Chroniques confinées #3


chroniques confinées #3 - Miss Blemish2 avril 2020

Certains jours, il me semble que le confinement me ramène en enfance. Là où la chambre avait été abandonnée au sommeil, elle redevient laboratoire fertile et terrain d’exploration du temps long. Comment varie la couleur au dos des paupières lorsqu’on ferme les yeux en pleine lumière ? Quels trajets dessinent les grains de poussière en suspension dans l’air ?

Il y a une fine bande tout près de la fenêtre de laquelle on peut voir en levant la tête et se penchant un peu, le ciel. Si l’on s’y installe, on peut y saisir d’11 à 14 heures, un peu de lumière vive et si le corps est fourbu – il a oublié l’habitude de rester ainsi assis pendant des heures à même le sol – c’est un prix acceptable pour une dose d’ailleurs nécessaire. Depuis ce haut poste d’observation il y a les arbres tout là-haut sur le toit terrasse de l’immeuble d’en face, quelques jardinières suspendues, des bruits lointains d’une circulation inopportune, des conversations d’oiseaux et quelques chiens promenant des maîtres hagards.

Lorsque le silence est trop grand, je le rempli des mots et de la musique des autres mais lorsque je suis courageuse, je l’autorise à exister. Les temps ont beau être incertains, je me sens riche de cette liberté d’être à moi-même – une semaine sur deux, rotation des équipes oblige à l’hôpital – sans possibilité pour m’en dérober. Nous qui voulions du sens et du temps, voilà que nous avons été entendus et pire ! exaucés. Et parmi toutes les questions que la période soulève celle-ci revient, encore et encore, jusqu’à l’insomnie : quand était-ce déjà la dernière fois qu’aucun projet plus urgent ne s’est imposé à moi que de dessiner toute la journée ? Devons-nous vraiment en dehors des crises nous imposer ces cadences qui viennent éteindre chaque jour un peu plus de notre humanité ? 

6 Laisser un commentaire - 6