Les sourires (presque) de la semaine #32


Les sourires de la semaine - Miss Blemish

Crédit Photo : Unsplash

Sur le trottoir d’en face, deux femmes, des meilleures amies à n’en point douter, comme des jumelles. Même trench bleu marine, même foulard aux imprimés du même ton, jean et tote bag (le très joli de Love organic). Dans le métro, deux autres amies, même sac, même coiffure. Et sur facebook, voir apparaître le nom de ma meilleure amie de collège avec laquelle, pour quelques mois nous nous étions amusées au même mimétisme à tel point que les moins bienveillants nous appelaient bientôt « les clones ». Je ne me souviens pas quels trésors d’ingéniosité et d’organisation il nous avait fallu déployer à l’époque pour parvenir à tel exploit que d’avoir toujours sur soi la parfaite réplique de la tenue de l’autre mais ils me seraient bien utiles aujourd’hui pour m’organiser avec mes nouveaux impératifs. Ces quelques clins d’oeil, survenus à quelques jours d’intervalle seulement, m’ont donné envie de la recontacter pour savoir ce qu’elle devenait. Cela ne représente que deux années et pourtant, c’est tout mon collège que cela semble symboliser. Une époque révolue qui m’apparaît à la fois proche et lointaine.

La BNF. Arriver pour la première fois sur le parvis par cette journée grise et voir se dresser, fiers et imposants, ces quatre bâtiments mimant des livres ouverts. Des bâtiments consacrés seulement à ça, les livres. Pensés, conçus, animés pour faire vivre les Lettres. Je pourrais je crois passer ma vie entre ces murs, dans ce silence épais plein d’un muet respect pour tout ce que ces rayons abritent, des siècles de génie convertis en mots.

A ma table de travail un étudiant en philosophie, deux chercheurs en histoire face à moi, au coin une jeune fille révisant son bac scientifique, des économistes, une étudiante en lettre. Merveilleux mélange, merveilleuse diversité.

Déjeuner en fin d’après midi sur le parvis ensoleillé de la BNF les mots de Stefan Zweig pour toute compagnie.

Stefan Zweig parlant de Paris, se balader au fil de ses mots comme au coeur de ses rues arpentées mille fois sans savoir que, 100 ans auparavant, lui aussi y avait déambulé. Marcher soudain le long de ses mêmes rues le coeur plein d’une joie indicible, les larmes au bord des yeux. Marcher dans l’Histoire.

Travailler dans un café, avec vue sur une des plus belles avenues de Paris, un caramel macchiato sur la table de bois brut m’accueillant pour un après-midi. Bande-sonore, de la country aux accents doux et suaves.

Parler d’écriture avec ma meilleure amie, autour d’un verre de vin blanc dans un petit bar en attendant l’heure de notre séance de cinéma. Cela a quelque chose de merveilleux de mettre des mots sur la création de leur danse.

La dernière fois que j’ai été aussi heureuse, c’était à la fin octobre, amoureuse. Et redire aujourd’hui « je suis heureuse, pleinement » sans y voir une frontière à plus encore car il n’y a nulle frontière, sans frémir non plus que cela finisse. Cela finira, mais cela recommencera. Merci à Christophe André et son dernier livre (dont je vous parle bientôt) pour avoir mis en exergue cette vérité-là.

A deux tables de moi, P. Un semi-inconnu puisque depuis des mois déjà, nous conversons comme avec milles autres sur Twitter. Ce hasard incroyable qui parmi toutes les salles de cette immense bibliothèque nous a fait nous trouver au même moment dans la même salle de travail. Partager un café, passer du virtuel à la réalité.

Goûter, pour la première fois, aux falafels. Petit marchand ambulant non loin de châtelet, marcher dans les rues déjà sombres et se perdre jusqu’au Marais.

Commencer la journée en furetant onglet Citations de Pinterest. Laisser entrer motivation et envies, envie de faire, d’essayer, d’entreprendre, d’inventer. Et se lancer pour la journée.

Une journée dédiée aux mots par semaine. Et tous les jours de nécessaires petites respirations, quelques pages lues à la volée et autres mots posés en contrebande sur le papier.

Mojito entre amies, glace dans les rues de traverse derrière Saint Michel. La première cuillerée de glace au yaourt, un plaisir à fermer les yeux. A choyer jalousement, à prolonger à l’infini.

Deux films à voir, Les Gazelles pour rire beaucoup, pleurer un peu et (surtout surtout surtout si vous n’avez pas de temps pour tout) Grand Budapest Hotel. Le dernier Wes Anderson que j’allais voir à reculons par peur de tomber sur un film loufoque et décalé qui me laisserait indifférente voire même ennuyée est le plus beau film que j’aie vu depuis longtemps. Juste après Alabama Monroe (qui reste le plus beau film que j’aie pu voir). Le goût du détail, l’univers dans lequel il nous plonge au seul moyen du format de l’image, des décors, des costumes et du phrasé de ses acteurs fait de ce film une petite merveille d’esthétisme qui régale les yeux, l’imagination et l’inspiration avant de donner un cadre parfait à une histoire à la narration dirigée avec brio. Cette histoire comme des poupées russes, plonge dans un livre puis dans le passé de son auteur, puis suit non pas son histoire mais celle de l’un des résidents du Grand Budapest Hotel nous laissant découvrir les aventures que ses murs ont abritées. Clin d’oeil à ce choix narratif, cette histoire nous sera contée par chapitres et à travers un merveilleux kaléidoscope de personnages venant tous apporter leur pièce à une grande histoire et non pas comme je le craignais un patchwork d’histoires sans aucun lien entre elles que celui de leur narrateur. Les dialogues se plient avec grâce, finesse et élégance à cette écriture « à la manière de » Stefan Zweig à l’oeuvre et à la vie duquel ce film se veut hommage. Étonnant de voir comme tout me ramène à cet auteur ces derniers temps. Pour avoir lu juste après la séance, dans le métro qui me ramenait chez moi, quelques pages de son autobiographie qui ne quitte plus mon sac depuis une semaine, cet exploit m’a frappée avec d’autant plus de force que le personnage principal et au-delà toute la construction du film respectaient exactement le ton et la manière de Zweig. Je restais époustouflée et pour quelques minutes, ma lecture revêtait le relief des intonations capturées dans la salle. Vivant. Quelle réussite ! Allez voir ce film, c’est une oeuvre d’art où jusqu’à l’humour est distillé avec finesse, toujours naissant du décalage.

Rencontre avec une de mes lectrices (dont je lis également le blog, rencontre entre lectrices mutuelles serait plus juste donc) Fabienne, au Pub Saint Germain (j’en profite pour vous conseiller cette petite adresse métro Odéon, ligne 4/10 dans un petit passage – milles ambiances différentes se succèdent au fil des étages – un peu onéreux si vous voulez y dîner mais en happy hour les cocktails sont à 6, 5€ et dans ce cadre, c’est un vrai plaisir). Là où nous ne devions passer que quelques heures à peine ensemble, nous avons refait le monde jusqu’à 23h là où nous pensions qu’il était encore 21 heures à peine. Le temps avait filé sans que l’on s’en aperçoive. J’espère que j’aurais souvent encore l’occasion de vous rencontrer, vous de l’autre côté de l’écran, cette soirée était le plus joli des aboutissement à tout ce qui se passe ici sur ces pages. Une jolie rencontre pour je l’espère le début d’une toute aussi jolie amitié.

Sortir du bar avec Freedom d’Aretha Franklin et se sentir un instant, héroïnes de film.

Une tarte au citron et une tarte aux fraises pour mon anniversaire, apportées par mon amie T. et égayant cette après-midi dédiée aux dernières révisions.

Aller au BHV rayon Beaux-Arts. Repartir avec des feuilles de milles couleurs et se fantasmer un instant, rien qu’un instant, mais quel délicieux instant, étudiante en arts.

Recevoir les petites merveilles commandées chez Sezane. Sourire, sourire, sourire. Ouvrir le colis quasi religieusement et découvrir enfin ces pièces aux finitions toujours si jolies et soignées. Je suis extrêmement sensible au conditionnement et aux petits détails, Sezane à tout juste sur ce point-ci aussi. Un tote bag pour emballer la robe protégée dans du papier de soie, un pochon de coton pour ranger ces chaussures encore jamais portées, l’emblématique bristol ce mois-ci clamant « Everybody say Cheese« , et un joli cadeau, un carnet bleu moyen. Pleins de petits bonheurs dont le plus grand certainement, celui de toujours se trouver plus jolie lorsque l’on porte ces pièces créées et pensées pour les femmes.

La gardienne de mon immeuble qui est un amour et a toujours un mot gentil pour chacun. La vendeuse du relai H qui toujours lorsqu’elle me voit m’offre un grand sourire, absolument adorable.

Deux semaines sans hôpital mais en cours, bases neurales des comportements, un vrai plaisir. Des cours pas toujours d’égale qualité mais le plaisir de deux heures passées avec un prof éloquent partageant sa passion avec nous vaut toutes les autres heures soporifiques. Pour deux semaines ressortir vernis et bagues. Petit plaisir presque grand.

Courir en bord de Seine par les journées ensoleillées.

Rencontrer, dans une soirée, des personnes inconnues jusqu’alors et avec lesquelles pourtant nous avions milles choses à nous dire. L’impression de vivre un menu miracle, précieux.

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