Etudiante des arts


Etudiante en arts - Humeurs - Brèves - Lifestyle - Miss Blemish

Vendredi, quelque part près d’Odéon, dans les rues étroites parfois pavées, je passe la grande porte du magasin aux rayons pleins de crayons et de fusains. Je furète longtemps, à la recherche d’un grand panneau blanc pour un de ces projets dont j’ai le secret  qui – pour échapper à l’oubli, cachés pour jamais sous une latte de plancher – doivent se voir réalisés sitôt pensés.

Les heures blanches ont laissé un désordre de fatigue et d’énergie – de celles qui semblent ne pouvoir s’épuiser et s’anéantissent au premier oreiller – auxquels s’est mêlé un sentiment d’urgence de récolter jusqu’à la dernière idée pour ne rien laisser – ah ça non ! – aux griffes du sommeil dont déjà je sens sous mes pieds les premiers frémissements du galop acharné. 

Enivrée par les odeurs embrassées de solvants et de papier, j’arrive devant la caisse l’espace entre mes bras rempli de peinture, de blanc et de quelques traces de poussière. Les grandes toiles légères ne connaissent aucune frontière, ne pèsent rien et pourtant portent tout – envies et rêves dissous – elles ont de poétique jusqu’au nom qui associe la plume au carton. Devant le comptoir et « vous avez une carte étudiant des arts ? » cheveux roux entortillonnés, lunettes cerclées de noir, démesurées, mains tachées d’une bétadine qui ignore tout de la térébenthine, je me découvre soudain dans ces points d’interrogation devenue assez grande pour me fondre, me confondre à mes modèles d’hier, ces grands que je regardais par le bas qui toujours sous un bras – parfois le gauche, parfois le droit – transportaient de ces pochettes immenses et mystérieuses toutes de vert et de noir tachées. Un bref instant, je me revois enfant émerveillée dans les couloirs de la grande école des arts patientant avant la danse et – le nez au vent – observant tous ces grands d’alors qui couraient pressés vers les salles tout au fond là où nous n’allions jamais.

Je sors par le froid, mes toiles en carton dans les bras et un sourire aux lèvres profite de la joie de passer pour ce que je ne suis pas. Le temps d’une demie après-midi, pas qui claquent sur les pavés, je deviens femme des arts aux mains tachées, aux cheveux entortillonés, à la vie toute à la créativité dédiée.

Et vous, y a-t-il des personnes qui vous fascinaient petit(e)s et qui peut-être vous fascinent encore ? 

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