Brèves

Un an à l’hôpital


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Il fallait sans doute que la pression redescende, que les choses se calment et que je dorme un peu. Beaucoup. Voire même l’essentiel de ces déjà 6 premières journées de vacances. Il faut dire que l’année a été éprouvante et ce d’une manière telle qu’il est difficile de le faire comprendre à ceux qui nous entourent. Difficile de leur dire le poids du travail, la pression, les doutes, la fatigue, la passion, l’envie dévorante de mieux faire, mieux savoir, mieux comprendre sur fond d’yeux cerclés de violet. 

Vendredi dernier j’ai raccroché ma blouse sur une année passée à l’hôpital côté soignant. 3 services, 3 stages, 3 équipes avec lesquelles il a fallu composer, s’intégrer, trouver sa place, aussi menue soit-elle. 3 routines qui se sont installées aussi vite qu’on les a vues les unes après les autres se faire balayer par les suivantes, 3 matins pas comme les autres où il a fallu franchir pour la première fois les portes de services qui nous étaient en tous points inconnus. 
J’ai la sensation d’avoir été infiniment chanceuse cette année dans les stages que j’ai choisis. Ce n’étaient jamais ceux qui récoltaient les meilleures critiques des étudiants passés précédemment et pourtant je suis chaque fois arrivée au sein de vraies équipes qui travaillent ensemble et non pas à couteaux tirés. Pour avoir entr’aperçu l’ébauche de tensions médecins-infirmières au cours de mon dernier stage (et ce uniquement pour des problèmes de manque de personnel – 1 infirmière seule le matin pour 12 lits ce n’est pas gérable) je ne peux que confirmer ce que je pressentais sans l’avoir pourtant vécu : une équipe soudée avec une vraie collaboration entre ses différents intervenants est capitale pour le bien être de tous.

Car, si l’on ne s’en aperçoit pas, ou dans tous les cas pas de façon nette, flagrante et pesante au quotidien, l’hôpital est un environnement extrêmement pressurisant. Il a fallu subir le phénomène « cocotte minute que l’on retire du feu » (ou ballon de baudruche crevé comme vous préférez) pour m’en apercevoir pleinement : la pression est redescendue et je me suis retrouvée sur le carreau, lessivée.

Mais en quoi l’hôpital est-il « stressant » ?

Je dirais d’abord par son essence, nous passons notre journée avec des personnes malades qui ont besoin de soins, leurs histoires sont loin d’être simples et en tant que soignant nous sommes les réceptacles de beaucoup de peines, qu’elles soient physiques ou psychiques. Il existe également une certaine urgence permanente dans chaque action. Tout doit être fait vite et bien. Lorsque l’on voit ce que la moindre démarche prend comme temps, il n’y a pas une minute à perdre au démarrage. J’ai passé une grande partie de mon temps à rédiger et faxer des demandes d’examens complémentaires (radio, scanner, IRM et autres joyeusetés) et bien plus de temps encore au téléphone pour négocier ces rendez-vous que je demandais. Parfois c’était très urgent. Souvent il a fallu trouver les mots, les bons arguments pour convaincre l’interlocuteur de prendre mon patient, mon urgence et pas une autre à sa place, souvent j’ai du argumenter avec des personnes qui étaient à quatre étages au-dessus de moi dans la hiérarchie hospitalière et il ne fallait pas se démonter parce que ce que je demandais, mon patient en avait réellement besoin. Du coup on a trouvé des parades comme ne jamais se présenter au téléphone en tant qu’externe mais parler au nom du service en commençant chaque appel par : « Bonjour ! Je vous appelle depuis le service de [nom du service] au sujet du patient X… ».

Un rendez-vous représente souvent plus d’un quart d’heure au téléphone entre les mises en attentes, les changements d’interlocuteurs, les faux numéros et l’argumentation a proprement parler. J’ai appris par devers moi que l’enjeu « humain » suffit à rendre la tâche la plus banale stressante. Aujourd’hui je l’explique comme ceci : le rôle de l’externe n’est pas « vital », ce n’est pas lui qui prendra la décision clé, il est rare qu’il se retrouve dans une posture à être seul décisionnaire ou seul à savoir quoi faire et comment le faire mais si l’externe fait mal son travail, le bâcle ou ne remplit pas ses missions, c’est une perte de temps pour le patient et donc une perte de chance ainsi qu’une charge de travail supplémentaire pour l’interne qui pendant qu’il fera ce que devait faire l’externe ne pourra pas se consacrer à d’autres problématiques plus concrètes que de perdre 20 minutes qu’il n’a pas au téléphone. Enfin l’ambiance dans un service n’est pas vraiment à la sérénité : c’est un grand ballet de soignants qui marchent à une cadence élevée, un concert de téléphones qui sonnent souvent longtemps dans le vide, un univers dans lequel j’avais un temps limité, quatre heures chaque matin pour réaliser toutes les tâches qui m’incombaient.

Voilà pour le côté pression. Rajoutez à cela les examens à chaque fin de mois pour une année se chiffrant à plus de 3200 pages de cours à apprendre et apprises (enfin… apprises… de façon si brutale et rapide que pour en garder une trace pérenne et que tout ce travail n’ait pas été réalisé en vain il faudra repasser sur chaque item cet été)(ô joie), les quatre semaines de cours intensives pour boucler le master 1 que nous validons en parallèle et les seulement 3 semaines de vacances qui pour ma part ont été grillées pour réviser avant chacun des gros partiels. Vous avez maintenant  un aperçu de ce qu’a été cette année présentée comme « charnière » par notre vice-doyen.

Mais si ces considérations sont inhérentes à mon vécu de cette première expérience dans le monde médical ainsi qu’à ma place au sein de celui-ci, il est d’autres constatations qui je crois sont encore plus importantes à souligner. Et en premier celle-ci : le gouffre qui sépare les médecins des patients. À l’hôpital, et si vous avez déjà été patient je ne vous apprends rien, le patient… patiente. Il reste une grande partie de sa journée dans sa chambre sans qu’il ne se passe rien, tout du moins en apparence. Le médecin vient lui rendre visite, souvent plusieurs d’entre eux de grades différents, l’externe, l’interne, le chef, à chaque fois cela dure une dizaines de minutes parfois plus (le jour de l’entrée) souvent moins et chaque fois ce sont un peu les mêmes questions pour à peu près toujours les mêmes réponses apportées par les patients. Comment ne pas se sentir désœuvré, abandonné à son triste sort ? Surtout que tous les médecins n’ont pas un comportement irréprochable vis-à-vis du malade, combien de fois en ai-je vu se parler entre eux du malade pourtant présent dans la pièce dans notre jargon qui à tout d’une langue étrangère pour le tout venant ? Pourtant ce que les patients ne voient pas c’est que l’essentiel de ce que l’on fait pour eux ne se passe pas dans la chambre mais en coulisses. Ce sont des heures passées à discuter du cas, analyser les résultats d’analyses, émettre des hypothèses et prescrire les examens pour les confirmer ou les infirmer, se battre donc au téléphone pour obtenir ces examens, attendre la date du rendez-vous, puis les résultats, en fonction des résultats en reparler dans l’équipe, voire même présenter le cas en « staff »* pour prendre l’avis d’autres spécialistes sur la marche à suivre, les examens/traitements/interventions à proposer. Puis une fois une décision de traitement arrêtée, commencer le traitement, surveiller sa tolérance, voir ses effets, vérifier qu’il donne les résultats escomptés… vous l’aurez compris, le champ de bataille c’est le bureau médical, pas la chambre du patient (en tous cas pas dans les services où l’enjeu est diagnostic – dans les services de rééducation/psychiatrie/desintox c’est différent mais ce n’est pas notre sujet)

NB : Staff – réunion rassemblant des médecins de diverses spécialités travaillant au sein du même service ou non au cours de laquelle sont présentés les dossiers posant question.

Être à l’hôpital était au final une évidence et pas évident du tout. Cette année a été marquée par de nombreux doutes – suis-je à ma place, vais-je y arriver, serais-je un bon médecin, suis-je une bonne externe, fais-je bien mon travail, est-ce ce que je me vois vraiment faire plus tard, aurais-je les qualités nécessaires pour être un bon soignant, ne suis-je pas une usurpatrice, suis-je suffisamment douée/intelligente/vive/perspicace…? Les semaines où je me suis sentie le mieux dans mon travail sont celles que j’ai passées en hôpital de semaine de neurologie car la neurologie « me parle » c’est une logique que je comprends et un domaine qui me fascine, lorsque notre chef nous expliquait des choses c’était tout de suite « évident » (ce qui était loin d’être le cas par exemple en pneumologie où je suis passée après) – et celles que j’ai passées en soins de suite et réhabilitation respiratoire (SSR respiratoire) cette fois-ci pour des raisons totalement différentes à savoir le vrai travail d’équipe où le médecin n’est que l’un des nombreux intervenants et joue le rôle de coordinateur, la longue durée de séjour des patients qui permet de les connaître vraiment, les progrès que l’on constate chaque jour et le bonheur de les voir partir plus autonomes et plus confortables. C’est en médecine interne que je me suis le plus éclatée intellectuellement parlant tant la variété des pathologies présentées par nos patients était riche. C’est aussi en médecine interne que j’ai vécu pour la première fois de voir mourir des patients en salle, dont l’un des miens. 

Perdre un patient est très étrange. J’ai eu l’immense chance de ne voir partir qu’un seul de mes patients cette année, lors de ma toute dernière semaine de stage, la semaine de trop sans doute. Certainement beaucoup des personnes dont je me suis occupée cette année sont mortes depuis mais jusqu’à il y a quinze jours je n’avais jamais perdu un patient dont je m’occupais encore, un patient encore dans le service. Avec ce patient j’ai découvert ce que c’était que de se préparer chaque matin à l’éventualité de son décès durant la nuit. J’ai vécu ce choc d’apprendre sa mort un matin par son nom qui ne figurait tout simplement plus au tableau, un choc enrobé de coton, comme anesthésiée, pour me permettre d’achever la matinée qui s’ouvrait entière devant moi. J’ai vécu l’incompréhension de la tristesse diffuse et des larmes qui ne venaient pas pour éclater finalement en sanglots sous la douche, sans comprendre vraiment pourquoi là, pourquoi comme ça, pourquoi pas plus tôt. J’ai ressenti également la culpabilité et le doute derrière ces larmes : sur qui pleurais-je ? Sur moi ou véritablement la mort de mon patient ? Avais-je le droit de le pleurer ? Étais-je légitime dans ma peine ? 

Voilà le genre de questions qu’un soignant à quelque poste qu’il se situe se pose et avec lesquelles il doit composer au quotidien.

Cette année j’ai appris à trouver la juste distance avec mes patients, ni proche, ni trop loin, et je tâtonne encore. J’ai appris à frapper d’une main sûre sur les portes des chambres de ces inconnus dont je devrais pouvoir retracer l’histoire après les trente minutes qui allaient suivre, j’ai appris à me présenter d’une voix claire, à sourire beaucoup, à établir une relation médecin-patient en quelques minutes défi que relèvent tous les soignants tous les jours. Ces stages m’ont soignée un peu de ma crainte du changement, m’ont appris à dire au revoir et à recommencer ailleurs, à me sentir à l’aise avec des inconnus, à aller vers les autres d’un pas plus serein (essayez d’aller tous les jours voir des inconnus et en quelques minutes d’aborder tous les aspects jusqu’aux plus secrets et intimes de leur vie, vous verrez…)

J’ai passé toute l’année dans le même hôpital ce qui fait que je m’y sens aujourd’hui « comme chez moi » et que je ne m’y perds quasiment plus. Je sais quelles personnes appeler pour des avis, je me suis plus d’une fois retrouvée au téléphone avec mes supérieurs des stages précédents, j’ai plus d’une fois croisé des personnes avec lesquelles j’ai travaillé le matin en arrivant à l’hôpital et qu’est-ce que j’ai aimé ça !

Cette année fut incroyablement dense, incroyablement intense et éprouvante. C’était une année charnière effectivement et je suis passablement lessivée. Mais au final, même si les doutes ne sont jamais loin et le découragement toujours prêt à toquer à la porte, je crois que tout ceci n’est pas vain. Ou pas totalement en tous cas.

Et pour finir, cette année en deux chiffres anecdotiques

4 mois – la durée de vie de l’illusion « comme je suis bonasse en blouse » pour la sévère réalité « on dirait un sac à patates avec des boutons pression ».

1 mois – le temps que j’ai mis pour en avoir marre des chignons tous les matins. J’ai donc recoupé mes cheveux.

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Le nécessaire équilibre aux soignants


Contrairement à ce que cette fonction par son nom suppose, un soignant n’a pas pour but de soigner mais de soulager. Et parfois soulager va de paire avec soigner, parfois non. Parce que certains problèmes sont insolubles en vérité, pour l’instant du moins avec l’avancée actuelle des sciences dont la médecine fait partie. Être soignant c’est soulager. Pour observer, côtoyer, être avec et de ceux qui soulagent, des soulageants devrait-on nous appeler, nous avons tous une approche différente au moment d’être confronté à la souffrance d’autrui, au corps malade. Le corps malade. Qui souffre et porte les stigmates des maladies qui le rongent, de la vieillesse, de la fatigue. Et pour aller au contact de cette souffrance, pour se présenter devant elle, rester debout et faire son travail de soulageant, il faut soi-même être fort. Non pas capable de soulever une quinzaine d’haltères, mais fort en soi. Etre capable, non pas de l’ignorer, de passer outre mais de la voir dans sa vérité sans perdre ni son empathie ni la conscience de son rôle : ressentir la souffrance pour la soulager et non se laisser envahir, submerger par elle.

Car un médecin, une infirmière, une aide-soignante, un kiné, une assistante sociale, une psychologue, ça ne peut pas se laisser déborder par ses émotions devant la présence, physique, réelle, de la souffrance. Un médecin qui pleure, qui défaille ce n’est pas un médecin qui soulage. Cela devient un spectateur de plus dans la désolation là où le patient a besoin de trouver quelqu’un de suffisamment fort pour l’aider, prendre des décisions, lui sourire, lui parler, lui expliquer, trouver à le soulager. Par tous les moyens.

Et hier dans cette chambre, je n’avais plus ce nécessaire équilibre qui m’avait permis de découvrir la réalité de l’hôpital sans m’en trouver complètement terrassée. Moi-même fragilisée ces derniers temps, je ne ressentais plus seulement la souffrance, énorme, angoissante, terrifiante de mon patient, elle venait s’ajouter à mes souffrances bien ridicules en comparaison et qui pourtant déséquilibraient la balance. Comme si ces deux dernières semaines passées auprès de patients atteints de pathologies fatales à court terme avaient épuisé mes réserves, érodé la digue qui séparait tout ce qui a trait à ma vie privée de ma vie professionnelle. Depuis un mois, je jouais sur la réserve. Et je me retrouvais soudain, la réserve épuisée. La somme de nos souffrances était devenue trop importante pour moi seule car je ne m’étais pas présentée dans sa chambre comme tous les autres matins, sereine moi-même, je m’étais présentée malgré tout ce qui se passait dans ma vie. Malgré tout. Et cette vague de souffrance là m’a emportée avec elle, je me suis retrouvée inutile sur une chaise, embarrassée de nausées et d’étourdissements qui s’imposaient à moi et m’éloignaient de mon rôle : soulager. 

Le nécessaire équilibre aux soignants - Soulager - Médecine - Vie professionnelle - Miss Blemish

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Une rentrée pour prendre ses marques


Une rentrée pour prendre ses marques - Medecine - Brèves - Miss Blemish

Crédit photo : Unsplash

J’aime ce petit air de renouveau qui souffle sur la routine retrouvée à la rentrée. C’est frais et plein d’espoir, des bonnes résolutions plein les tiroirs pour « ne surtout pas se laisser déborder cette fois-ci hein ». Une sorte de premier janvier tiédi par le soleil qui s’attarde encore un peu sur septembre, une douce transition vers l’automne et les fêtes auxquelles on n’ose encore penser mais dont le parfum se fait déjà sentir. Elle fait un peu peur aussi cette rentrée, on se demande ce que les semaines qui se profilent gentiment à l’horizon nous réservent de surprises, bonnes comme moins bonnes.

Alors on lui sourit pour n’attirer que le meilleur, on lui fait cette petite place qu’elle quémande avec insistance de peur qu’elle ne finisse par s’imposer avec perte et fracas. On prépare son arrivée, tout doucement, on y pense alors que les jours nous séparant de ses trois coups frappés à notre porte deviennent de moins en moins nombreux. Et chaque année l’impression que celle-ci est plus spéciale que les autres. Pourtant, des années clés il y en a déjà eu. La rentrée du CP – la photo d’une R5 rouge, titine de son prénom, mon papa au volant et moi dans un siège auto à l’arrière toute fière avec mon nouveau cartable, quittant notre rue – de 6ième puis de 2nde, l’année du brevet et celle du bac, la rentrée à l’université, puis en deuxième année diamétralement opposée à la première et enfin, cette année ma rentrée en troisième année. Et comme chaque année mais peut-être un peu plus celle-ci je crois, j’ai peur, un peu. Au vertige de ne pas être à la hauteur s’ajoute l’appréhension de la douleur des autres à laquelle, je le sais, je serais confrontée. La curiosité et l’excitation d’en découvrir toujours davantage et de devenir toujours meilleure, comme on prendrait une baïonnette face à la forêt dense d’une île encore inexplorée par l’Homme, d’apprendre mille et une choses et d’en comprendre autant j’espère se mêle à la crainte de tous ces destins dont j’ignore tout encore et qui me seront confiés. Parce que je porte une blouse blanche.

C’est le tout tout début du chemin, nos balbutiements de médecins. Je frémis encore lorsque je reçois mon attestation d’assurance professionnelle et je trouve excitant de me parer de tenues de coton jetables aux couleurs improbables. Le café de la machine est aussi immonde que le dit sa réputation mais tradition oblige et cernes sous les yeux suppose, tous les matins dans l’ascenseur on monte vers nos services un gobelet à la main. Les stages rapprochent, rencontrent, sourient, rigolent mais serrent le cœur aussi parfois. Souvent. On découvre qu’à l’hôpital les gens sont malades avec une violence qui pulvérise la mince portée des mots. Savoir la maladie n’est pas la côtoyer, sous nos yeux la théorie prend une toute autre envergure. On s’aperçoit que l’on n’a pas besoin de connaître une personne pour compatir à sa douleur, si on s’en doutait, on en est désormais sûrs. On prend également conscience de la difficulté à trouver sa place dans l’intimité partagée avec le patient. On ne se sent pas encore bien à l’aise dans cette relation qui s’apprivoise. On est emprunté, un brin figé, nos mains tremblent parfois. S’asseoir sur le lit pour l’écouter ? Lui prendre la main ? Poser une main sur son épaule ? S’approcher de trop près c’est prendre le risque de voir s’effriter la façade qui nous permet en toute circonstance de garder une contenance. Ce mur n’est pas froideur ni même indifférence, c’est un rempart contre le tsunami. Car la fac ne nous a pas pris à l’entrée ce que l’on avait de sensibilité et d’humanité. Que se passe-t-il si le médecin se met à pleurer devant ses patients ? Si j’étais dans ce lit que penserais-je de mon sort si mon médecin se comportait de la sorte ? Un médecin n’est pas là pour pleurer mais pour soulager et tenter d’aider. En enfilant chaque matin sa blouse, on essaie de s’approprier cette nouvelle peau, celle du soignant et de laisser la nôtre au casier. Pour faire ce qui sera notre métier. On cherche donc ses marques à tâtons, trop loin, trop près, on essaye de se protéger tout en craignant de devenir un jour indifférent alors même que muselant cette crainte on se demande tout bas si une telle chose est possible. 

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