Les sourires (presque) de la semaine #39


les sourires de la semaine - Miss Blemish

Il pleut. L’eau cogne d’un goutte à goutte asynchrone contre le carreau de la vitre et la rambarde de fer noire. Par la fenêtre qu’aucun volet ne protège encore, entrent les dernière bribes d’une lumière rendue grise par l’épaisse chape de nuages qui couvre la capitale de son fin manteau. Les bruits de la rue nous parviennent assourdis, quelques enfants crient quelque part au loin. À côté de moi il dort et somnole tour à tour, nos corps fatigués sous les draps blancs d’une ballade sur les chemins de graviers et de terre du château de Versailles. Je me réveille et allume l’halogène pour conjurer tout ce gris qui s’est immiscé avec le mauvais temps dans la chambre. Parfois il se tourne et vient se blottir contre moi, pose un baiser sur mon bras et se rendort, son visage enfoui dans le creux de mon coude. Je reprends mon livre là où je l’avais laissé avant ma courte sieste. Les premières gouttes de pluie sont venues à bout de nos projets pour la soirée. Le petit cinéma d’art et d’essai attendra une petite journée encore, au moins. Deux averses dans une journée, c’est bien suffisant. Je me prends soudain à espérer une courte accalmie, une éclaircie pour aller marcher un peu sur les quais, plus tard. Nous verrons bien. Je réarrange les oreillers pour m’y adosser confortablement. C’est toujours toute une aventure que de réussir ce petit prodige-là : s’installer agréablement, ni trop haut, ni trop bas, trouver le juste équilibre pour ne pas voir glisser le lit loin de son appui, caler reins et nuque sans faire de jaloux… Les mots Toscans de Marlena de Blasi me prennent par la main et m’emportent à nouveau avec eux sur les routes chaudes et poussiéreuses de l’Italie. Je suis là-bas tout en étant ici où il fait gris.

*

Prendre un plan pour abandonner le métro et découvrir les rues qui se cachent derrière toutes ces correspondances fantômes où jamais je n’ai pris le temps de m’arrêter. Flâner d’un quartier à l’autre et rejoindre le jardin du Luxembourg.

Sur un banc à l’ombre, un gobelet de citronnade posé sur le bois peint, lire jusqu’à ce que la fraîcheur viennent faire naître quelques frissons. Délaisser ce banc-ci à l’ombre des tilleuls pour celui qui lézarde au soleil depuis quelques heures déjà.

Ce couple d’amoureux, sans doute lycéens, elle assise sur ses genoux, ne pouvant dire trois mots sans succomber à la tentation d’un baiser.

Préparer un repas à quatre mains. Montrer, faire, raconter des anecdotes dont on ne se rappelait plus jusqu’à ce qu’elles franchissent nos lèvres.

Croquer dans une pêche au milieu de l’après-midi, sitôt les courses rangées bien au frais.

Retourner subrepticement dans la cuisine, soulever délicatement l’aluminium, trancher une fine part dans l’épais moelleux au chocolat, repartir en sifflotant, des miettes sur les lèvres. Répéter l’opération trois fois.

Retrouver ce plaisir d’avoir un livre qui vous attend pour chaque petit moment en suspens du quotidien.

Les pains au lait de nos quatre heures d’enfants au petit déjeuner, ouverts en deux et garnis de confiture de framboise.

À l’angle du chemin de poussière et de graviers, découvrir enfin le jardin du château de Versailles. S’asseoir sur les bancs de marbre, marcher dans les allées bordées d’arbres, se réfugier d’une averse sous leur épais feuillage, regarder les barques dériver sur le grand bassin où elles dansaient.

Boyhood – un joli film dont toute la magie réside dans le fait de voir grandir ses acteurs au fil des plans. Tourné sur une dizaine d’années, il offre une belle fresque des bouleversements qui nous mènent de l’enfance au monde des adultes. J’en ai adoré la fin, les derniers échanges avec sa maman, son papa puis cette balade comme une belle envolée, un regard tourné vers l’avenir. Positif, profond et honnête, un film dont on sort avec le sourire et ce petit je ne sais quoi de mélancolie.

Se donner rendez-vous quelque part.

S’endormir sur les draps, ma tête sur sa poitrine et son bras autour de moi, la fenêtre ouverte sur la fraîcheur d’une journée volée à l’été, empruntée à l’automne.

Fou rire nerveux autour des platelés de makis servies dans ce japonais à volonté (Okito – métro Bir Hakeim – formule à volonté 13€ midi/18€ soir – pas le restaurant du siècle mais tout est fait au fur et à mesure ce qui est un vrai plus dans un restaurant à volonté). Passer une bonne soirée entre récits de stages, souvenirs de voyage et projets pour l’avenir.

Voir s’immiscer l’esprit de la rentrée, un brin tôt, avec ses envies d’organisation, de « cette année hein, on ne se laisse pas déborder » (en médecine, quelle blague !).

Réserver nos billets de train un dimanche soir au comptoir de la gare pour un week-end prolongé à deux.

« Tu crois que le train part dans ce sens-ci ou dans ce sens-là ? »

Longue ballade dans les rues parisiennes un samedi soir au ciel clair. Flâner de l’hôtel de ville au Marais jusqu’à Bastille. Rejoindre le Louvre en metro. Déambuler dans la fête foraine des tuileries et réussir ce menu exploit de ne succomber à aucune de ses tentations sucrées. Découvrir la place de la Concorde de nuit, toujours aussi belle malgré les quelques travaux qui la barrent de-ci de-là. Remonter jusqu’à La Madeleine et apercevoir au loin ce bâtiment dont on ignore tout. « On y va ? » – découvrir une église, Saint (…). Terminer notre périple par une dernière échappée jusqu’à l’arc de triomphe. Admirer la beauté de sa dentelle de pierre dans la lumière orangée des éclairages nocturnes parisiens.

Se lever à pas de loup pour préparer les pancakes du dimanche matin (dont j’ai trouvé la combinaison ultime que je vous livre bientôt). La journée est toujours plus belle lorsqu’elle commence avec quelques notes de sirop d’érable.

Découvrir, lassée des distances aléatoires comptabilisées par les applications de course à pied, que ma boucle fait en réalité 4,1km.

Cette bonne idée des restaurants Moutarde Street de ne pas proposer en tous points la même carte dans leurs différents restaurants parisiens. Rassurez-vous, les gaufres nutella-chantilly sont une constante.

Redécouvrir la fatigue qui vous assaille après quelques heures passées dans une piscine, son corps comme libéré de toute pesanteur, détendu. 

Le planétarium du futuroscope et la danse de la Voie Lactée et d’Andromède qui un jour sûrement les réunira pour ne former plus qu’une gigantesque galaxie. 

L’odeur des laits pour le corps Philosophy.

Des tartines plein la table, recouvertes de confiture de prunes du jardin de mon oncle confectionnées il y a de ça déjà deux étés. Toutes ces menues attention qui ne sont « rien » et qui pourtant sont tout. 

Don’t let dreams always be dreams – ce menu carton a retrouvé sa place au pied de l’écran de mon ordinateur, et chaque jour il me rappelle de pagayer dans la bonne direction. Un jour après l’autre, un pas après l’autre, petit caillou par petit caillou.

Profiter des soirées grises pour voir tous ces films que l’on a manqué cette année au cinéma et tous ces grands classiques qu’il nous reste encore à découvrir.

Se balader dans les rues clairsemées de taches de soleil de son peut-être futur quartier. Imaginer les soirées dans le bar qui fait l’angle, les crêpes achetées au petit vendeur un peu plus loin en rentrant d’une longue journée, les viennoiseries des dimanches matins de rois… s’imaginer ici comme dans tous les autres quartiers qui tour à tour défilent au gré des visites. Avoir un coup de coeur. Croiser les doigts. Attendre la réponse. Demain.

Cette jolie vidéo signée Gia Coppola – What’s up 

S’asperger d’eau fraîche en rentrant du footing matinal puis glisser sous l’eau à peine tiède après quelques étirements. Goûter à la saveur particulière que revêtent les journées lorsqu’elles commencent ainsi.

Du melon, des tomates, un peu de charcuterie, du fromage de chèvre, du rosé frais et des amis.

Faire le même rêve. La même nuit.

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