A l’amour


A l'amour - Humeurs - Textes courts - Miss Blemish

Déverrouillant la tablette à la pomme croquée, je souriais de réaliser soudain le menu secret qui nous liait – d’un mot de passe – à la date du plus grand hasard menant au plus grand bonheur. Tapant les quatre chiffres vinrent toquer à ma mémoire les soirs d’échange – son ordinateur sur mes genoux, ma tablette entre ses mains, mes pieds froids sous une jambe-bouillotte égarée sous les draps – les séries regardées les bras tendus en l’air ma tête au creux de la poitrine, juste sous la clavicule, les jours de travail qui s’étirent jusqu’à la nuit et une devinette pour les permettre tous « Tu as mis un code ? – Oui, j’ai choisi le jour de notre rencontre ».

Je souris aux réminiscences adolescentes où plus d’une fois la date d’anniversaire d’un voisin de table – de classe ou de cantine – se retrouva garant de la sûreté d’un téléphone, d’un clavier. Ces manigances n’étaient jamais porteuses de chance et jamais – au grand jamais ! – partagées avec l’intéressé mais les conspirations de cour d’école délicieuses de naïveté, d’espoirs libérés et de pensées joyeuses comme apeurées « ce pourrait-il que mon heure soit arrivée ? ».

Des heures joyeuses qui ont bercés les débuts – ceux qui ne furent jamais que débuts, ceux qui connurent plusieurs saisons, ceux que l’on espéra être « le bon » – est restée la croyance que les amours débutantes comme moins débutantes  ne tolèrent aucune certitude, dans aucun camp, et que c’est dans les plus grands doutes, les mains moites, les tortillons du ventre, « on se reverra, tu crois ? » murmurés au creux de soi que naissent, vivent et se construisent nos vraies histoires. Que nos tâtonnements, les questions qui agitent l’esprit jusqu’à tard dans la nuit, nous effraient autant qu’il nous permettent en fait d’être là vraiment, nous sans masques, sans détournements, fragiles et vulnérables comme nous le devenons tous face à un, une, des autres. L’autre. Cette personne avec tout pareil – un corps, des cheveux (parfois), une tête – et pourtant si différente, tellement plus qu’aucune autre à nos yeux. Que l’on se perd comme l’on se joint, se mêle, s’aime, s’enlace, s’embrasse, s’étreint dans les détails, les tous petits détails. Enfin, que rien n’est jamais gagné ni acquis, que tout reste toujours à construire, à inventer, à réinventer, à aimer, chérir, désirer, embrasser, et qu’il faut aimer plus fort que soi, plus loin, plus grand, toujours, sans jamais perdre le goût de la chance que c’est de ce matin encore, me réveiller à tes côtés.

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