La danse du crépuscule


La danse du crépuscule - texte court - Ecriture - Miss Blemish

Crédit Photo : Unsplash

8h30 : les volets s’ouvrent. Chanson métallique d’une technologie qui dit non au sommeil se prélassant sur contrée matinée. Egaré. Tiédeur et moelleux d’une couette épaisse comme seuls alliés à la tendresse de la langueur volée. La lumière éteinte de l’hiver perce. S’immisce. La paupière frémit. Le corps se meut dans cet entrelacs de draps, de coussins, de pyjamas. Engoncé. Les mains ramènent les couvertures à elles. Jusqu’au creux du cou. Là où le vent chatouille même lorsqu’il ne souffle pas. Les pieds se frottent mais les yeux se refusent encore à céder à l’envahisseur. Il n’est de place pour ceux qui s’imposent. Dehors pourtant, le monde s’éveille. Lui aussi semble-t-il, peine à tourner ces temps-ci. Le paysage criant le froid. Monotonie d’une brume qui s’alanguit. La douceur d’un rose délavé égaye un temps le nuage pâle. Doux spectacle que les seules heures de clarté qu’offrira cette morne journée.

Refusé.

Ticket remboursés.

Ténèbres.

Il n’est qu’un seul spectacle que le corps veuille revoir. Paupières closes. Plongée sous la couette dans le tiède bain du souvenir diffus. Instants rêvés ; perdus. Rembobiner le film comme on remonte les aiguilles d’une pendule arrêtée trop tôt. Avant le dénouement. Allumer le projecteur. Baisser les lumières. Songer très fort. Invoquer la suite. Fermer les yeux. Plus fort encore. Encore. Somnolence de patchwork. Collage rafistolé d’un rêve qui s’enfuit. Réminiscence floue, pâte à carton. Bientôt il n’en reste plus qu’une vague sensation. C’était bien. Peut-être. Le corps ne s’en souvient déjà plus. Les yeux cèdent. Se défroissent. Un pli après l’autre. La lumière grignote du terrain. Les cils se démêlent, la pupille s’agrandit.

Mais le crépuscule est mort.

 

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