Emma Jane Austen – roman


Les deux volumes étaient prometteurs, deux milles pages savamment laissées au premier plan sur les rayonnages, une édition anglaise les jouxtant et tout le loisir de contempler à l’excès les tranches lourdes de pages et de mots, de se gargariser de titres qu’un jour peut-être on prendrait le temps de découvrir. Quelques années donc que, pleins de promesses, ils sommeillaient en parade, attendant leur heure…
 
Emma Jane Austen - Culture - Lecture - Critique - Roman - Miss Blemish
 
« Emma Woodhouse, belle, intelligente, riche, dotée d’un heureux caractère et pourvue d’une très confortable demeure, semblait jouir des dons les plus précieux de l’existence. Elle avait passé près de vingt et un ans sur cette terre et n’avait encore connu que bien peu de contrariétés. »
 
Emma mène une vie paisible avec son père dans la demeure familiale depuis que sa sœur aînée Isabella et celle qui des années durant fut sa nourrice se sont mariées. Déterminée à ne jamais convoler, certaine de ne jamais trouver nul homme l’aimant plus que son père qui l’idéalise à l’excès, elle prend cependant plaisir à spéculer depuis son salon sur les mariages qui pourraient se concrétiser dans son voisinage, n’hésitant pas, dès qu’elle juge son intervention nécessaire, a leur donner ce qu’elle croit être des « coups de pouce »…
 
Jane Austen nous installe avec douceur dans les salons de Hartfield, nous faisant évoluer avec ses personnages dans la petite sphère d’initiés de cette campagne anglaise distinguée et paisible, soumise aux aléas des alliances, des malentendus, des bavardages et des ravages de la vanité… Comme toujours elle arrive à nous attirer bien malgré nous dans les mailles d’un filet tissé de longue haleine, fait de bals, de dîners, de parties de cartes et autres ballades, et nous offre au fil de sa prose toujours plus délicate et plus juste, quelques heures délicieuses dans une atmosphère surannée où l’on savait encore tout dire sans hausser le ton ni faire montre de ses sentiments, juste en parsemant par quelques touches subtiles son discours des sarcasmes les plus enrobés et des sous-entendus les mieux exploités. Une leçon délicieuse d’hypocrisie diplomate, des dialogues savoureux et quelques pages d’angoisse pour un dénouement heureux…
 
Jane Austen réussit donc à métamorphoser sa jeune héroïne peu encline à la modestie en une perle faisant amende honorable de son orgueil et de ses préjugés.
A lire à l’heure du thé…
Emma
Jane Austen
Editions Omnibus
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