Les ruptures silencieuses


les ruptures silencieuses

Il y a des ruptures silencieuses. Rien ne vole dans les airs, pas même quelques éclats de voix. Ce sont des fins tranquilles qui tordent sans bruit les estomacs. C’est un manque, une absence qui se dévoile lentement et apparaît soudain. Rien de terrible n’est arrivé et rien de terrible n’arrivera. Cela ne ressemble à aucune tragédie, c’est une porte qui se referme sans bruit. Familiers et étrangers tout à la fois ; éloignés, déjà. 

Je ne savais pas que les fins pouvaient prendre ce visage-là, dépourvues d’amertume mais pas d’amour : brutales et évidentes. Je ne me connaissais pas ce courage d’oser tout perdre pour ne pas me perdre, moi. Je ne me connaissais pas, moi souvent tremblante et fragile, apeurée, la force de me choisir quitte à payer le lourd prix du silence.

Le silence de l’appartement le soir. Le silence des matins et des draps froids. Le silence des repas seul.e avec soi. Le silence qui vrombit plus fort que la musique, que les fous rires devant la meilleure des séries ou les voix complices des ami.e.s. Le silence qui répond aux interrogations de l’assistance. Le silence jamais plus assourdissant qu’en t’attendant, Toi.

Il y a des ruptures, intimes, qu’on ne peut identifier que de l’intérieur. Aucun juge ne viendra les imposer ni les guider. Ce sont des fins auxquelles on consent après avoir bataillé longtemps, à genou face à la conclusion que personne sinon nous ne pourra nous décharger du poids d’avoir à décider, là. Il y a des ruptures qui ne connaissent pas d’autre guide que cette petite voix qui murmure depuis longtemps déjà que cela ne peut plus durer comme ça.

0 Laisser un commentaire - 0