Les halls de gare


Les halls de gare - Relation à distance - Miss Blemish

Y.,

J’apprends les halls de gare. À venir t’y chercher sourire aux lèvres et pas pressés vendredi soir. À en repartir sans pleurer dimanche, pas vraiment tard. Je réapprends le temps qu’on agrippe à l’heure où je t’attends et où ne restent plus que quelques minutes qui semblent s’étirer à elles seules – infime poignée – plus encore que toutes les semaines écoulées. Sur la pointe des pieds tout au bord des lignes jaunes je souris de ne t’avoir pas dit que je t’attendrai ici. Je souris de savoir que je te verrai en premier. 

J’apprends à savourer l’avant, la douceur des vendredis qui s’étirent dans un sourire et qui comptent les heures de maintenant à 20 heures. Les vendredis-où-tu-reviens, il y a toujours l’après-midi de la pâte à pancakes qui repose, le plaisir de mes dimanches d’enfance passés à cuisiner retrouvé. Pour une poignée d’heures, la cuisine s’emplit du ronron de mes podcasts préférés que j’écoute en préparant ce qui nous régalera au petit-déjeuner. Il y a beaucoup de douceur dans ces instants-là, comme s’il fallait me préparer doucement à glisser pour deux jours volés dans notre quotidien d’avant. Et le dimanche soir arrivé, c’est bien souvent à ces heures du juste-avant que je repense en regrettant la douceur de ces instants où l’on sait que l’attente touche à sa fin, enfin. 

Dans le métro, je serre ta main aussi fort que les minutes glissent déjà, toujours un peu plus près de l’heure où il faudra revenir à quai, nous enlacer et compter sur nos doigts les jours avant la prochaine fois, au seuil de devoir tout recommencer. J’apprends, doucement, à moins pleurer le temps passé trop vite, à accepter que les jours sans toi soient plus fades que ceux où tu es là. J’apprends le bonheur qui monte et qui descend et les messages qui disent ce que l’on ne peut plus deviner d’un regard, les rendez-vous face caméra et à te faire partager tout ce qui se passe ici et toi tout ce qui se passe là-bas. C’est une toute nouvelle fabrique à souvenirs qui s’organise pour contrer les kilomètres, armée de mots contre la distance. Nous qui parlions si peu de cette façon-là, c’est un tout nouveau langage que l’on apprend et construis pas à pas. 

Ce week-end là, c’était il y a deux semaines déjà, il y a eu les mosaïques sous le ciel gris et les pâtisseries gorgées de miel, de sucre et d’amande sur les bancs du jardin des plantes. Il y a eu les quais inondés photographiés « pour se souvenir tu comprends », la jolie librairie aux passages trop bas pour toi et aux couloirs exigus, des raviolis vapeur, du thé parfumé et un smoothie mariant framboise, rose et letchi. Ils sont si doux ces week-end là qu’encore une fois, j’ai hâte que vendredi soit là.

Et toi, comment tu vas ?

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