Fragments | Silence radio


Fragments, silence radio - textes courts - Miss Blemish

Est-il nécessaire de dire la peine causée par le silence ? Trop de mots déjà ont été posés entre nous et pourtant dire encore cette peine m’obsède. Mais tu la sais déjà pas vrai ? 

Je serre tout contre moi l’illusion d’avoir tout dit et c’est un leurre. Il reste toujours, même s’ils sont infimes, des mots à partager. Une anecdote, cette journée, un prétexte. Des mots il y en aurait encore plein pour te raconter. Des tonnes de mots pour autant de questions. Les silences sont remplis de points d’interrogation. 

La tentation du dernier message guette. Les mots se bousculent, ils s’organisent, cherchent la formule à laquelle le silence céderait. Une phrase de celles qui marquent l’Histoire et sont citées dans les dissertations. Une phrase si juste qu’elle viendrait effacer tout ce qu’il y a à oublier. Moi qui des mots ai fait mon métier tu sais, je crois au langage comme au bon dieu, aux ponts qu’il construit autant qu’aux obstacles qu’il crée. Je crois en la force de la parole dite par tout le corps et pas seulement sa bouche. Voilà la combinaison que je traque sans relâche, celle qui te dirait que tout est encore possible car tout est incertain mais mon affection acquise. Que je suis aussi déraisonnable que mon espoir est grand, que je suis mue par une intuition qui me dépasse et dépasse l’entendement. 

L’appel du dernier message est là, jamais très loin. Il va et vient, il flotte, insistant. Il attend, il surveille le téléphone, les mails, les réseaux sociaux. Il répond à ton silence, à ta disparition, sans explication. Parfois il est facile de lui tenir tête, parfois c’est une douleur exquise. L’orgueil blessé, voilà un adversaire redoutable à affronter. Mais on sait tous deux que suffisamment de mots ont été versés. 

Alors est-il nécessaire de nous dire au revoir ? Peut-être pas. Peut-être qu’un dernier baiser échangé sur le pas de ta porte est un adieu acceptable. Peut-être que c’est ça, la fin, un silence qui ne s’interrompt pas. Un silence qui blesse une dernière fois.

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