Et le dire, je t’aime


Et le dire, je t'aime - brèves - humeurs - lifestyle - Miss Blemish

C’est le matin. Janvier. Le thé est presque froid et déjà – bientôt – il sera trop tard et je serai en retard. C’est ainsi qu’il en va lorsqu’aller travailler est devenu une corvée. Mais ces matinées un peu tristes où il fallait résister, invoquer un sourire pour ne pas flancher, ne pas se laisser happer par le gris, le noir, la méchanceté qui avance masquée, se conjuguent déjà au passé. C’est le matin et je me penche vers ton cou pour y poser un baiser, puis un deuxième. C’est la nourriture du courage que les arômes perdus de ta peau à mes lèvres. Et là, je dis je t’aime. Encore. Et tu me demandes « Pourquoi le dis-tu si souvent ? »

Je repense à cette conversation où L. que j’interrogeais à ce sujet me disait le dire comme on respire, comme on souffle, comme on libère, comme on offre sans reprendre, sans attendre, un je t’aime respiration. Pour soi, pour l’autre, pour l’univers. Je repense à la poussière sous nos chaussures – été – le champ de mars bondé et ces mots que je murmure, pour la première fois, si bas. Peut-être juste pour moi. Je repense à mon amie, qui rentre de vacances et me dit avoir perdu un proche – si proche – si jeune et pourtant en un instant, disparu. Je pense à tout ce qui est là, bloqué, à l’intérieur, qui ne connaît que les mots pour s’exprimer. Alors je te dis « parce que j’aime dire Je t’aime, parce que c’est là, au creux de moi, parce que ce pourrait-être la dernière fois et que je ne voudrais pas rater ma chance de te le dire en étant sûre que tu l’entendes ». Tu m’embrasses et déjà demain – ou peut-être après-demain – c’est le 7 janvier. Et ces mots qui résonnent, encore, si proches et si lointains, se muent en une infime certitude – la seule – à laquelle se rattacher, pour essayer de construire mieux après les ruines, la haine en rappel que c’est dès aujourd’hui qu’il nous faut dire – ou avouer -, vivre, penser, déclarer, souffler, murmurer, ajouter : Je t’aime.

Cet article s’était perdu dans mes brouillons. C’est une phrase de Caroline qui a dénoué ce qui était resté tu.

Et toi, c’était quand la dernière fois que tu l’as dit, Je t’aime ?

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