la narratrice, un vocabulaire simple voire dépouillé, lavé de tout détour ou travestissement, le récit de cette jeune fille irlandaise se décline entre les lignes de sa description d’un monde changeant qu’elle ne comprend pas toujours. Laissant au lecteur le soin de déchiffrer incohérences, malaises, sous-entendus, l’auteur parvient à faire transparaître une émotion pure, celle qui se passe de mot, celle qui ne transparaît que dans un geste, un regard, une attitude, celle que nous expérimentons au quotidien.
 
La lecture est facile, les chapitres courts, on se complaît à relire des passages qui d’une simplicité déconcertante, arrivent mieux à cerner et faire poindre l’essence de l’instant que les plus longs discours. Touchés par cette naïveté, la pureté de cette plume qui se veut légère, les pages glissent et comme pour chaque nouvelle, nous laissent perplexes lorsque vient la fin. Mais peut-on seulement parler d’une fin ?
 
Ce livre est une petite merveille.
Les trois lumières Claire Keegan - Lecture -  Culture - Miss Blemish
Les trois lumières
Claire KEEGAN
Editions Sabine Wespieser
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