Et soudain prendre le risque de partager


Et soudain prendre le risque de partager - Miss Blemish

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Quand nous étions petits, lorsque nous découvrions une merveille de notre cru nous courions immédiatement ameuter la maisonnée pour faire voir à tous combien ce que nous venions de trouver était exceptionnel. Instinctivement nous voulions que tous soient aussi heureux que nous à cet instant et ne passent pas à côté de quelque chose de magique à nos yeux. Peu importe qu’il ne se soit agi que d’un nuage aux formes de notre héros de dessin animé préféré, pour nous, c’était merveilleux et c’était suffisant.

Puis est venue la fable : « Tu sais, il ne faut pas partager avec les autres, sinon, tu risques d’en faire les frais. » Un classement entre des élèves dans une classe, une compétition quelconque et ça y est, l’échange s’arrête. Lorsqu’il y a un concours, le mot d’ordre est à couteaux tirés. Ainsi vit un mythe : « En première année de médecine, nul ami tu te feras. » Pourtant, des amis, je m’en suis fait (et si je parle pour moi, je peux vous dire que je ne suis pas la seule). J’ai rencontré des gens exceptionnels, ouverts, déterminés, intelligents, créatifs, drôles. Des personnes avec des passions, des univers bien à eux, des histoires un peu folles et des sacs à potins bien garnis. Il ne fallait pas s’entraider ? Nous avons fait le pari qu’une main tendue ne nous enlèverait rien et nous avons enfreint cette règle stupide dictée par une peur insensée. Mon amie V. qui m’a pourtant soutenue comme nulle autre l’an dernier me dit souvent que j’ai vécu cette première année au pays des Bisounours. Mais même si nous étions en compétition et travaillions pour gagner notre place qui forcément serait dérobée à quelqu’un d’autre, je ne pense pas que j’aurais pu tenir sans cet espace d’échange et d’entraide que nous a fourni la prépa et les amitiés qui y sont nées.

J’ai un très bel exemple pour illustrer le fait qu’aider ne change rien à son résultat personnel :

Une fille de mon groupe de prépa avec laquelle nous avions travaillé toute l’année, nous l’appellerons P., classée au premier semestre ce que je n’étais pas (précisons-le), a refusé peu avant notre dernière épreuve de me prêter une fiche pour que je relise un détail, peu importe lequel. Ce point sur lequel j’avais soudain un doute n’aurais pas pu faire l’objet de plus d’un item de QCM ce qui n’aurait donc en aucun cas pu faire la différence et pourtant, elle m’a dit : « ça va pas ? Tu pourrais me piquer ma place ! ». Aucune question ne fut finalement posée sur ce point de cours.  

Une autre amie, appelons-la O., classée également, qui tout le second semestre durant a éclairé mes lanternes en anatomie, m’a fait réviser des formules juste avant une épreuve, formules qui m’ont effectivement servi et permis de grappiller quelques points supplémentaires.

Et comme de bien entendu, vous vous en doutez, si O. est passée haut la main, P. a redoublé. Je ne crois pas au destin, ni au karma, je ne crois pas que si P. m’avait prêté sa fiche elle aurait mieux réussi, cependant, ce petit exemple montre bien qu’aider ne nous désavantage en rien. Bien au contraire, je crois que nous en sommes même les premiers bénéficiaires. Se tourner vers l’autre nous fait grandir et je pense qu’on ne se sent jamais si bien que lorsqu’on a pu être utile aussi peu importante dans les faits cette utilité eut-elle pu être. Etre capable d’aider une personne ne nous rendra pas incapable d’aider la suivante qui nous demandera la même chose ni ne nous enlèvera la connaissance que nous avons du phénomène à expliquer ou de la tâche à accomplir. Alors pourquoi s’entêter à tout garder pour soi ?

Je pense que pour les blogs, c’est la même chose. Partager un article qui m’a plu n’enlèvera ni n’ajoutera rien à mon propre blog peu importe la visibilité que j’aie pu apporter à cet article qui n’est pourtant pas le mien. La popularité de l’autre/le nombre de commentaires/de vues ou de petits cœurs aux pieds de ses articles n’affectera en rien la façon dont je rédige les miens, dont mes lecteurs (vous)(que j’aime d’amour)(qu’on se le dise) y répondez ni n’influera sur leur qualité fluctuante. Le fait qu’un blog qui n’est pas le mien soit lu, apprécié, relayé sur les réseaux sociaux n’est que le fait de son auteur qui réussit à mettre des mots justes sur des sujets qui nous touchent. Ni  notre jalousie, ni notre envie n’y changeront rien : le talent, tôt ou tard, est débusqué et les imposteurs démasqués. Il n’appartient qu’à nous de proposer un contenu d’aussi bonne qualité pour gagner l’accès à une telle tribune car oui, ce serait mentir que de dire que nous ne souhaitons pas tous être lus. Un article de qualité, qui me touche et me parle, j’ai envie de le partager pour que mes amis puissent le lire et être touchés à leur tour. Certains articles m’ont fait réfléchir, ont changé ma vision des choses et m’ont fait avancer. De ça on ne peut être que reconnaissant. A chaque fois, je suis heureuse de pouvoir participer un peu à l’aventure, d’une façon bien insignifiante mais qui additionnée à toutes les autres jolies attentions permet à beaucoup de lire ce qui nous a tous émus.

Pour moi, un blog est un merveilleux espace de liberté permettant de s’évader d’une société prônant trop souvent l’individualisme. L’important, c’est de prendre plaisir à écrire et à créer soit l’essence même de cet univers tissé peu à peu au fil des posts et je trouve dommage que trop souvent ce plaisir-là soit mis de côté pour de vaines considérations de compétition là où il n’y a pourtant rien à gagner.  

Et toi, tu partages ?

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