Des souvenirs et des jours de pluie


Des souvenirs et des jours de pluie - humeurs - brèves - miss blemish

Les jours sont pleins de jeans bleu clair, de gris et de la lumière transparente des jours d’hiver. Je monte l’escalier, première escale devant l’évier. Pieds nus sur le carrelage blanc et froid, la pièce résonne du bruit de la pluie terminant sa course sur le carreau au toit. Frappe à la porte le souvenir des soirs d’été où l’insomnie, le chagrin, une nostalgie m’ont portée jusqu’ici pour écouter le bruit si apaisant de la pluie, regarder le ciel – mauve, orange et noir – se fendre au coeur de l’orage.

Dans la pièce à côté trône la corbeille qui ne se verra confié aucun vêtement en attente d’être lavé, sous peine de se voir – à l’heure des valises – oublié. Première chambre aux meubles de bois clair, deuxième escalier, le bureau des dimanches soirs qui s’escriment avec l’imprimante familiale fatiguée, la salle de bain blanche et grise et tout au fond comme une alcôve l’univers ancien.

Je pousse la porte de la chambre adolescente et trop colorée. Meubles, rideaux, draps et bibelots, les couleurs vives – rouge, orange, jaune, fushia, turquoise, vert acide, bleu nuit, mauve délavé – saturent espace et pensées. Paris, le blanc, le gris – grand calme chromatique de ma maison d’aujourd’hui – l’appartement anonyme qui s’ouvre sur des rues pleines de vie, semblent bien loin d’ici.

Les tiroirs ont été vidés – au fil des années – des menus trésors qu’ils portaient. Dans l’armoire reposent les rares cahiers d’école dont je n’avais pas eu le coeur de me séparer. L’attachement  délavé par les années, usé comme l’encre effacée des cahiers, a laissé toute la place à la tendresse pour l’époque qui s’en est allée. Le merveilleux dérobé avec les grands objets emportés – ceux qu’il semblait alors si important de garder – est maintenant caché dans des détails distillés. Les pochettes cartonnées aux papiers colorés de l’heure où l’on ne savait pas que l’on pouvait choisir feuille à feuille l’assortiment désiré plutôt que de toujours abandonner aux chemises oubliées les couleurs mal aimées, la miniature de lit à baldaquin découpée dans les cartons à jeter, peinte et assemblée pour incarner le coeur de cette chambre idéale imaginée pour un projet d’arts plastiques – faisant fleurir des envies d’avenir de maquettiste – les poupées russes exposées, les photos dans des cadres accrochés, le bruit comme une vague des voitures quittant l’avenue pour le chemin détourné dans le creux duquel la maison de l’avant s’est logée.

Et vous, votre maison d’avant, elle est comment ?

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