Ecrire un livre


Ecrire un livre - miss blemish blog lifestyle

J’ai délaissé cet ici, la tête et le cœur tous entiers accaparés ailleurs. La maison est en chantier depuis août. Sur le rocking chair, devant la fenêtre, trônent toujours en greubons drap blanc et torchons ; au sol cuillères en bois, pommes de pin et feuilles d’eucalyptus séchées ; sur un bout de la table de nos dîners de grands bocaux de verre remplis d’épices et d’oléagineux. Dans un tiroir, précieusement rangé, le contrat signé début juillet. Je me vautre dans le délicieux des rêves qui deviennent réalité et laisse à chaque difficulté son temps pour exister, j’explore avec curiosité les recoins du processus qui crée images, sommaire et chapitres bien ordonnés ; dans les pages de mon carnet d’avancement, je me laisse aller à rêver du livre suivant.

Dans les rayons de mes librairies préférées je tremble désormais de découvrir un livre qui dirait tout ce que contient celui que je construis ici. Je croise les doigts : pour l’instant, ça va. Je tremble en pensant à la maquette, à l’insuffisance peut-être de mes photos et au moment où je tiendrais pour de vrai mon livre bien à moi entre mes doigts. Je souris en vous imaginant le lisant, en écrivant, en photographiant ou en cochant les cases de ma to-do list infinie. Puis je m’interroge pour la suite ici.

La raison d’être première de cet espace était de me donner la chance d’écrire un jour un livre. M’offrir un espace pour écrire, rassembler un public et, ma crédibilité achetée à coups d’articles, d’essai-erreurs patients, d’échecs et de mots hurlés dans le vent, voir frapper à ma porte un.e éditeur.rice. Voilà maintenant plus de 10 ans depuis mon premier blog, 7 déjà ici, 12 depuis la première fois où soufflant mes bougies d’anniversaire je formulais ce vœu tout bas.

La fermeture d’Hellocoton cette semaine réveille la nostalgie des UNES qui ont disparu il y a plusieurs années déjà et de la douce émulation créatrice qui se jouait dans ces pages. Cela nous rappelle aussi combien toutes les plateformes que nous utilisons au quotidien comme si elles allaient de soi ne nous appartiennent pas. L’idée de mon livre vient quelque part un peu apaiser cette angoisse. Si tout disparaissait, il resterait un peu d’ici dans le réel matériel, un peu de ce lien ténu entre vous et moi, un lieu où vous écrire.

Si cet ici a rempli son ouvrage initial, il a dès le début été une fenêtre pour ma créativité et a ouvert au passage milles portes vers autant de savoirs, de compétences et d’expériences que j’ai depuis apprivoisés. Il a été le meilleur des enseignants pour m’apprendre à toujours garder du temps pour ce qui m’était important et ce, dès le début de mes études qui n’auraient eu aucun mal à conquérir jusqu’à la dernière minute libre de mes journées. C’est un terrain de jeu et le défi sans cesse renouvelé de proposer du contenu de qualité. Aujourd’hui qu’il a rempli son ouvrage je ne sais pas quelle nouvelle direction il va prendre, ni où il m’emmènera. Depuis que je travaille à temps plein, les heures manquent, ma présence sur ces pages se fait rare. Pourtant, je ne renonce pas à ce carnet qui a accueilli tous mes brouillons et toutes mes joies jusqu’ici. J’ai envie d’encore et de croire qu’au-delà de cet essoufflement passager causé par un trop plein d’ailleurs instantanés, le temps long saura nous reconquérir et nous reconvertir à la beauté des textes auxquels il faut consacrer du temps pour les lire.

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