Pour écrire, il faut savoir laisser la place aux mots


Combien de fois n’ai-je pas dit « pendant ces vacances, je termine cette histoire/cette nouvelle/ce roman » ?. Pourtant, une fois arrivées et moi face au clavier, rien ne trouvait plus son chemin jusqu’à la page résolument blanche. Comme si les mots, vexés d’avoir été bridés si longtemps, ignorés, relégués à la seconde place se laissaient désirer. Cela m’énervait, ce comportement adolescent de n’avoir jamais autant d’inspiration qu’à la veille d’un examen, moment où j’avais milles choses plus urgentes à faire qu’écrire, ou au beau milieu de la nuit m’en laissant blanchir ainsi plus d’une. Et puis, j’ai compris que l’on n’écrivait pas sur commande, encore moins lorsque comme moi, on apprivoisait encore à peine cette activité singulière qu’est l’écriture. J’ai compris que c’était plus subtil, plus compliqué que ça mais surtout que c’était un vrai travail au-delà de l’amour des mots, du talent, du naturel que certains ont de les manier comme des notes de musique pour en faire des textes qui s’égrènent avec la même grâce que le tissu sous les mains d’un grand couturier et pourtant restent, ancrés, fixés dans les esprits de ceux qui les ont lus. Et que, comme tout travail, il nécessitait qu’on lui dédie du temps, de la persévération, qu’on lui laisse la place d’autant plus qu’il s’agit d’un art et non d’une technique que l’on apprendrait pour la reproduire à l’infini. L’inspiration se cultive à yeux grands ouverts et stylo/papier/traitement de texte toujours à portée de main, elle a besoin qu’on lui montre le chemin jusqu’à nous, encore et encore, sans jamais fermer les portes mais en prenant plutôt soin d’aller jusqu’à ouvrir les fenêtres.

Je vous avais parlé de mon introduction à la discipline si méconnue et décriée qu’est la méditation en première année de médecine. La pleine conscience de son corps et de l’instant, prendre le temps de faire le silence dans l’agitation et d’écouter ce qui se passe en soi et autour de soi. À l’époque je l’utilisais pour juguler mon stress avant d’aller me coucher pour réussir à dormir sans avoir à utiliser de substance nocives au fonctionnement cérébral (sic somnifères) et laisser loin le spectre des insomnies. Je m’en suis également servie le jour des examens pour me concentrer et mobiliser toutes les connaissances que j’avais engrangées au cours de ces longs mois sans me laisser submerger par le stress immense qui nouait tout ce qu’il y avait à nouer au-dedans de moi. Ce lien entre écriture et pleine conscience ne m’a frappée qu’en écrivant cet article : j’apprivoise la sensation d’écriture.

C’est à force d’écrire (car j’ai commencé tôt, bientôt neuf ans maintenant que naissait ma première petite nouvelle fragile au style hésitant) que j’ai pris conscience au tout début 2014 que lorsque j’arrivais à écrire et à aligner des mots dont je ne rougissais pas à la relecture, j’étais dans un état particulier. Et que cet état, je pouvais l’identifier en me concentrant sur mes sensations à ce moment-là précis pour pouvoir le reconnaître sans peine lorsqu’il se présenterait à nouveau à moi à  l’improviste. J’ai ainsi fait le lien entre les jours où ça marchait et ceux où ça ne marchait pas. C’est là que se fait le pont avec la pleine conscience : peut-être que d’avoir appris à écouter ce qui se passait à un instant T de manière momentanée m’a rendue plus réceptive à ce fait là : quand j’ai quelque chose à écrire, et ceci je ne le contrôle encore pas, je suis dans un état émotionnel particulier. Souvent, je suis au bord des larmes. Ce ne sont pas des larmes de tristesse, loin s’en faut, j’y vois plutôt la métaphore de tous ces mots qui demandent à être sortir de moi pour gagner la page. Ecrire me bouleverse car soudain il n’y a plus seulement mes émotions mais celles que je projette sur tous mes personnages et que je vis en moi pour les rendre plus crédibles et plus palpables dans mes mots.

Au lieu de me fixer d’intenables objectifs « écrire tant de pages par jour » « consacrer tant de minutes à l’écriture« , depuis que j’ai conscience de ce fait-là, j’écoute et je saisis chaque occasion d’écrire. N’importe où et quoi que je fasse. Ainsi l’article que vous avez tant aimé (et de ça merci j’en ai été terriblement touchée) Du sable et des étoiles est né à deux heures du matin chez une amie depuis le sofa de laquelle on voit si bien la lune lorsqu’il fait nuit. L’amour attend à la station suivante est né dans le métro, une minute mille ans à la bibliothèque pendant les révisions… Et forcément en saisissant chacune des occasions qui se présente je progresse, car que ce soit d’art ou de sport qu’il s’agisse, l’entrainement est toujours l’une des clés.

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Cet article me permet d’introduire une nouvelle grande Rubrique « A writer on her road » venant remplacer « Words » au sein de laquelle vous retrouverez bien évidemment tous les textes que je publie ici sous l’intitulé « Tendres textes » mais aussi toutes les réflexions, les avancées, les doutes et les contributions au travail d’écriture. Je veux faire de cet espace un véritable laboratoire d’écriture avec essais, ratés, réflexions, astuces, analyse comparée, expériences diverses, où que vous soyez auteur confirmé ou en naissance, ou simplement intéressé, intrigué, interpellé par l’écriture vous puissiez trouver des clés mais aussi partager votre expérience, votre ressenti, votre approche des mots et de votre passion pour l’écriture. Vous allez certainement me dire que j’aurais l’air très fine avec cette rubrique si je n’arrive pas à être jamais publiée, j’y ai songé mais ma réponse définitive est « pas du tout ». Tout d’abord parce qu’être publiée est certes un rêve et aujourd’hui un but mais n’est nullement l’objectif final. Un peu comme la destination au bout du périple du voyageur importe peu en définitive que tout le trajet l’ayant mené jusque-là, toutes les étapes, toutes les réflexions et la construction personnelle nées de ce long périple, je pense qu’il n’y a pas de but ultime pour l’écrivain et que chaque livre n’est finalement qu’un gîte d’étape, une pause momentanée sur le chemin de l’écriture, comme une route que l’on ne quitterait jamais tout à fait. Et j’ai envie de partager mon avancée sur ce chemin-là avec vous, tout ce que j’essaie pour progresser, m’améliorer, toutes les découvertes, les déceptions, les joies, les désillusions.

Parce que l’important n’est pas tant d’y arriver que d’essayer et que nul effort n’est tout à fait vain même s’il ne nous mène pas toujours vers le but que l’on s’était de prime abord fixé. Rien n’est jamais perdu, jamais.

Je vous souhaite un excellent week-end à tous ! 

Pour écrire, il faut savoir laisser la place aux mots - Humeurs - Miss Blemish

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